Achat de chasseurs australiens F/A-18: un rapport du bureau australien d’audit inquiète les Canadiens

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Les avions de chasse usagés F/A-18 Hornet que le gouvernement Trudeau songe à acheter de l’Australie afin de combler le déficit de capacité des Forces armées canadiennes depuis qu’il a renoncé à l’achat de chasseurs directement de Boeing qui a déclaré la guerre à l’avionneur canadien Bombardier, ne seraient pas aussi « en pleine forme » que le prétend Ottawa.

Si on en croit un rapport du ‘Australian National Audit Office,  publié le 27 septembre 2012, l’état de la flotte des avions de chasse est tel qu’il faudra d’importants investissements pour prolonger leur durée de vie utile au-delà de 2020, rapporte aujourd’hui le quotidien montréalais La Presse sous la plume de Joël Denis Bellavance.

Vers la fin d’août 2017, le Canada a entamé des discussions avec le gouvernement de l’Australie sur la possibilité d’acquérir les chasseurs F/A-18 et les pièces de rechange connexes que l’Australie prévoit vendre, confirmait le 10 octobre un communiqué de Services publics et Approvisionnement Canada.

Et, devant le scepticisme de plusieurs commentateurs, deux jours plus tard, Ottawa prenait la peine de préciser que les avions australiens qu’il envisage d’acheter sont, certes, presque aussi vieux que nos CF-18, mais ont beaucoup moins d’heures de vol.

Mais l’achat des chasseurs australiens pourraient s’avérer une très mauvaise affaire en raison risques évoqués dans le rapport australien:

  • l’émergence croissante de problèmes de corrosion et de fatigue de la cellule qui rendent la maintenance de la flotte de F / A-18A / B plus difficile et plus coûteuse;
  • la nécessité de gérer étroitement les heures de vol annuelles, compte tenu des limites de sécurité en approche pour la flotte de F / A-18A / B (6000 heures pour la cellule) et l’exigence éventuelle d’une expansion du régime de sécurité par inspection pour inclure les structures de la cellule qui sont de plus en plus sensibles à l’usure ou à la fissuration par fatigue causée par la corrosion;
  • la nécessité de gérer une réduction modérée de la vitesse à laquelle les aéronefs F / A-18A / B accumulent de la fatigue structurelle pour éviter que leur durée de vie en fatigue soit dépassée avant d’atteindre leur durée de vie sécuritaire de 6000 heures, étant donné que la plupart des aéronefs la flotte Hornet a dépassé une quantité optimale de fatigue structurelle accumulée en fonction des heures de vol de ses cellules;

L’allongement de la date de retrait prévu de la flotte de F / A 18A / B au-delà de 2020 pourrait bien exiger que la flotte subisse une inspection plus approfondie et donc plus coûteuse et un programme de modifications structurelles et mises à niveau des capacités, écrit également le l’Australian National Audit Office (ANAO) – l’équivalent du Bureau du vérificateur général du Canada .

Un ambitieux programme de mise à jour de ces appareils

Source: Australian National Audit Office (ANAO)/27 septembre 2012.
Le rapport révèle la nécessité d’un ambitieux, et donc coûteux, programme de mise à jour de ces appareils.

Les principaux risques pour les flottes F/A-18 de satisfaire à leurs exigences opérationnelles jusqu’à leur remplacement par le F-35A Lightning II (Joint Strike Fighter) sont liés à la capacité de la Défense à maintenir les niveaux actuels de maintien et d’intégrité structurelle, ne cache pas le rapport du bureau australien d’audit.

« Les données de la Défense indiquent que cela nécessitera un investissement financier croissant, les coûts de maintien du F / A-18 Hornet étant estimés par la Défense à 214 millions de dollars par an en 2018-2019. En 2011, les coûts des services d’entretien de Hornet Deeper avaient augmenté de 73%, passant de 750 000 $ à 1,3 million de dollars par aéronef, au cours des dernières années. Cela reflète les efforts nécessaires pour maintenir une flotte âgée et complexe en état de navigabilité et opérationnelle. Selon les estimations de la Défense, les coûts de maintien Super Hornet atteindront 180 millions de dollars en 2017-2018, car ces appareils devraient être retirés du service avant que l’entretien coûteux des avions vieillis ou l’entretien lié à la fatigue structurelle ne soit nécessaire. Ces estimations du maintien en puissance de la Défense sont basées sur les dates prévues de retrait planifié des Hornet F / A-18 Hornet et F / A-18 Super Hornet de 2020 et 2025 respectivement. ».

Ottawa défend le choix des chasseurs australiens comme solution provisoire

Le ministère de la Défense et le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada (SPAC) répondent en précisant que les avions de chasse dont le Canada envisage l’achat ne sont pas les Super Hornet acquis par l’Australie en 2007, mais des chasseurs F/A18 Hornets qui ont été fabriqués au début des années 90.

Chasseurs qui auraient été depuis soigneusement entretenus et mis à niveau par les Australiens.

Ces avions, fait valoir Services publics et de l’Approvisionnement du Canada, sont certes presque aussi vieux que les CF18 des Forces armées canadiennes, mais ils compteraient moins d’heures de vol, ce qui permettrait de les utiliser pendant encore quelques années, a-t-on fait valoir au SPAC.

De plus, il s’agit bien d’une mesure provisoire qui consistait à acheter d’ici au remplacement complet de la flotte de CF-18 un certain nombre de Super Hornet pour remplir le «capability gap» (déficit de capacités) d’ici à ce qu’il parvienne à une solution définitive, optant en outre pour un avion américain construit, étant donné l’importance de la défense continentale conjointe avec les États-Unis, paraissait logique.

Pendant ce temps, «les travaux préparatoires en vue du processus concurrentiel [qui mènera au remplacement définitif de la flotte actuelle de CF-18, NDLR]sont déjà en cours.»