Affluence record aux portes-ouvertes du CMR Saint-Jean, épargné par les tragédies qui ont affligé Kingston (PHOTOS/VIDÉO)

l'année précédente au Collège militaire Saint-Jean. (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
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Mille-cinq-cents personnes: l’affluence à la Journée portes-ouvertes samedi 28 octobre a dépassé de plusieurs centaines de personnes les 1 200 visiteurs de l’an dernier au Collège militaire Saint-Jean, épargné par les tragédies qui ont affligé le RMC Kingston, et les recruteurs n’ont pas chômé non plus avec près de 200 demandes d’enrôlement.

Parents et potentiels candidats se sont présentés dès 9h du matin au mess du pavillon Saint-Maurice du Collège où débutait la visite guidée. Après un mot de bienvenue, la visite a commencé par les salles de cours, les laboratoires et la bibliothèque au pied de laquelle coule le Richelieu. Puis, les parents, amis et potentiels candidats ont pu voir le gymnase et une démonstration des différents sports pratiqués par les élèves-officiers. Ils se sont ensuite rendus dans les quartiers d’habitation où, pour la journée portes ouvertes, les portes des chambres étaient justement… ouvertes. Les questions ont fusé: C’est quoi une journée type, comment les élofs sont jumelés à un colocataire, ou encore pourquoi une telle discipline dans le pliage des vêtements.

Enfin, la visite guidée s’est conclue au Pavillon Dextrase où professeurs, civils et militaires travaillant au CMR Saint-Jean, dont le commandant-adjoint lui-même, le lieutenant-colonel René Poulin, étaient là pour répondre aux ultimes questions avant de diriger les éventuels candidats vers les recruteurs.

Des jeunes encore séduits par un idéal

Après cette visite où les jeunes et leurs parents en ont eu plein la vue, décor d’une grande beauté au bord du Richelieu, bibliothèque bien garnie, laboratoires de sciences modernes, installations sportives impressionnantes, on aurait pu croire que les jeunes voudraient s’enrôler pour l’aréna de hockey, la piscine, les courts de tennis ou de squash, bref, pour toutes ces facilités ce que le Collège offre aux jeunes et qu’ils ne trouveraient peut=être pas ailleurs.

Et bien non, ou plutôt, pas seulement!

Un jeune visiteur rencontré sur place et qui a manifesté clairement son intention de devenir militaire a évoqué, bien avant les avantages matériels, l’admiration qu’il avait pour les membres des Forces armées canadiennes. « Ça m’impressionne, je trouve ça courageux, les militaires vont sacrifier leur vie pour le pays, ne pas avoir de vie familiale, être juste avec d’autres militaires et faire des mission juste pour aider notre pays, je les trouve vraiment courageux », nous a déclaré avec des étoiles dans les yeux le jeune homme qui a une vision héroïque de la vie militaire.

Quant à sa mère qui l’accompagnait, elle s’est pour sa part déclarée séduite par l’encadrement offert aux élofs et l’excellent ratio professeurs-élèves qui n’a pas son pareil dans les établissements civils.

Une année bien spéciale

Cette année, à la veille du retour de l’enseignement universitaire à Saint-Jean, la journée portes-ouvertes revêtait une importance toute particulière.

« Dès l’ouverture ce matin à 9h, on avait une grande affluence », note le commandant-adjoint du Collège, le lieutenant-colonel René Poulin, qui voit un lien entre cette cette affluence dépassant celle des années passées et le projet de retour de l’enseignement universitaire qui se concrétisera enfin cet automne. « On soupçonne que cela a peut-être à voir avec l’affluence et l’intérêt que les gens portent au Collège, pour venir voir ici ce qui se passe au Collège, les développements avec ça ».

Le commandant-adjoint croit aussi que la promotion du Collège sur les réseaux spéciaux a également contribué au succès de cette journée. « On a également fait beaucoup de publicité sur les réseaux sociaux, on a essayé de rejoindre beaucoup de candidats potentiels, les jeunes qui sont là. »

Mais, sans contredit, le programme universitaire est le grand changement par rapport aux années précédentes. Le programme universitaire attire manifestement les jeunes, mais, avantage non négligeable, « rassure » aussi leurs parents.

Le lieutenant-colonel Poulin ne cache pas qu’à son avis, « Juste d’offrir la possibilité d’étudier et de continuer à Saint-Jean peut rassurer certains jeunes et leurs parents qui voient un peu plus avec ‘inquiétude’ et incertitude l’idée d’aller au Collège à Kingston », ne serait-ce qu’en raison de l’éloignement.

Saint-Jean, l’avantage de la proximité

Les parents, admet le lieutenant-colonel,  et c’est le cas sans doute de toutes les institutions, « sont inquiets de laisser leurs enfants à nos soins. », qu’il s’agisse de Saint-Jean, de Kingston, ou de tout autre établissement militaire ou civil.

Mais il serait inutile de se cacher qu’il y a dans le cas des Collèges militaires canadiens une inquiétude toute particulière due à la publicité faite aux comportements inappropriés, au stress et à la vague de décès touchant les élofs à Kingston, dont on a abondamment parlé dans les médias et qui a amené une enquête de l’état-major en 2016 et débouché sur un rapport en mars dernier dont les mesures correctives sont en train d’être mises en place sous l’égide du nouveau commandant du Collège militaire royal du Canada, le brigadier-général Sébastien Bouchard.

Dans ces conditions, Saint-Jean, de plus petite taille, par sa proximité et tout simplement parce qu’il a été dans les faits jusqu’ici épargné, est devenu un choix ‘rassurant »: « C’est sûr que la proximité qui est pour quelque chose », de dire le lieutenant-colonel Poulin. « L’inconnu fait peur un peu à tout le monde et la possibilité qu’on offre que leurs enfants puissent poursuivre leurs études ici dans le milieu, ici au Québec, peut [dans un premier temps, NDLR] rassurer les parents », qui en arriveront, mais plus tard. à accepter de voir partir leurs enfants au loin.

« Nous sommes conscients au Collège militaire qu’il y a des préoccupations, tant chez les candidats que les parents, sur l’encadrement qu’on fait avec les élèves officiers », reconnaît également le commandant-adjoint du CMR Saint-Jean, qui n’hésite pas à aborder la question de front.

« On en entend parler, au sein des Forces canadiennes, il y a des décès tragiques. On entend aussi parler des allégations, que ce soit des inconduites sexuelles, du harcèlement. On sait, on en entend parler beaucoup aujourd’hui dans les médias, que ce soit au sein des Forces armées canadiennes ou dans la société en général. On est très conscient de ces problématiques là et on a mis en place des mesures pour bien encadrer nos élèves officiers. On a des formations pour le personnel et on leur donne des outils pour être aux aguets de tous les signes de détresse chez les élèves-officiers, tous les signes qui pourraient indiquer qu’il y a un problème », explique le lieutenant-colonel.

« On outille également les jeunes, on les prépare à faire face à des situations comme ça, on leur donne des séances pour les préparer au stress auquel ils vont faire face. On leur donne aussi des outils pour qu’ils soient aux aguets pour s’entraider entre eux, être à l’affût des signes qui pourraient se développer chez leurs collègues, les autres élèves-officiers », précise encore le commandant-adjoint.

Ce qui est véritablement rassurant est que Saint-Jean, comme Kingston aujourd’hui, a créé « un climat où les élèves-officiers se sentent à l’aise de parler, que ce soit avec leurs enseignants, le personnel académique, le personnel militaire. […]. On essaie de favoriser un climat de dialogue et d’ouverture pour que les jeunes se sentent à l’aise de dénoncer des situations qui peuvent être problématiques. »

En quelques mots comme en mille, quand on ne refuse pas de voir « l’éléphant dans la pièce », on risque beaucoup moins de se faire écraser.

Un centre d’excellence à l’image du pays

Le retour de l’enseignement universitaire favorisera grandement les échanges culturels si nécessaires à la compréhension mutuelle, avec les anglophones qui viendront étudier à Saint-Jean et les francophones qui continueront pour certains d’étudier à Kingston, fait aussi observer le commandant-adjoint du CMR Saint-Jean, qui note que Saint-Jean « se prête naturellement à une immersion en milieu francophone et favorise également la diversité culturelle pour les élèves officiers francophones ».

Et c’est ainsi que Saint-Jean est appelé à devenir, non seulement un centre d’enseignement universitaire où les futurs officiers recevront une formation d’envergure, mais aussi un centre d’excellence qui favorisera la diversité, l’inclusion et la richesse culturelle de forces armées à l’image du Canada.

« Le programme qu’on veut offrir », d’expliquer le lieutenant-colonel Poulin, « est un programme qui va aider nos officiers dans leurs futur carrière, développer leur ‘intelligence culturelle et leur ouverture face aux cultures étrangères par, notamment, l’apprentissage d’autres langues [ en plus de l’anglais et du français, NDLR] », ouvrant l’esprit des jeunes officiers et développant chez eux la pensée critique.

Après tout, les grands stratèges dont on a toujours besoin ne peuvent être que des généralistes et les Sun Tzu et Clausewitz du 21e siècle sortiront peut-être de Saint-Jean…