Après Raqa, «What’s next?»: quelle est donc la prochaine étape pour l’armée américaine?

0
Un F-15 Strike Eagle de la US Air Force sur la base d’Incirlik, en Turquie, prêt à participer à l’opération Inherent resolve de lutte contre le groupe armé État islamique. (Archives/DoD)

Avec la défaite du groupe État islamique (EI) à Raqa, sa « capitale » de facto en Syrie, la question de la poursuite des opérations militaires américaines dans ce pays se pose mais les États-Unis se sont montrés jusqu’ici très discrets sur leurs intentions.

Depuis que Washington a commencé à bombarder les positions syriennes de l’EI en septembre 2014, avec le soutien sur le terrain d’une milice majoritairement kurde, deux gouvernements américains successifs ont soigneusement évité de définir la durée de cet engagement. Les États-Unis sont officiellement en Syrie pour combattre les djihadistes.

« Notre objectif et notre mission en Syrie est de vaincre l’EI », a indiqué mardi la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert. Les États-Unis vont « soutenir les efforts de stabilisation à Raqa et dans les autres zones libérées, y compris par l’élimination des explosifs laissés par l’EI, la remise sur pied des services publics et le soutien aux autorités locales ».

Au ministère de la Défense, personne ne se risque à évoquer le futur rôle de l’armée américaine en Syrie. « Il y a encore beaucoup de travail à accomplir » dans la vallée de l’Euphrate, se contentent de dire les responsables militaires.

Mais des voix se sont élevées contre ce discours, estimant que l’influence des États-Unis dans la région allait en pâtir.

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’une stratégie globale qui tienne compte de tous les facteurs régionaux », a ainsi noté cette semaine le sénateur républicain John McCain, qui dirige la commission des Forces armées du Sénat.

Le conflit syrien a commencé en mars 2011 par des manifestations anti-régime qui ont rapidement dégénéré pour aboutir à une guerre civile dont l’EI n’est qu’un des nombreux acteurs, aux côtés de nombreux groupes rebelles aux affiliations incertaines.

La Russie s’est jointe au conflit fin 2015, s’alliant rapidement au président syrien Bachar al-Assad, tandis que l’Iran voisin consolidait son influence sur les groupes rebelles chiites.

Les États-Unis ont quelque 900 soldats dans le nord de la Syrie, la plupart des soldats d’élite des Forces spéciales, qui apportent un soutien technique et militaire ainsi que des armes et un soutien aérien à une alliance de combattants arabes et kurdes, les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Pour John Hannah, ancien conseiller du vice-président Dick Cheney, la chute de Raqa ne doit pas marquer la fin de l’engagement militaire américain en Syrie.

La position de Donald Trump sur l’Iran –le président républicain a refusé de « certifier » l’accord sur le nucléaire iranien– doit se traduire par des actes pour limiter l’influence de Téhéran dans la région.

« Si la stratégie du président Trump pour contrecarrer l’Iran doit avoir un sens, elle doit presque certainement inclure un effort robuste pour contenir et réduire le rôle en Syrie des Gardiens de la Révolution », l’armée d’élite de la République islamique, explique-t-il à l’AFP.

« Cela veut dire empêcher l’Iran, le Hezbollah libanais et leurs alliés des milices chiites de prendre un contrôle incontesté de l’est de la Syrie et de la frontière syro-iranienne, (des régions) vitales pour l’objectif stratégique iranien d’établir un corridor allant de Téhéran à la Méditerranée et Israël », ajoute-t-il.

Jon Alterman, du Center for Strategic and International Studies, estime que les États-Unis doivent décider de l’importance que représente pour leurs intérêts nationaux une présence de la Russie et de l’Iran en Syrie.

« Des négociations vont déterminer l’avenir de la Syrie et les États-unis n’ont pas fait grand chose pour y renforcer leur influence », note cet expert du Proche-Orient. Mais l’opinion publique américaine ne s’y intéresse pas vraiment et M. Trump « pourrait décider que le jeu n’en vaut pas la chandelle ».

Les commentaires sont fermés.