Bagdad durcit le ton, les organisateurs du référendum kurde menacés d’arrestation

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Un Kurde montre son index marqué d’encre après avoir voté au référendum de l’indépendance à Erbil, en Irak, le 23 septembre 2017. (AFP/SAFIN HAMED)

Un tribunal de Bagdad a ordonné mercredi l’arrestation des organisateurs du référendum d’indépendance au Kurdistan, à la demande du gouvernement irakien qui multiplie les mesures de rétorsion contre cette région autonome dont il veut aussi tarir les revenus pétroliers.

Deux semaines après la victoire massive du oui à l’indépendance lors du référendum du 25 septembre –jugé illégal par le pouvoir central irakien–, un tribunal de Bagdad a prononcé l’arrestation du président, Hendren Saleh, et des deux membres de la Commission d’organisation de cette consultation, a indiqué à l’AFP le porte-parole du Conseil supérieur de la magistrature, Abdel Sattar al-Bireqdar.

Basés à Erbil, où les services de sécurité sont aux mains des peshmergas, les combattants kurdes, et où les forces irakiennes n’ont pas pied, les trois responsables ne devraient pas être inquiétés dans l’immédiat.

En revanche, ils ne pourront plus sortir de la région autonome, sous peine d’être arrêtés sur le reste du territoire irakien où ils s’étaient plusieurs fois rendus auparavant pour s’entretenir avec des responsables à Bagdad.

Les liaisons aériennes avec l’étranger ont été coupées par Bagdad après le « oui » massif à l’indépendance.

– « Décision politique » –

« Nous ne reconnaissons pas cette décision et nous ne lui prêtons aucune importance car c’est une décision politique », a réagi auprès de l’AFP M. Saleh, qui a comparé le mandat d’arrêt à son encontre aux méthodes du régime du dictateur Saddam Hussein, déchu lors de l’invasion américaine de 2003.

Le gouvernement irakien a durci le ton cette semaine contre la région sécessionniste.

Lundi, le Conseil de la sécurité nationale, présidé par le Premier ministre Haider al-Abadi, a donné le ton en annonçant une série de mesures contre Erbil. Le but: frapper au portefeuille le Kurdistan irakien déjà miné par la plus grave crise financière de son histoire.

Bagdad a promis ce jour-là des sanctions contre les fonctionnaires ayant participé au référendum, menaçant les « corrompus » en prévenant que les fonds détournés seraient « récupérés ».

Le gouvernement irakien a aussi réclamé de reprendre la main sur les revenus pétroliers et le juteux business des entreprises de téléphonie mobile.

Le lendemain, les autorités centrales ont accéléré la cadence en annonçant la remise en état urgente d’un oléoduc reliant les champs de pétrole de la province de Kirkouk (nord), qu’Erbil leur dispute, au port truc de Ceyhan.

Cet oléoduc vise à court-circuiter celui établi en parallèle en 2013 par les Kurdes et passant par la région autonome. L’exportation du pétrole sous contrôle kurde atteint en moyenne 550.000 b/j, dont la moitié est extraite des champs de Kirkouk.

Elle constitue une importante source de revenus pour le Kurdistan irakien dont l’économie est très peu diversifiée.

Pour les experts, Bagdad, qui a repris le contrôle de la quasi-totalité de son territoire en chassant les jihadistes du groupe Etat islamique (EI), veut désormais « renverser les faits accomplis » créés par les Kurdes. Ces derniers ont en effet gagné en territoire et en ressources naturelles au gré des victoires contre l’EI.

Le bras de fer entre Bagdad et Erbil n’en est qu’à ses débuts, assurent les autorités centrales qui appellent régulièrement les puissances régionales à étouffer le commerce kurde, dont elles veulent contrôler les entrées et les sorties.

Ankara et Téhéran, a redit à plusieurs reprises le Premier ministre Abadi cette semaine, ne doivent traiter « qu’avec le gouvernement central » et « fermer » leurs frontières avec le Kurdistan jusqu’à ce que le contrôle des points de passage soient remis entre les mains de Bagdad.

Si l’Iran a gelé les échanges de produits pétroliers le 30 septembre, la Turquie a pour l’instant uniquement menacé de stopper les exportations pétrolières kurdes.

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