Coup de théâtre: l’otage canadien libéré Joshua Boyle refuse de monter à bord d’un avion militaire américain

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Le Canadien Joshua Boyle et sa femme américaine Caitlan Coleman kidnappés en Afghanistan en 2012 alors qu’ils étaient en voyage et maintenant libérés.( Site Intelligence Group/capture écran vidéo diffusée par les talibans le 30 août 2016)

Un des otages nord-américains libérés jeudi au Pakistan a refusé de monter à bord d’un avion militaire américain car il a été lié dans le passé à un détenu de Guantanamo, et la famille se trouve encore au Pakistan, a-t-on appris jeudi auprès d’un responsable militaire américain.
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Mise à jour 13/10/2017 à 8h58

Joshua Boyle et sa famille ont finalement quitté le Pakistan. Deux responsables pakistanais de la sécurité ont indiqué que Joshua Boyle, Caitlan Coleman et leurs enfants sont partis par avion d’Islamabad, mais ils n’ont rien dit de leur destination. La BBC rapporte pour sa part vendredi matin que la famille s’est envolée à destination de Londres.

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Le Canadien Joshua Boyle, connu pour avoir brièvement été marié à Zaynab Khadr, la soeur d’Omar Khadr, un autre Canadien capturé à l’âge de 15 ans au Pakistan et longtemps emprisonné à Guantanamo, a peur d’être inquiété à son arrivée aux Etats-Unis, a précisé ce responsable à l’AFP.

« C’est vrai dans son esprit, mais il n’est pas dans notre intention de faire quoi que ce soit de ce genre », a-t-il ajouté. « Nous sommes prêts à le ramener à la maison ».

Les États-Unis sont en discussions avec les autorités canadiennes pour régler le problème, a-t-il précisé.

Joshua Boyle, son épouse américaine Caitlan Coleman et leurs trois enfants nés au cours de cinq années de captivité en Afghanistan « sont encore à cette heure au Pakistan », selon le même responsable militaire.

« Il y a une équipe prête à les ramener aux États-Unis. Nous sommes prêts quand ils le veulent », a-t-il insisté.

Les deux voyageurs, qui se connaissent depuis l’adolescence et s’étaient mariés en 2011, étaient partis pour un voyage de six mois à travers d’anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Ils étaient finalement arrivés en Afghanistan, où ils avaient été kidnappés par les talibans et remis au réseau allié Haqqani, au Pakistan.

Ils ont été libérés jeudi lors d’une opération aussitôt saluée par le président américain Donald Trump comme une nouvelle marque de « respect » adressée aux Etats-Unis par le Pakistan.

Le responsable du centre de commandement américain en charge des opérations en Afghanistan (Centcom), le général Joseph Vogel, a téléphoné au chef d’état-major pakistanais pour le remercier.

« Ils ont agi rapidement et de façon très responsable lorsqu’ils ont pris le contrôle de ces personnes », a déclaré le général Vogel à un groupe de journalistes.

« Je pense que le Pakistan reconnaît à quel point la protection de nos citoyens est importante pour nous et à quel point nous prenons ça au sérieux », a-t-il ajouté. « Nous leur en sommes très reconnaissants ».

Une marque de respect du Pakistan

La libération de Joshua Boyle, de son épouse américaine et de leurs enfants a aussitôt saluée par le président américain Donald Trump comme une nouvelle marque de « respect » adressée aux États-Unis par le Pakistan. « Je veux remercier le gouvernement pakistanais. Nous voulons remercier le Pakistan. Ils ont travaillé très dur, et je pense qu’ils commencent à de nouveau respecter les Etats-Unis. C’est très important », a-t-il déclaré devant la presse jeudi.

Après l’annonce de cette libération par l’armée pakistanaise, le Canada s’est pour sa part rapidement dit « soulagé » de la libération de son ressortissant Joshua Boyle, de son épouse américaine Caitlan Coleman et de leurs jeunes enfants.

« Le Canada a travaillé activement avec les gouvernements des États-Unis, de l’Afghanistan et du Pakistan, et nous les remercions pour les efforts qu’ils ont déployés et qui ont mené à la libération de Joshua, de Caitlan et de leurs enfants. », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freelan.. »Joshua, Caitlan, leurs enfants ainsi que les familles Boyle et Coleman ont traversé une terrible épreuve au cours des cinq dernières années. Nous sommes prêts à leur offrir du soutien alors qu’ils entreprennent leur processus de guérison. »

Selon l’armée pakistanaise, « les agences de renseignement américaines pistaient (les otages) et ont communiqué leur passage au Pakistan le 11 octobre 2017 via l’agence tribale de Kurram », frontalière de l’Afghanistan.

« L’opération des forces pakistanaises, basée sur des renseignements des autorités américaines, a été couronnée de succès », a-t-elle poursuivi dans son communiqué.

Dans un discours présentant sa stratégie pour l’Afghanistan, M. Trump avait accusé en août le Pakistan d’être « souvent un refuge pour les agents du chaos, de la violence et de la terreur ».

Dans ce contexte, la libération de la famille est « un moment positif dans la relation de notre pays avec le Pakistan », s’est félicité le président Trump jeudi.

« La coopération du gouvernement pakistanais est un signal démontrant qu’il honore les demandes américaines pour qu’il en fasse plus pour améliorer la sécurité dans la région », a estimé le président américain.

L’opération intervient en outre alors que deux des plus proches conseillers de M. Trump, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson et son collègue de la Défense James Mattis s’apprêtent à se rendre au Pakistan.

Cette double visite a pour objet de bien faire passer le message aux Pakistanais que leur soutien à des groupes jihadistes doit cesser, avaient récemment affirmé plusieurs hauts responsables à Washington.

« C’est un moment très important, et nous entendons travailler et collaborer avec le Pakistan dans le futur pour arrêter le terrorisme. Cela inclut les kidnappings », a réagi le général Mattis jeudi.

La relation entre les États-Unis et le Pakistan est particulièrement tendue depuis 2011 après le feu vert donné par Barack Obama pour l’opération qui a conduit à la mort d’Oussama Ben Laden à Abbottabad, une ville de garnison pakistanaise.

Le Canadien Joshua Boyle et son épouse Caitlan Coleman: deux aventuriers pris dans la nasse des talibans

Ils étaient partis, jeune couple idéaliste, avec leurs sacs à dos pour visiter quelques « -stan » sûrs: Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan, prévoyant de revenir en Amérique avant la naissance de leur premier enfant.

On ne sait exactement comment, ils se sont finalement retrouvés en Afghanistan, kidnappés par les talibans et remis au réseau allié Haqqani, au Pakistan. Leur premier enfant, un garçon, est né dans leurs geôles. Leur deuxième enfant aussi. Et leur première fille, cet été.

L’Américaine Caitlan Coleman et son mari canadien Joshua Boyle sont aujourd’hui trentenaires et leur libération a été annoncée jeudi par le Pakistan et les Etats-Unis, après cinq ans d’une captivité qui reste entourée d’un mystère épais. Le voyage devait initialement durer six mois.

« Dieu seul sait exactement où nos pas nous mèneront et ce qui pourra être accompli, vu, expérimenté ou appris pendant le voyage. Nous nous en remettons à Ses mains », avait écrit Caitlan à ses amis en juillet 2012, juste avant son départ, selon un portrait fouillé du magazine Philadelphia, en Pennsylvanie, d’où elle était originaire.

Ses amis la présentent comme une femme généreuse et un brin naïve, très ou trop confiante dans l’humanité. Une fille rurale, catholique, dont l’éducation a été faite à la maison et non à l’école. Sur les photos publiées d’elle, un sourire franc irradie son visage.

Un message d’elle à ses amis, en septembre 2012 depuis la région, témoigne de sa soif de découverte: « Cela me donne vraiment une perspective différente sur le monde. Aux États-Unis, on nous apprend à avoir peur ».

Elle rencontre son futur mari, Joshua, quand ils sont adolescents, autour d’une passion commune, Star Wars.

Lui est Canadien originaire d’Ottawa, fils d’un juge catholique et d’une mère au foyer protestante anglicane, et est allé à l’école mennonite, un mouvement anabaptiste présent en Amérique du Nord, et à l’université. Comme son épouse, on ignore comment il gagnait sa vie.

Comme Caitlan, il était intéressé, voire passionné par le reste du monde. Les deux ont parcouru plusieurs mois l’Amérique centrale, où ils se sont mariés en 2011.

Mais Joshua était animé d’un intérêt plus politique dans les affaires du monde, en particulier les extrémismes, et particulièrement passionné par les questions de justice et Guantanamo, selon un de ses amis, Alex Edwards, qui dit qu’il était aussi anti-avortement.

C’est dans le cadre de son militantisme qu’il a rencontré en 2009, puis épousé, Zaynab Khadr, une femme connue au Canada en tant que soeur d’Omar Khadr, un Canadien capturé à l’âge de 15 ans au Pakistan et longtemps emprisonné à Guantanamo. Le gouvernement canadien a présenté ses excuses cet été à Omar Khadr pour sa détention.

Joshua et Zaynab ont divorcé au bout d’un an, mais l’attachement d’un fils de juge fédéral à une personne si controversée au Canada avait fait des vagues. À l’époque du kidnapping, ce lien passé était décrit par des sources gouvernementales comme une coïncidence, mais aucune mise au point officielle ou récente n’était disponible.

Selon son ancien ami Alex Edwards, Joshua était si intéressé par l’islam qu’il était peut-être en train de se convertir à l’époque; on ignore sa religion actuelle.

L’Afghanistan, en tout cas, attirait le jeune homme, à en croire le témoignage d’un marcheur retrouvé par le magazine Philadelphia. « La sécurité ne va cesser de se détériorer quand les Américains s’en iront », aurait argumenté Joshua Boyle avant de traverser la frontière depuis le Kirghizstan.

Leur joie de vivre avait, bien sûr, disparu des quelques vidéos diffusées par leurs ravisseurs au fil des ans. Le couple apparaissait amaigri.

Joshua a raconté, dans une lettre à ses parents rapportée par le Toronto Star, qu’il avait lui-même, dans le noir et avec une torche, fait accoucher sa femme.

Sur deux vidéos de décembre et janvier dernier, leurs deux garçons semblaient en bonne santé. Caitlan avait perdu son sourire.

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