En ruines, Raqa face à l’immense défi de la reconstruction

Un combattant des Forces démocratiques syriennes surveille une zone de Raqa, le 8 octobre 2017. (AFP/BULENT KILIC)
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Un combattant des Forces démocratiques syriennes surveille une zone de Raqa, le 8 octobre 2017. (AFP/BULENT KILIC)

Les djihadistes ont été chassés de leur bastion de Raqa en Syrie mais les dégâts y sont tels qu’il faudra des mois pour nettoyer et commencer à reconstruire la ville, un défi colossal et coûteux.

Bâtiments en ruines, routes jonchées de mines, des tonnes de gravats, pénuries d’eau et d’électricité: les violents combats et les frappes de la coalition internationale sous commandement américain ont ravagé la cité septentrionale.

En septembre, les Nations unies estimaient que jusqu’à 80% de la ville pourrait être inhabitables. Et les infrastructures de base sont désormais quasi-inexistantes.

« Ces derniers mois, des sources locales ont signalé une grave pénurie de nourriture, de médicaments, d’électricité, d’eau potable et de produits de première nécessité », dit Linda Tom, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).

« Des maladies transmises par l’eau et la présence de cadavres non enterrés ont été également signalées, ce qui représente un grave danger pour la santé publique », explique-t-elle à l’AFP.

L’eau courante est indisponible depuis des mois, et seuls quelques puits sont restés en service avant la dernière phase de la bataille qui a vu mardi la défaite du groupe djihadiste État islamique (EI) face à une alliance de combattants arabes et kurdes soutenue par les Etats-Unis.

Il n’y a aucun approvisionnement en électricité, le réseau ayant été endommagé par les combats. Même les générateurs, qui fournissaient deux heures de courant par jour, n’ont plus d’essence.

– ‘Immenses investissements’ –

Il n’y a pas non plus d’installations médicales opérationnelles à Raqa, et les écoles ont fermé depuis longtemps, indiquent des ONG.

« Des investissements immenses seront nécessaires pour reconstruire les maisons détruites, les hôpitaux et les écoles, et pour retirer les mines avant que les habitants ne puissent rentrer chez eux en toute sécurité », prévient l’ONG Save the Children.

« L’offensive militaire à Raqa touche à sa fin, mais la crise humanitaire est plus grave que jamais », avertit Sonia Khush, directrice du groupe pour la Syrie, dans un communiqué.

Avant le déclenchement de la guerre en Syrie en mars 2011, quelque 220.000 personnes vivaient à Raqa. La population a grossi dans les premières années du conflit, lorsque des personnes déplacées s’y sont installées.

Mais la ville a été progressivement vidée de sa population, certains ayant fui pendant son contrôle par l’EI et d’autres s’échappant durant les combats entre jihadistes et les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Environ 270.000 personnes ont été déplacées par les combats, mais elles ne pourront pas revenir tant que la ville n’aura pas été débarrassée des mines et explosifs disséminés par l’EI.

Les habitants ont déjà été avertis de ne pas tenter d’entrer dans la cité tant que les opérations de nettoyage se poursuivent.

[toggle title= »REPRISE DE RAQA, MAIS LA GUERRE N’EST PAS FINIE POUR TILLERSON » load= »hide »]

Les États-Unis ont salué vendredi la victoire « décisive » à Raqa de la force arabo-kurde soutenue par une coalition internationale, avertissant cependant que la guerre contre les djihadistes n’était pas terminée.

« La libération de Raqa est une étape cruciale dans la lutte mondiale contre le groupe État islamique », se félicite dans un communiqué le secrétaire d’État américain Rex Tillerson. Mais la « perte de Raqa (par le groupe État islamique, ndlr) ne signifie pas que notre combat contre l’EI est terminé », prévient M. Tillerson.

« La coalition mondiale continuera de s’appuyer sur tous les éléments du pouvoir national –militaire, renseignement, diplomatie, économie, forces de l’ordre et la vigueur de nos communautés jusqu’à ce que tous les Syriens soient libérés de la brutalité de l’EI et que nous soyons assurés qu’il ne puisse plus exporter sa terreur dans le monde », poursuit le secrétaire d’État.

Le groupe État islamique contrôlait Raqa, dans le nord de la Syrie depuis 2014, et en avait fait son fief. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par Washington, ont repris cette semaine le contrôle de la ville après quatre mois de combats.

« Nous combattons encore les restes (de l’EI, ndlr) en Irak et en Syrie, et allons continuer de faciliter les efforts humanitaires pour assister les citoyens affectés par une occupation brutale », a affirmé de son côté dans un communiqué le général américain Paul Funk, à la tête de la coalition internationale emmenée par les États-Unis. « Un combat difficile nous attend encore », a-t-il ajouté.

Le groupe EI avait pris le contrôle début 2014 de Raqa qui était alors devenue tristement célèbre pour les atrocités commises – exécutions, viols, nettoyage ethnique – et comme centre présumé de planification des attentats en Europe.[/toggle]

– Débarrasser les mines –

La lourde tâche de transformer Raqa en une ville à nouveau habitable revient au Conseil civil de Raqa, une administration locale formée il y a six mois. Ce Conseil a divisé la ville en différentes zones et prévoit de procéder par étapes, à partir de ses périphéries.

« Nous ne pouvons rien faire avant de nous débarrasser des mines », a affirmé à l’AFP Ibrahim al-Hassan, membre du Conseil.

« La deuxième phase consistera à restaurer les accès à l’eau et à l’électricité. Ensuite, nous pourrons nous occuper des écoles. Voilà les grandes priorités ».

Mais le processus risque d’être onéreux.

Selon le Conseil civil, l’Union européenne a promis trois millions d’euros (4,4 M $ CAD) pour les opérations de déminage, tandis que Washington et la coalition antijihadistes ont promis une aide sur des projets à court terme et à « impact rapide ».

Selon des travailleurs humanitaires, des réunions entre donateurs, autorités locales et ONG sont en cours, mais le coût final de la reconstruction n’a pas encore été évalué, et nul ne sait qui va assumer l’essentiel de la facture.

Arnaud Quemin, directeur par intérim de l’ONG humanitaire Mercy Corps pour la Syrie, dit craindre que « l’attention de la communauté internationale faiblisse » après la fin de la bataille.