Kurdistan irakien: tous les membres des Forces canadiennes sains et saufs et en lieux sûrs

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Deux militaires des forces spéciales canadiennes observent par-delà leurs positions. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Alors que les forces de Bagdad se sont imposées par la force aux Kurdes dans la province de Kirkouk, aucun membre des Forces armées canadiennes n’a heureusement été pris dans un feu croisé entre les belligérants et tous les membres de notre personnel sont en lieux sûrs et se portent bien, a confirmé à 45eNord.ca le Quartier général du Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC).
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Mise à jour 17/10/2017 à 12h17

La Coalition dirigée par les États-Unis, qui avait poursuivi sa mission après le référendum kurde, s’est repliée n’a plus pour le moment de personnel sur le terrain, ni avec les peshmergas ni avec les forces irakiennes, a déclaré de son côté ce matin le Combined Joint Task Force (CJTFOIR) qui dirige les opérations sur le terrain.

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Malgré la rumeur qui court, tant du côté canadien qu’américain, que la mission de formation et d’assistance pourrait prendre fin si les Irakiens poussaient plus loin leur agression contre les Kurdes, »Le Canada demeure un partenaire important et engagé au sein de la Coalition internationale contre Daech contribuant à la stabilité et la sécurité de la région et nous continuons de suivre la situation de près. », assurent aujourd’hui les Forces armées canadiennes.

Tout comme les États-Unis, le Canada a toutefois pris de sérieuses mesures de protection de la force. « Dans le but de maintenir la sécurité opérationnelle et d’assurer la sécurité du personnel des Forces armées canadiennes, nous n’allons pas dévoiler les détails de nos opérations en cours ou à venir. », nous a déclaré le capitaine Vincent Bouchard du COIC.

La sécurité et la sûreté des membres des Forces armées canadiennes sont primordiales et les considérations pour la sécurité du personnel déployé et la sûreté des opérations militaires sont au premier plan de la planification et du processus de prise de décisions militaires, insiste le porte-parole militaire canadien qui indique « que les Forces armées canadiennes vont continuer de prendre toutes les mesures possibles pour mitiger les risques et pour nous assurer que notre personnel ne soit pas pris dans de possibles violences sectaires ».

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a pour sa part refusé de se ranger d’un côté ou de l’autre lundi, lundi et n’a pas commenté l’impact que ce conflit pourrait avoir un impact sur la mission du Canada en Irak.

À l’instar du Pentagone, il a lui aussi invité une fois de plus les Irakiens et les Kurdes à concentrer leurs efforts pour combattre l’EI, qui serait dans ses derniers retranchements.

« Du bon travail a été fait avec toutes les parties de la coalition et les forces de sécurité irakiennes, et nous voulons continuer comme cela», a déclaré M. Sajjan à l’extérieur de la Chambre des communes. « Nous enjoignons toutes les parties à se concentrer sur la menace principale et nous espérons que toutes les parties pourront résoudre la situation rapidement et pacifiquement. »

Le ministère canadien des Affaires étrangères s’est quant à lui déclaré « très préoccupé par les événements récents dans la province de Kirkouk » et a également appelé « au calme et à diminuer les tensions en Irak ».

Opération IMPACT

L’Opération IMPACT est la contribution des Forces armées canadiennes (FAC) à la coalition mondiale contre Daech en Irak et en Syrie. Dans le cadre de cette mission, les FAC:

  • effectuent des opérations aériennes;
  • entraînent et aident les forces de sécurité irakiennes;
  • aident les forces régionales à renforcer leurs capacités;
  • fournissent des services médicaux aux forces de la coalition;
  • appuient la coalition par l’entremise de membres des FAC hautement qualifiés.

Les centaines de conseillers canadiens en Irak ont surtout formé et « mentoré » jusqu’ici les combattants kurdes qui se sont révélés d’excellents combattants et ont été le fer de lance dans la lutte contre Daech.

Les FAC sont également au commandement d’une installation médicale de rôle 2 dans le Nord de l’Irak, près d’Erbil. Cette installation a pour mandat de prodiguer des soins médicaux et chirurgicaux afin de sauver des vies, à l’appui des forces de la coalition.

Où en est la crédibilité de la coalition auprès des Kurdes ?

Ici, lors du passage de 45eNord.ca een février 2017, des soldats kurdes formés et « mentorés » par les conseillers militaires Forces armées canadiennes (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le Canada demeure donc engagé à supporter un Irak stable, uni et diversifié, où les droits de tous les Irakiens sont protégés. Par contre, nul ne peut prédire les effets à long terme des événements de Kirkouk, où les forces irakiennes ont pris lundi sans coup férir le contrôle du siège du gouvernorat de la province ainsi qu’un champ pétrolier et investi une base et un aéroport militaires.

Les combattants kurdes ne contrôlent plus maintenant que cinq des six champs pétroliers de la région de Kirkouk, qui fournissent 340.000 des 550.000 barils par jour (b/j) qu’exporte en moyenne le Kurdistan irakien, contre l’avis de Bagdad.

Et le pompage des deux principaux –Havana et Bay Hassan– a cessé lundi après-midi selon un haut responsable du ministère irakien du Pétrole, les « techniciens kurdes ayant quitté les puits avant l’arrivée des forces irakiennes ».

La riche province de Kirkouk (nord-est), qui ne fait pas partie de la région autonome du Kurdistan irakien, est au cœur d’un contentieux entre Bagdad et Erbil que le récent référendum sur l’indépendance kurde a encore exacerbé. En hissant le drapeau irakien devant le siège du gouvernorat, où le drapeau kurde a été retiré, Bagdad a marqué le retour de son autorité dans cette province.

Si le Canada se sort relativement bien de cette situation où il ne pouvait appuyer aucun des deux camps, comme le déclarait avant le déclenchement des hostilités le brigadier-général canadien Craig Aitchison, commandant des forces terrestres de la coalition, il n’en va pas nécessairement de même de l’ensemble la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

Plusieurs combattants et dirigeants kurdes semblent se sentir abandonnés et trahis et sont aujourd’hui amers, très amers.

La coalition dont fait partie le Canada et qui soutient aussi bien Bagdad que les Kurdes dans leur lutte contre le groupe État islamique (EI) a beau exhorter les deux parties à « éviter une escalade », cet assaut qui a permis aux forces irakiennes et aux milices populaires chiites du Hachd al-Chhabi d’atteindre leurs objectifs dans cette région disputée en moins de 24 heures s’est fait, notamment, grâce au matériel fourni par la coalition à Bagdad pour la lutte contre Daech, et sans que celle-ci puisse empêcher les forces iraniennes d’apporter leur appui à Bagdad.

Le sénateurs américains John McCain (R-AZ), président de la Commission des services armés du Sénat, s’est déclaré aujourd’hui « particulièrement préoccupé par les informations des médias selon lesquelles les forces iraniennes font partie de l’assaut » et aussi par le fait, souligné avec amertume dès hier par le Conseil de sécurité du Gouvernement régional du Kurdistan, que c’est avec « du matériel et une formation au Gouvernement irakien pour combattre l’État islamique et se prémunir contre les menaces extérieures, et non contre les éléments de l’un de ses propres gouvernements régionaux, un partenaire de longue date des États-Unis », que l’assaut des forces fédérales irakiennes a été mené.

« Ne vous méprenez pas, il y aura de graves conséquences si nous continuons à voir l’équipement américain mal utilisé de cette façon. », a prévenu le sénateur McCain.

« Il est absolument impératif pour le premier ministre Abadi et le gouvernement régional kurde d’entamer un dialogue sur le désir du peuple kurde d’obtenir une plus grande autonomie de Bagdad au moment opportun et la nécessité d’arrêter immédiatement les hostilités », de conclure le sénateur américain.

Les Kurdes divisées et humiliés

Cette offensive a également fait éclater au grand jour la crise qui couvait entre le PDK de Massoud Barzani, initiateur du référendum d’indépendance, et l’UPK, qui préférait engager des négociations avec Bagdad sous l’égide de l’ONU.

Le sud de la province de Kirkouk était tenu jusqu’ici par des peshmergas affiliés à l’UPK tandis que le PDK contrôlait le nord et l’est.

La progression des forces gouvernementales irakiennes a été facilitée par le retrait des combattants kurdes (peshmergas) de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de leurs positions au sud de Kirkouk.

L’UPK est le rival du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), du président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani, dont les forces gouvernementales irakiennes ont retiré les portraits à Kirkouk.

Conseiller du président Barzani, Hemin Hawrami a dénoncé sur Twitter des « problèmes internes et des accords ambigus » qui ont mené « des commandants à ordonner à leurs peshmergas de quitter leurs positions ».

Des vidéos ont montré des convois de peshmergas de l’UPK abandonnant leurs positions sous les crachats et les jets de pierre d’habitants.

Pendant ce temps,des familles entières ont fui les quartiers kurdes vers le Kurdistan irakien.

*Avec AFP

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