La blague du colonel (honoraire) Luc Lavoie sur les ondes de LCN: honte pour tous les militaires et les anciens combattants

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Le colonel honoraire Luc Lavoie, des Fusiliers Mont-Royal. (FAC/45eNord.ca)
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La blague en question, et le malaise ressenti à la fin

La blague de très mauvais goût lancée sur les ondes de LCN hier par le chroniqueur politique et colonel (honoraire) des Fusiliers Mont-Royal, Luc Lavoie, comme quoi «il aurait aimé chasser les séparatistes» est inacceptable, pathétique et aucunement drôle. En plus d’encourager la violence et de ternir l’image de tous les hommes et toutes les femmes qui portent ou qui ont porté l’uniforme militaire canadien, elle démontre une absence de jugement de la part de l’individu surtout dans le contexte mondial actuel avec les tristes événements de Las Vegas, d’Edmonton et de la Catalogne. De tels propos ne doivent jamais avoir lieu, peu importe notre allégeance politique, Monsieur Lavoie devait sans aucun doute le savoir, il trempe là-dedans depuis des décennies. Aurait-il eu une bulle au cerveau ?

Vous savez, je suis natif du Saguenay-Lac-Saint-Jean et je n’ai jamais été «séparatiste».

En 1995, lors du référendum, je jouais au hockey pour les Saguenéens de Chicoutimi dans la ligue junior AA et j’étais l’un des seuls à ne pas avoir un autocollant du «OUI» sur mon casque. J’ai passé de mauvais quarts d’heure avec mes coéquipiers. À de multiples reprises, plusieurs amis, membres de ma famille et fréquentations ont tenté de me convaincre de voter «OUI», mais j’ai toujours résisté.

Je crois que l’été 1995 a été marquante dans ma vie en général et dans les fondements de mes orientations politiques. En effet, en 1995, je me suis rendu pendant quelques mois avec trois amis dans la province de la Colombie-Britannique pour découvrir ce coin de pays et pour apprendre l’anglais. À force de m’imprégner dans la culture canadienne-anglaise et à fréquenter les Canadians, j’avais été en mesure de tirer mes propres conclusions. Pour moi, le Québec devait rester dans la fédération canadienne tout en prenant la place qui lui revient et en poursuivant son affirmation identitaire, et je le crois encore profondément aujourd’hui.

Il y a plusieurs raisons autant sur la forme que sur le fond qui me font réagir aux propos de Monsieur Lavoie.

Premièrement, ce n’est pas vrai qu’au Québec, nous allons commencer à encourager la violence sur les bases des allégeances politiques. C’est fini la Crise d’octobre et c’est très bien comme ça! Je suis fédéraliste, plusieurs membres de ma famille, des amis ainsi que des anciens collègues encore actifs ou retraités des Forces armées canadiennes sont séparatistes, je les respecte, ils me respectent et nous tentons d’avoir des échanges, parfois animés, mais toujours respectueux qui font avancer les débats. C’est comme ça que nous faisons les choses au Québec et c’est ce qui explique que nous sommes une nation forte, singulière, respectueuse des droits fondamentaux et des individus. Chacun peut décider librement de ses orientations politiques sans crainte d’être «chassé». La blague de Monsieur Lavoie ne me fait pas rire, car il sous-tend le contraire de qui nous sommes comme peuple.

Deuxièmement, il y a quelques semaines, je donnais une entrevue à la station radiophonique FM 93 de Québec. L’animateur m’a demandé: «Pourquoi au Québec, on associe souvent les militaires avec la violence et qu’il y a si peu – en comparaison avec le Canada anglais et les États-Unis – de reconnaissance de nos militaires et anciens combattants ?». J’ai tenté une explication en avançant qu’il existe de nombreux mythes à briser au sujet des militaires et qu’il faut absolument voir l’homme et la femme derrière l’uniforme. Personnellement, je n’en connais pas beaucoup qui prônent la violence! C’est beaucoup plus la paix, le respect des droits et des valeurs qui sont prônés! Ces femmes et ces hommes ont à cœur les intérêts de notre pays et se dépassent pour conserver ce que nous avons acquis chèrement au cours de notre histoire et pour défendre nos valeurs ici et à l’étranger. J’ai aussi parlé qu’il faut une plus grande intégration sociale et communautaire des militaires et des anciens combattants dans les différentes sphères de la vie. Il faut une plus grande reconnaissance, parfois par de petits gestes, de la part des gouvernements municipaux et provinciaux et non strictement qu’une fois par année dans le cadre du Jour du Souvenir.

Alors, vous savez quoi, Monsieur Lavoie, qui porte l’uniforme militaire canadien à titre de colonel honoraire des Fusiliers Mont-Royal, a débâti en l’espace de quelques secondes les initiatives misent en place au Québec pour amener une plus grande reconnaissance et intégration sociale des militaires et des anciens combattants. La blague de Monsieur Lavoie fait honte à tous les militaires et à tous les anciens combattants, qu’ils soient séparatistes, fédéralistes ou indécis.

Heureusement, Monsieur Lavoie semble être un homme de principe et ses excuses sont la reconnaissance du malaise qu’il a causé en lançant cette blague. Il semble évident que malgré sa grande expérience dans le domaine des communications, il aurait dû se tourner la langue sept fois avant de dire de telles sottises. De plus, il n’est définitivement pas destiné à une seconde carrière à titre d’humoriste, car sa blague avait tout sauf d’être comique. N’empêche que ces propos ont causé des torts à l’image des militaires et des anciens combattants. Pour finir, de mon point de vue, il doit être relevé de ses fonctions de colonel honoraire dans l’immédiat. De tels propos ne sont pas dignes de l’uniforme militaire canadien.