Le Kurdistan irakien prêt à geler les résultats du référendum d’indépendance

Le président kurde irakien Massoud Barzani (c), lors d'une assemblée à Kirkouk, le 12 septembre 2017. (AFP / Marwan IBRAHIM)
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Le président kurde irakien Massoud Barzani (c), lors d’une assemblée à Kirkouk, le 12 septembre 2017. (Archives/AFP/Marwan IBRAHIM)

Le Kurdistan irakien, en pleine crise politique et économique et acculé par Bagdad, a proposé mercredi de geler les résultats de son référendum d’indépendance, pour tenter de sortir d’une crise dans laquelle il a déjà beaucoup perdu en à peine un mois.

Le gouvernement irakien n’a pas immédiatement réagi à cette initiative. Cependant, le porte-parole des unités paramilitaires du Hachd al-Chaabi, qui épaulent l’armée irakienne tant face au groupe État islamique (EI) que face aux combattants kurdes (peshmergas), a rejeté sèchement cette proposition.

Il y a un mois jour pour jour, cette région autonome dans le nord de l’Irak organisait en grande pompe une consultation populaire et le « oui » l’emportait massivement dans l’euphorie. Aussitôt éclatait toutefois une crise d’une ampleur sans précédent avec Bagdad, soutenu par les voisins turc et iranien désireux de couper court aux velléités indépendantistes de leurs propres minorités kurdes.

Assuré de ces appuis –mais aussi du rejet du scrutin par les États-Unis et d’autres, soucieux de « l’unité de l’Irak », acteur majeur de la lutte antijihadistes–, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a envoyé ses troupes, en s’appuyant en outre sur la Constitution.

Ces forces ont repris en quelques jours à peine la quasi-totalité des zones disputées à travers l’Irak aux peshmergas, dans une démonstration de force qui s’est en de rares endroits soldée par des combats ayant fait une trentaine de morts.

L’unique condition pour éviter ces mouvements militaires, avaient prévenu les responsables à Bagdad –jusqu’au président Fouad Massoum, lui-même kurde–, était l’annulation pure et simple des résultats du référendum.

– ‘Dialogue ouvert’ –

Jusqu’à ce jour, le Kurdistan irakien avait toutefois refusé en bloc toute condition préalable à l’ouverture d’un dialogue avec Bagdad.

Mais, mardi, de nouveaux affrontements ont éclaté entre forces kurdes et irakiennes dans le nord frontalier de la Turquie, et Bagdad se montre déterminé à reprendre l’ensemble des points de passage et autres terminaux à la région autonome.

Pour éviter « la guerre » et « la destruction du tissu social », Erbil a en conséquence proposé de « geler les résultats » de son référendum d’indépendance et d’entamer « un dialogue ouvert » avec Bagdad « sur la base de la Constitution ». Dans son communiqué publié tôt mercredi, la région autonome se dit aussi prête à « un cessez-le-feu immédiat ».

Cette proposition n’a « aucune valeur », a répondu le porte-parole du Hachd, Ahmed al-Assadi. « Geler signifie reconnaître le référendum, or la demande du gouvernement irakien était claire: c’est l’annulation », a-t-il affirmé à l’AFP.

Quant à l’avancée des troupes irakiennes, a-t-il dit, elle « n’a rien à voir avec l’annulation du référendum ». Elle découle uniquement de l’application de « la loi qui prévoit la présence des forces gouvernementales dans les zones disputés ».

En position de force depuis la débandade en 2014 des forces fédérales face à la percée jihadiste, Erbil a désormais perdu gros. Sur son référendum, elle n’a pas obtenu le soutien international espéré.

Sur le terrain, elle a quasiment perdu tous les territoires où ses peshmergas s’étaient déployés au-delà de ses frontières administratives.

A l’issue des opérations de « restauration du pouvoir central » dans ces zones disputées, notamment la riche province de Kirkouk, elle a perdu les immenses champs de pétrole qui aurait pu assurer la viabilité économique d’un hypothétique Etat kurde, assurent les experts.

– Barzani discret et affaibli –

L’ONU, qui jusqu’à la veille du référendum du 25 septembre plaidait pour un plan alternatif de négociations, a réitéré mardi sa proposition d’aider à des pourparlers entre Bagdad et Erbil.

Dans un communiqué, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Irak, Jan Kubis, a offert « les bons offices de la mission de l’ONU en Irak pour faciliter les discussions, si les deux parties le demandent ».

La proposition d’Erbil intervient au moment où M. Abadi, de retour d’une tournée régionale chez les poids lourds arabes du Moyen-Orient, est attendu en Turquie.

Il a déjà annoncé qu’il évoquerait avec les responsables turcs la question du référendum kurde, de la gestion de la frontière entre son pays et la Turquie dont il entend reprendre le contrôle.

La veille, conséquence de la crise que traverse le Kurdistan, le Parlement kurde a reporté les élections législatives et présidentielle prévues le 1er novembre.

La classe politique se déchire et l’opposition kurde a réclamé la démission du président Massoud Barzani, très discret depuis 10 jours et considérablement affaibli. Elle a demandé la constitution d’un « gouvernement de salut national » pour éviter à cette région, qui traverse une grave crise économique, plus de divisions et de déboires politiques face à Bagdad.

Ces derniers jours, Erbil et Bagdad ont chacun émis des mandats d’arrêt visant de hautes personnalités politiques et militaires adverses.