Le rachat de chasseurs australiens de plus en plus probable pour compléter la flotte de CF-18 canadiens

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Une formation de trois F / A-18 Hornets de la Royal Australian Air Force participe à une mission d’entraînement le 9 mars 2012 au dessus du désert du Nevada. (Archives/Senior Airman Brett Clashman/U.S. Air Force)

Alors que le premier ministre Trudeau rencontrera le président américain mercredi à Washington après la déclaration de guerre américaine à Bombardier, il est de plus en plus question qu’Ottawa, qui avait un temps envisagé l’achat de Super-Hornet de Boeing, rachète plutôt des chasseurs d’occasion à l’Australie pour combler le « déficit de capacités » de l’Aviation royale canadienne.

Vers la fin d’août 2017, le Canada a entamé des discussions avec le gouvernement de l’Australie sur la possibilité d’acquérir les chasseurs F/A-18 et les pièces de rechange connexes que l’Australie prévoit vendre, confirme aujourd’hui un communiqué de Services publics et Approvisionnement Canada.

Et le 29 septembre 2017, le Canada a présenté une déclaration d’intérêt, par laquelle il déclare officiellement son intérêt à l’égard de l’équipement de l’Australie. Le Canada s’attend à obtenir une réponse d’ici la fin de l’année en cours. Cette réponse indiquera plus en détail la disponibilité et le coût du chasseur et des pièces de rechange connexes que le Canada envisage d’acheter.

Après la saga Bombardier-Boeing, et « d’ici à ce qu’un processus concurrentiel ouvert et transparent puisse être mené afin de remplacer la flotte de CF-18 du Canada », le gouvernement examine donc très sérieusement le rachat des chasseurs australiens pour compléter la flotte actuelle de CF-18 pour combler l’actuel manque de chasseurs.

En novembre 2016, le gouvernement du Canada avait annoncé son intention de remplacer la flotte de chasseurs de l’Aviation royale canadienne.

Dans le document intitulé Protection, Sécurité, Engagement: La politique de défense du Canada qui a été publié en juin 2017, le gouvernement réitérait son engagement d’investir de manière appropriée dans les forces militaires canadiennes. Le 7 juin dernier, alors qu’il dévoilait la nouvelle politique de défense, le ministre Sajjan annonçait que l’Aviation royale canadienne aura 88 avions de chasse au lieu de 65 prévu par le précédent gouvernement, pour remplacer sa flotte vieillissante de CF-18.

Mais, dans l’état actuel de la flotte canadienne de chasseurs, disait le gouvernement Trudeau, il est difficile de remplir nos obligations auprès du NORAD et de l’OTAN.

D’ici au remplacement complet de la flotte de CF-18, le Canada avait donc opté en 2106 pour une mesure provisoire qui consistait à acheter un certain nombre de Super Hornet pour remplir le «capability gap» (déficit de capacités) d’ici à ce qu’il parvienne à une solution définitive.

Dans les circonstances, opter pour un avion américain construit, étant donné l’importance de la défense continentale conjointe avec les États-Unis, paraissait logique.

Mais, en avril 2017, Boeing déclarait la guerre à l’avionneur canadien Bombardier.

Dans une plainte déposée en avril, Boeing soutenait que Bombardier vendait ses appareils «à des prix dérisoires» grâce, selon lui, à l’aide gouvernementale accordée à Bombardier au Canada. Boeing avançait que le transporteur américain Delta avait payé «20 millions de dollars américains pour des appareils qui coûtent 33 millions de dollars américains à produire».

Depuis, suite à la plainte de Boeing, le département du Commerce américain a imposé des droits compensatoires de 220 % sur les avions de la C Series de Bombardier et, une semaine plus tard, Washington est revenu à la charge avec des droits antidumping de 79,82 %.

Dans ces conditions, après une pareille attaque contre l’industrie aéronautique canadienne, plus question de faire affaire avec Boeing. Le premier ministre Justin Trudeau n’a cessé depuis de répéter l’intention de son gouvernement de ne plus «faire affaire» avec l’avionneur américain.

Le 28 septembre, de passage à Riga, en Lettonie, où 450 militaires canadiens sont déployés, le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan n’avait pas caché lui non plus sa déception face à la décision des autorités américaines et a indiqué lui aussi qu’il envisageait d’autres solutions, évoquant le rachat de chasseurs de seconde main à l’Australie, qui va bientôt changer ses F/A-18 pour des F-35.

Il semble donc aujourd’hui que le rachat de chasseurs australiens pour compléter la flotte de CF-18 canadiens soit de plus en plus probable.

Par ailleurs, les discussions menées en parallèle avec Boeing, en ce qui touche l’achat provisoire envisagé de chasseurs Super Hornet sont toujours en suspens, même si le gouvernement du Canada continue de collaborer avec le gouvernement des États-Unis afin d’examiner toutes les options possibles et qu’il est hautement probable que le premier ministre canadien aborde cette question aujourd’hui alors qu’il rencontrera le président américain à Washington.

« Le gouvernement du Canada continuera de faire le point sur la situation et de tenir la population canadienne au fait de l’avancement du remplacement des chasseurs du Canada et de l’acquisition de chasseurs d’appoint. », conclut le communiqué d’Ottawa aujourd’hui, mais il est devenu carrément impensable politiquement de faire affaire aujourd’hui avec Boeing après que l’avionneur américain, qui bénéficie lui-même des largesses de son gouvernement, ait attaqué de façon aussi vicieuse le fleuron de notre industrie aéronautique.

Trudeau face au compoetement erratique de l’occupant de la Maison-Blanche

Qu’il s’agisse de Bombardier, des négociations de l’Alena ou de la paix mondiale, il n’est pas certain que le premier ministre Trudeau arrivera à se faire entendre de l’occupant de la Maison-Blanche.

Justin Trudeau est arrivé à Washington aujourd’hui alors que plusieurs ténors républicains craignent que les agissements du président Trump provoquent une série de crises internationales.

Le sénateur républicain Bob Corker, président de la puissante Commission des affaires étrangères du du Sénat, a laissé entendre que le personnel de la Maison-Blanche devait constamment agir comme des gardiens d’enfants avec le président Donald Trump pour prévenir le chaos. Il s’inquiète aussi que le comportement imprévisible du président ne provoque «la Troisième Guerre mondiale».

Interrogée sur les déclarations du sénateur Corker, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui est à Washington pour la quatrième ronde de négociations de l’Aléna, a déclaré que le monde vit ses pires moments d’incertitude en matière de relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Mme Freeland a affirmé que plusieurs éléments l’inquiétaient à travers le monde, alors que d’anciennes et fructueuses institutions commencent à s’effriter.

«(L’ordre d’après-guerre) a vraiment fonctionné. Avec le temps, il a amené de plus en plus de gens dans un monde pacifique et prospère», a-t-elle expliqué, citant les exemples des Nations unies, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

«Cet ordre commence à se fracturer. Et par conséquent, on voit des tensions à plusieurs endroits», a-t-elle ajouté, évoquant le cas de la Corée du Nord.

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