L’EI a maintenant perdu 87% de son territoire conquis en 2014, mais la menace djihadiste persiste

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Le logo du Commandement multinational interarmées (CMI), en anglais le International coalition for Operation Inherent Resolve, composé de militaires de plus de 30 pays. (CTJF-OIR)

Le groupe État islamique (EI) a perdu près de 90% des territoires qu’il avait conquis en 2014 en Irak et en Syrie, a annoncé mardi la coalition internationale antidjihadistes emmenée par les Etats-Unis.

Cette annonce de la coalition, qui a mené des milliers de frappes aériennes contre les djihadistes et dépêché des conseillers spéciaux auprès des forces locales engagées en Irak et en Syrie, marque le troisième anniversaire de sa création et intervient le jour où l’EI a été chassé de son ex-bastion en Syrie Raqa.

« Les efforts conjoints de la coalition et de ses forces partenaires ont permis de reprendre plus de 93.790 km carré de territoire — soit plus de 87% du territoire saisi par Daech en 2014 », a annoncé la coalition dans un communiqué, utilisant l’acronyme arabe de l’EI.

« Entre 3.000 et 7.000 terroristes de (l’EI) continuent de se battre en Irak et en Syrie », souligne la coalition formée en 2014 à l’initiative de l’ancien président américain Barack Obama. Ce dernier avait notamment décidé d’intervenir pour stopper les exactions contre la minorité irakienne yazidie persécutée par les jihadistes.

La coalition dit avoir fourni un entraînement à près de 120.000 combattants en Irak, et à plus de 12.000 en Syrie.

« L’EI est en train de perdre à tous les niveaux. Nous avons dévasté leurs réseaux et éliminé des dirigeants à tous les niveaux », a indiqué sur son compte Twitter le porte-parole de la coalition, le colonel Ryan Dillon.

« Nos partenaires ont libéré plus de 6.5 millions de personnes », a-t-il ajouté.

Le « califat » de l’EI s’écroule mais la menace djihadiste persiste

Avec la perte de Raqa, le « califat » autoproclamé du groupe État islamique (EI) s’effondre et se limite désormais à des réduits à la frontière irako-syrienne, mais les kamikazes et cellules dormantes de l’organisation djihadiste sont toujours à craindre.

Trois ans après avoir capturé un territoire aussi grand que l’Italie, ce groupe ultraradical responsable d’atrocités en Syrie et en Irak et d’attentats en Occident a vu son « califat » se réduire comme peau de chagrin, après les multiples offensives.

Dernier revers de taille en date: Raqa, son ancienne « capitale » de facto en Syrie, est tombée mardi aux mains des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par les États-Unis.

Acculés, les djihadistes subissant défaite après défaite vont se replier vers les territoires à la frontière entre la Syrie et l’Irak: autour de la localité de Boukamal dans la province syrienne de Deir Ezzor, et autour de la ville irakienne d’Al-Qaïm dans la province d’Al-Anbar.

« À son apogée en 2014, le califat auto-proclamé de l’EI menaçait d’exercer son contrôle d’Alep jusqu’à la frontière irakienne », explique à l’AFP Nicholas Heras, expert du Center for a New American Security à Washington.

« Il est désormais confiné à un secteur dans la province de Deir Ezzor », dans l’est de la Syrie, précise-t-il.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), l’EI a perdu en deux mois la moitié de la grande province pétrolière de Deir Ezzor frontalière de l’Irak, visée par deux offensives distinctes: celle des forces du régime syrien, soutenues par l’aviation russe, et celle des FDS.

Les djihadistes ne contrôlent plus que 8% de Deir Ezzor, la capitale de la province du même nom, alors que dans le passé il en occupait plus de la moitié.

Deir Ezzor « sera le centre de gravité de l’EI en Syrie, même s’il y aura toujours de petites poches sous son contrôle ailleurs » dans le pays, ajoute M. Heras.

Selon lui, les djihadistes ont toujours voulu faire de cette région frontalière « le dernier bastion de leur califat ». Ce secteur « est éloigné de Damas et de Bagdad, et pour l’atteindre de n’importe quelle direction, il faut traverser un désert difficile ».

« Les gouvernements irakien et syrien vont œuvrer à récupérer toute la frontière », estime pour sa part Aymenn Jawad al-Tamimi, spécialiste des mouvements djihadistes. « Négliger ce secteur poreux ne fera qu’aider l’EI à l’avenir ».

Mais malgré les défaites essuyées ces derniers mois, la force de nuisance des djihadistes reste bien réelle.

« La terrible vérité, c’est que l’EI sera tout aussi meurtrier comme réseau d’insurrection terroriste que lorsqu’il était un quasi-État », avertit M. Heras. « En Syrie et en Irak, l’EI a pour stratégie de mener une insurrection brutale contre n’importe quelle force qui va conquérir son califat en utilisant de jeunes combattants endoctrinés, issus de la population locale ».

Un avis partagé par M. Tamimi qui met en garde contre « les cellules dormantes, les raids, les kamikazes », auxquels l’EI peut encore avoir recours selon lui.

« Les attaques en Europe vont continuer pendant un certain temps. La défaite du projet étatique de l’EI diminue certes son attrait, mais (le groupe) continuera d’avoir des partisans pendant un long moment », dit-il.

Raqa était devenue le symbole des pires atrocités commises par l’organisation djihadiste, qui y aurait planifié les attentats ayant frappé plusieurs pays ces dernières années, notamment en Europe.

Pour l’analyste Charlie Winter, « il ne s’agit pas simplement de conquérir le territoire de l’EI pour voir son idéologie disparaître ».

« Au yeux de ceux qui se battent pour l’EI, l’organisation a réussi à déclarer un califat et le maintenir, c’est sans précédant dans l’histoire moderne du djihadisme salafiste », souligne le chercheur au Centre international d’études sur la radicalisation et la violence politique au King’s College de Londres.

« C’est quelque chose qui aura un impact sur l’ensemble du spectre jihadiste, pour des années et des années à venir », met-il en garde.

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