L’Ukraine a prolongé le «statut spécial» pour l’Est rebelle

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Un char d’assaut des rebelles pro-russes (Archives/Odd Andersen/AFP)

Le Parlement ukrainien a prolongé d’un an cette semaine la loi octroyant davantage d’autonomie à l’Est séparatiste prorusse lors d’une session houleuse vendredi marquée par des accrochages entre députés, décision aussitôt saluée par les Occidentaux et Moscou.

Cette décision a été soutenue par les Occidentaux qui la considèrent comme un moyen de maintenir le fragile dialogue entre les belligérants mais dénoncée notamment par l’extrême droite qui y voit une concession au Kremlin.

Le texte a été adopté par seulement 229 députés contre un minimum requis de 226. Le président Petro Porochenko, qui a pressé les députés d’adopter ce texte, ne devrait pas tarder à le promulguer pour qu’il entre en vigueur.

Le ton est monté au point que plusieurs dizaines de députés en sont venus aux mains avant le vote. Un parlementaire du parti nationaliste Svoboda a jeté des fumigènes dans l’hémicycle. Devant le Parlement, une centaine de militants nationalistes ont protesté contre son adoption.

« La prolongation du statut spécial montre que l’Ukraine fait des pas difficiles vers la paix », a déclaré sur Twitter l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Ukraine, Kurt Voler, en appelant la Russie à « agir pour faire la paix ». « Il est temps de mettre fin au conflit », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a de son côté jugé ce texte « important », notant que la future expiration de la loi précédente en octobre « suscitait la préoccupation de tout le monde ».

Cette loi sur le statut spécial, très critiquée, a été initialement adoptée pour trois ans en septembre 2014 dans le cadre des accords de paix de Minsk, conclus après la lourde défaite de l’armée ukrainienne dans la ville d’Ilovaïsk, où des centaines de soldats avaient péri en quelques jours.

La loi renforce l’autonomie des zones séparatistes et notamment leur permet de former légalement leurs propre milices, garantit l’amnistie à des combattants n’ayant pas commis de crimes de sang et accorde un statut plus favorable à la langue russe qui y est majoritairement parlée.

Conditionnées notamment à un cessez-le-feu durable, ces dispositions ne sont toutefois techniquement jamais entrées en vigueur.

La veille du vote, une source européenne à Kiev avait confié à l’AFP qu’un rejet de cette loi posait « un risque que les Russes abandonnent les négociations de paix », l’Ukraine se trouvant alors montrée du doigt comme « responsable ».

« Les Russes ne cachaient pas leur espoir de voir le vote au Parlement échouer », a affirmé dans un communiqué le président Porochenko. Car en leur permettant selon lui de rejeter sur Kiev la responsabilité de l’échec des pourparlers, « cela leur libérerait les mains sur la ligne de front et les aiderait à lever les sanctions » imposées à Moscou par les Occidentaux, a-t-il poursuivi.

La loi stipule cependant qu’elle ne peut entrer en vigueur qu’après le départ du sol ukrainien des troupes et armements russes.

Kiev et l’Occident accusent le Kremlin de soutenir militairement les rebelles, ce que Moscou dément malgré de nombreux témoignages sur la présence de ses militaires dans la zone de conflit.

Le conflit armé dans l’est de l’Ukraine, qui a éclaté en 2014, a fait depuis plus de 10.000 morts. Les accords de paix ont permis de baisser considérablement l’intensité de combats, mais des violences continuent de faire régulièrement des victimes.

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