Missiles balistiques: l’Iran n’entend pas renoncer

Un membre des Gardiens de la révolution installe un missile balistique dans un endroit souterrain tenu secret, le 8 mars 2016. (SEPAH NEWS/AFP/STRINGER)
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Un membre des Gardiens de la révolution installe un missile balistique dans un endroit souterrain tenu secret, le 8 mars 2016. (Archives/SEPAH NEWS/AFP/STRINGER)

L’Iran poursuivra son programme d’armement, notamment balistique, autant que nécessaire, a déclaré dimanche le président iranien Hassan Rohani alors que le Congrès américain prépare de nouvelles sanctions contre le programme de missiles de Téhéran.

« Pour défendre notre nation et notre intégrité territoriale, nous construirons toutes les armes dont nous aurons besoin », a déclaré M. Rohani lors d’un discours au Parlement diffusé par la télévision d’État.

« Nous avons construit des missiles, nous en construisons et nous allons en construire car cela ne viole aucune règle internationale pas même la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies », a ajouté M. Rohani.

Adoptée en juillet 2015, cette résolution a entériné l’accord sur le nucléaire iranien conclu entre l’Iran et le Groupe des Six grandes puissances (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie).

Cet accord a permis la levée des sanctions économiques onusiennes et occidentales imposées à l’Iran à cause de son programme nucléaire. En échange, l’Iran a accepté de brider celui-ci afin d’apporter la garantie qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique.

[toggle title= »NUCLÉAIRE: POUR L’AIEA, L’IRAN MET EN OEUVRE SES ENGAGEMENTS » load= »hide »]

Téhéran « met en œuvre » ses engagements pris aux termes de l’accord international sur le nucléaire iranien, a déclaré dimanche à Téhéran le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano.

« À la date d’aujourd’hui, je peux affirmer que l’Iran met en œuvre ses engagements en matière nucléaire pris dans le cadre du PGAC », a déclaré M. Amano en anglais lors d’une conférence de presse devant des médias iraniens, selon un court extrait diffusé par la télévision publique iranienne.

Le Plan global d’action commun (PGAC, JCPOA selon l’acronyme anglais) est le nom de l’accord conclu en juillet 2015 à Vienne entre l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie).

Aux termes de ce texte, la République islamique s’est engagée à brider son programme nucléaire pour prouver qu’elle ne cherche pas à se doter de l’arme atomique. Elle a obtenu en échange la reconnaissance de son droit à enrichir l’uranium à des fins civiles et la levée des sanctions économiques que lui imposaient l’Occident et les Nations unies à cause de ce programme.

Accusant l’Iran d’avoir violé l’accord à plusieurs reprises, le président américain Donald Trump a menacé le 13 octobre d’en retirer son pays « à tout moment » et a demandé aux parlementaires américains de légiférer pour imposer de nouvelles sanctions visant notamment à empêcher les progrès de l’Iran en matière de production de missiles balistiques.

M. Amano a rencontré dimanche le président iranien Hassan Rohani, son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi.

Selon le site internet du gouvernement, M. Rohani a dit à son visiteur la volonté de son pays de « coopérer à long terme avec l’AIEA ».

« Nous voulons continuer l’accord nucléaire et éviter que [les États-Unis] le perturbent car si l’accord nucléaire est cassé, cela aura des conséquences imprévisibles », a déclaré M. Salehi.

M. Salehi a répété que l’Iran avait la capacité de « reprendre […] en quatre jours » des activités d’enrichissement de l’uranium à 20%. « Mais nous ne voulons pas faire cela », a-t-il ajouté, alors que l’Iran s’est engagé par l’accord de Vienne à se limiter à enrichir l’uranium à 3,5% (taux permettant une utilisation dans une centrale électrique nucléaire).

Le seuil de 20% constitue la limite maximale internationalement reconnue de l’uranium « faiblement enrichi », mais à ce taux, on passe très facilement à l’obtention d’uranium de qualité militaire.[/toggle]

Sur la question des missiles, la résolution 2231 enjoint l’Iran « de ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des armes nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques » pendant huit ans au plus.

Depuis lors, l’Iran a réalisé plusieurs tirs d’essai de missiles balistiques. Téhéran justifie ces tirs en affirmant que la République islamique ne cherchant pas à produire des armes nucléaires, aucun de ses missiles n’est conçu pour porter de telles armes.

Mais pour plusieurs membres du Groupe des Six, notamment la France et les États-Unis, ces tirs ne sont pas conformes à la résolution 2231.

Le 26 octobre, la Chambre des représentants américaine a adopté en première lecture un projet de loi visant à imposer « des sanctions contre les entités du gouvernement iranien impliqués dans le développement du programme balistique » du pays.

Dans un discours virulent contre la République islamique, qu’il a accusée de semer le chaos au Moyen-Orient, le président américain Donald Trump a menacé mi-octobre de sortir les États-Unis de l’accord nucléaire « à tout moment » et a demandé au Congrès de prévoir de nouvelles sanctions économiques contre Téhéran.

Pour Téhéran, les nouvelles sanctions américaines et les déclarations hostiles de M. Trump constituent une violation de l’accord nucléaire de 2015. Devant les députés, M. Rohani a accusé une nouvelle fois les États-Unis d’être responsables de l' »insécurité » au Moyen-Orient.