ONU: veto de Moscou à une résolution sur les armes chimiques en Syrie

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La Russie a opposé mardi son veto à un projet de résolution présenté par les Etats-Unis au Conseil de sécurité des Nations unies visant à prolonger d’un an une enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.

C’est la neuvième fois que Moscou utilise son droit de veto pour protéger son allié syrien.

La Russie s’est opposée au renouvellement du mandat des experts de l’ONU et de l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) chargés d’enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Il expire le 18 novembre.

Ces experts doivent remettre jeudi au Conseil de sécurité un rapport sur l’attaque au gaz sarin du 4 avril à Khan Cheikhoun, dans le nord de la Syrie, qui a tué plus de 80 personnes dont de nombreux femmes et enfants.

Après le veto, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley a accusé Moscou d’être « une fois encore » du côté « des dictateurs et des terroristes qui utilisent ces armes ».

« La Russie a démontré une fois de plus qu’elle fera tout ce qui est possible pour s’assurer que le régime barbare (du président syrien Bachar al-)Assad ne paye jamais les conséquences pour son utilisation continue de produits chimiques comme armes », a-t-elle ajouté.

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Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, les forces en présence, et en particulier le régime de Bachar al-Assad, ont été accusées à plusieurs reprises d’avoir eu recours à des armes chimiques.

Le 23 juillet 2012, le régime reconnaît pour la première fois posséder des armes chimiques et menace de les utiliser en cas d’intervention militaire occidentale, mais pas contre sa population.

Le 20 août, le président américain Barack Obama affirme qu’avoir recours à de telles armes ou même les déplacer reviendrait à franchir une « ligne rouge ».

Le 21 août 2013, attaque des forces du régime contre la Ghouta orientale et à Mouadamiyat al-Cham, des secteurs aux mains des rebelles près de Damas. L’opposition accuse le régime d’avoir eu recours aux gaz toxiques, ce qu’il dément.

Fin août, les Etats-Unis affirment avoir la « forte certitude » que le régime est responsable de l’attaque qui a fait selon eux au moins 1.429 morts, dont 426 enfants.

Le 16 septembre, l’ONU publie un rapport de ses enquêteurs sur l’attaque, selon lequel des « preuves flagrantes » de l’utilisation de gaz sarin ont été trouvées.

Mais deux jours auparavant, la signature d’un accord américano-russe à Genève sur le démantèlement de l’arsenal chimique de la Syrie a repoussé la perspective de frappes envisagées par Washington et Paris pour « punir » M. Assad.

Le 10 septembre 2014, les enquêteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) confirment que le chlore a été utilisé en tant qu’arme chimique de manière « systématique et répétée » à Kafr Zeta (province de Hama, centre), Al-Tamana et Tal Minnis (province d’Idleb, nord).

Fin août 2016, une commission d’enquête de l’ONU et de l’OIAC, baptisée Joint Investigative Mechanism (JIM), conclut que des hélicoptères militaires syriens ont répandu du gaz de chlore sur au moins deux localités de la province d’Idleb, à Talmenes le 21 avril 2014 et Sarmine le 16 mars 2015.

Le JIM accuse le groupe jihadiste Etat islamique d’avoir utilisé du gaz moutarde à Marea (province d’Alep, nord) le 21 août 2015.

Le 21 octobre 2016, un rapport du JIM conclut que l’armée syrienne a mené une attaque à l’arme chimique, sans doute du chlore, à Qmenas (province d’Idleb) en mars 2015.

Le 4 avril 2017, un raid aérien frappe Khan Cheikhoun, petite ville contrôlée par des rebelles et des jihadistes dans la province d’Idleb, faisant selon l’ONU, 83 morts, dont 28 enfants. D’autres sources font état de 87 morts, dont 30 enfants.

Selon des médecins sur place, les symptômes relevés sur les patients sont similaires à ceux constatés sur des victimes d’une attaque chimique.

Dans la nuit du 6 au 7 avril, 59 missiles de croisière Tomahawk sont tirés par deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne syrienne d’Al-Chaayrate (centre).

Le 29 juin, l’OIAC confirme que du gaz sarin a bien été utilisé lors de l’attaque de Khan Cheikhoun, sans toutefois pointer des responsables. Le 6 septembre, des enquêteurs de l’ONU affirment que le gouvernement est responsable de l’attaque.

Le 4 octobre, l’OIAC indique que du sarin a été utilisé dans la localité de Latamné, à une vingtaine de km au sud de Khan Cheikhoun, cinq jours avant l’attaque de cette petite ville.[/toggle]

En début de séance, la Russie n’était pas parvenue à faire repousser le vote sur le renouvellement du mandat au mois de novembre, après la remise de ce rapport.

La Chine et le Kazakhstan se sont abstenus, la Bolivie a voté contre le renouvellement et onze pays ont voté pour une extension du mandat de la commission d’enquête, baptisée Joint Investigative Mechanism (JIM). Le veto de la Russie a bloqué l’adoption du texte.

L’ambassadeur russe Vasily Nebenzia a accusé les Etats-Unis et leurs alliés de demander un vote dans le but de « montrer du doigt et de déshonorer la Russie » et affirmé que les méthodes et « le manque de preuves » de la commission d’enquête sur l’incident de Khan Cheikhoun étaient « risibles ».