Pour Rohani, les É.-U. sont «plus seuls que jamais contre le peuple iranien»

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Le président iranien Hassan Rohani lors d’une conférence de presse, le 17 janvier 2016 à Téhéran. (Archives/AFP/ATTA KENARE)

Les États-Unis «sont plus seuls que jamais dans leurs complots contre le peuple iranien», a estimé vendredi le président iranien Hassan Rohani en réaction à la nouvelle «stratégie» américaine vis-à-vis de Téhéran dévoilée par le président américain Donald Trump.

«Aujourd’hui les États-Unis sont plus seuls que jamais face à l’accord nucléaire et plus seuls que jamais dans leurs complots contre le peuple iranien», a déclaré M. Rohani dans une intervention télévisée.

Il s’exprimait après le refus de M. Trump de «certifier» l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 par l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie).

«Les déclarations «de M. Trump» sont un tissu d’insultes et d’accusations sans fondements», a ajouté le président iranien.

Le président américain «n’a pas lu le droit international», a encore dit M. Rohani. «Est-ce qu’un président peut seul annuler un accord multilatéral et international. Apparemment, il ne sait pas que cet accord n’est pas un accord bilatéral entre l’Iran et les États-Unis», a-t-il encore déclaré.

«L’accord nucléaire n’est pas modifiable, on ne peut y ajouter ni un article ni une note», a réaffirmé M. Rohani, «tant que nos intérêts l’exigent, nous resterons dans l’accord nucléaire et nous coopérerons avec l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), mais si un jour nos intérêts ne sont pas satisfaits, nous n’hésiterons pas une seule seconde et nous réagirons.»

Mais Riyad salue l’initiative de Trump

Le royaume saoudien a pour sa part salué vendredi la «ferme stratégie» du président américain Donald Trump après sa décision de ne pas «certifier» l’accord international sur le programme nucléaire iranien.

«L’Arabie saoudite soutient et salue la ferme stratégie proclamée par le président Trump à l’égard de l’Iran et de sa politique agressive», a affirmé le gouvernement dans un communiqué obtenu par l’AFP.

Le royaume saoudien réitère à cette occasion son «engagement à travailler avec ses partenaires aux États-Unis et dans le monde pour faire face aux dangers que font peser les politiques iraniennes sur la paix et la sécurité mondiales», ajoute le communiqué.

Selon Riyad, l’Iran a «profité économiquement de la levée des sanctions» après la conclusion de l’accord nucléaire avec les puissances mondiales «pour déstabiliser la région et pour renforcer son programme balistique».

Le président américain Donald Trump a menacé vendredi de mettre fin «à tout moment» à l’accord international qui vise à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, provoquant l’inquiétude des autres pays signataires et ouvrant une période de grande incertitude.

S’il a prononcé un réquisitoire enflammé contre ce texte emblématique, «le pire» jamais négocié par les États-Unis, M. Trump a cependant assuré que son pays ne s’en retirerait pas pour l’instant.

Mais dans une allocution extrêmement virulente à l’encontre du régime de Téhéran qu’il a qualifié de «dictatorial», il a précisé qu’il ne «certifierait» pas le fait que Téhéran respecte ses engagements, en dépit des assurances en ce sens de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Son discours a provoqué une virulente réaction de Téhéran. Les États-Unis sont «plus seuls que jamais contre le peuple iranien», a lancé le président iranien Hassan Rohani.

Moscou a immédiatement dénoncé la stratégie de l’occupant de la Maison-Blanche, très isolé sur ce dossier. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a mis en garde contre la tentation de «démanteler un accord qui fonctionne et tient ses promesses».

Fermeté diplomatique

Dans un communiqué à la tonalité diplomatique, mais ferme, Paris, Berlin et Londres ont rappelé que cet accord avait été l’aboutissement de «13 années de diplomatie».

La première ministre britannique Theresa May, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont souligné qu’ils restaient «engagés» dans l’accord, appelant à sa «pleine application par toutes les parties».

«Quel est le sens d’un accord qui ne fait que retarder la capacité nucléaire (de l’Iran) pour une courte période?», s’est interrogé le président américain, soulignant que son administration souhaitait en particulier supprimer les échéances en vertu desquelles les restrictions sur le programme nucléaire pourraient être levées progressivement après 2025.

M. Trump a également annoncé des sanctions contre certains membres des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne.

Les Gardiens de la révolution «ont détourné de vastes parts de l’économie iranienne et saisi les dotations religieuses pour financer la guerre et le terrorisme à l’étranger», a-t-il accusé, sans toutefois aller jusqu’à les désigner comme un «groupe terroriste».

À contre-courant des signataires de l’accord, le premier ministre israélien Benyamin Néthanyahou a immédiatement félicité le milliardaire républicain pour sa «décision courageuse».

L’Arabie saoudite, monarchie sunnite du Golfe qui redoute la montée en puissance de son grand rival chiite, a salué la «stratégie ferme» de M. Trump.

Cette «non-certification» place de facto le Congrès américain en première ligne.

La majorité républicaine ne semblait pas prête à réimposer des sanctions et donc à endosser la responsabilité de saborder cet accord soutenu par les autres grandes puissances mondiales.

Une solution, concoctée par deux sénateurs républicains en coordination étroite avec la Maison-Blanche et le département d’État, consisterait à voter une loi créant un nouveau seuil pour déclencher des sanctions contre l’Iran à l’avenir. Une sorte de mise à jour, unilatérale, du «JCPOA» (acronyme anglais de l’accord).

Limites permanentes

Les élus espèrent aussi rendre permanentes les limites imposées sur le développement nucléaire iranien.

«Nous proposons une voie qui comblera les lacunes de l’accord nucléaire tout en maintenant l’administration dans l’accord», a expliqué Bob Corker, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat.

Mais rien n’indique que Téhéran acceptera de nouvelles contraintes sans broncher.

«Tout ce qui va dans le sens de nouvelles conditions» ajoutées à l’accord sera considéré «comme une violation unilatérale de l’accord lui-même», a mis en garde vendredi Wendy Sherman, principale négociatrice américaine du texte sous l’ère Obama.

Si Téhéran et Washington ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980, au lendemain de la révolution islamique de 1979, la fin de l’administration de Barack Obama avait marqué le début d’une évolution. Le président démocrate avait jugé que l’accord donnait «une chance d’aller dans une nouvelle direction».

Mais depuis son installation à la Maison-Blanche en janvier, Donald Trump a donné un net coup de barre. Il n’a eu de cesse de durcir encore le ton face à Téhéran.

Et il est déterminé à gommer une distinction faite par son prédécesseur: négocier sur le nucléaire d’un côté, dénoncer les activités «déstabilisatrices» de l’autre (soutien au régime de Bachar al-Assad en Syrie, au Hezbollah au Liban, ou encore aux Houthis au Yémen).

Cette annonce s’ajoute à la longue liste des accords que les États-Unis ont quitté –ou menacé de quitter– au cours des derniers mois: partenariat transpacifique (TPP), accord de Paris sur le climat, accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Et, depuis jeudi, l’organisation onusienne Unesco accusée par la Maison-Blanche d’être anti-israélienne.

«La politique étrangère de Trump a trouvé un thème: la doctrine du retrait», estimait cette semaine Richard Haass, président du centre de recherche Council on Foreign Relations (CFR).

Paris, Londres et Berlin «préoccupés» par la décision américaine

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni se sont dits vendredi soir «préoccupés par les implications» de la décision du président américain Donald Trump de ne pas «recertifier» l’accord sur le nucléaire iranien.

«Nous, chefs d’État et de gouvernement de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, prenons note de la décision prise par le Président Trump de ne pas recertifier, devant le Congrès, le respect par l’Iran» de l’accord et «nous sommes préoccupés par les implications qui pourraient en résulter», ont indiqué les trois pays dans un communiqué commun.

Les trois pays soulignent être «fermement attachés» à cet accord de 2015 par lequel l’Iran s’était engagé à ne pas développer d’arme nucléaire en échange d’une levée progressive des sanctions économiques des grandes puissances.

«Nous encourageons l’Administration et le Congrès américains à prendre en compte les implications que leur décision aurait pour la sécurité des États-Unis et de leurs alliés, avant de prendre toute mesure susceptible de porter atteinte» à l’accord, par exemple d’imposer de nouveau à l’Iran des sanctions déjà levées, poursuivent les trois pays européens.

Ils ajoutent en revanche partager «des préoccupations américaines sur «le programme de missiles balistiques de l’Iran et à ses activités dans la région» et se disent prêts à prendre «de nouvelles mesures adéquates pour traiter ces questions, en étroite coopération avec les États-Unis et tous les partenaires concernés.

«Nous attendons de l’Iran qu’il s’engage dans un dialogue constructif pour cesser les actions de déstabilisation et oeuvrer en vue de solutions négociées», conclut le communiqué.

Macron « envisage » de se rendre en Iran, à l’invitation du président Rohani

Le président français Emmanuel Macron « envisage » de se rendre en Iran, à l’invitation du président Hassan Rohani, a annoncé l’Elysée, ce qui serait la première visite d’un chef d’Etat ou de gouvernement français en Iran depuis 1971.

Les deux présidents se sont entretenus vendredi après-midi par téléphone, Emmanuel Macron rappelant « l’attachement de la France » à l’accord sur le nucléaire iranien, que le président américain Donald Trump avait décidé peu avant ne pas certifier. « Un déplacement en Iran du président, à l’invitation du Président Rohani, a été envisagé », annonce l’Elysée. La présidence iranienne a elle évoqué sur son site une visite « l’année prochaine ».

Moscou dénonce la stratégie de Trump, l’accord nucléaire reste intact

Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé vendredi la stratégie annoncée par le président américain Donald Trump à l’égard de l’Iran, la qualifiant de « rhétorique agressive et menaçante », et soulignant que l’accord avec Téhéran sur le nucléaire restait intact.

Le ministère a estimé dans un communiqué que la décision de M. Trump de refuser de « certifier » l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien « n’allait pas avoir d’impact direct sur la mise en oeuvre » du texte, mais était « un élément du débat intérieur » aux Etats-Unis.

Il a « souligné qu’il était inacceptable d’utiliser une rhétorique agressive et menaçante » et que « utiliser de telles méthodes pour résoudre des problèmes qui touchent aux intérêts sécuritaires fondamentaux d’autres pays ne peut qu’échouer ».

Moscou dit réagir « avec tristesse » à la décision de M. Trump de ne pas certifier l’accord de 2015, mais dit s’attendre à ce qu’il soit néanmoins honoré.

L’accord « a déjà contribué à renforcer la paix et la sécurité internationales », assure le communiqué de Moscou. « L’Iran tient fidèlement ses engagements ».

« Nous voulons espérer que le Congrès (américain) ne prendra aucune action qui entraînerait de facto une rupture de l’accord », a ajouté le ministre adjoint des Affaires étrangères Sergei Ryabkov à l’agence Interfax.

Le Nobel de la paix dénonce une « tentative de déstabilisation » de Trump

Le prix Nobel de la paix 2017, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), a estimé vendredi que la décision du président américain Donald Trump de ne pas « certifier » l’accord sur le nucléaire iranien allait favoriser la prolifération et usage d’armes nucléaires.

La décision « incite à la prolifération, rend plus difficile la conclusion d’autres accords pour limiter la menace nucléaire et accroît le risque mondial d’utilisation (d’armement) nucléaire », a indiqué l’ICAN dans un communiqué.

« En tant que Nobel de la paix 2017, l’ICAN critiquement vivement cette décision », indique-t-il.

Citée dans le communiqué, la directrice de l’ICAN, Beatrice Fihn, dénonce la « tentative de déstabilisation de l’accord iranien par le président Trump » alors que « l’AIEA a certifié à maintes reprises le fait que l’Iran respecte (les) conditions » de l’accord.

C' »est un rappel brutal de l’immense danger nucléaire auquel le monde est confronté actuellement et le besoin urgent de tous les Etats d’interdire et éliminer ces armes », souligne-t-elle.

« Avec les menaces croissantes de guerre nucléaire, le président américain déclenche de nouveaux conflits plutôt que de réduire le risque de guerre nucléaire », juge l’ICAN.

Regroupant plusieurs centaines d’ONG, l’ICAN s’est mobilisée pour le traité d’interdiction de l’arme atomique, adopté par 122 pays le 7 juillet à l’ONU. Sa portée devrait cependant rester essentiellement symbolique puisque les puissances nucléaires ont toutes refusé d’y adhérer.

Ce traité entrera en vigueur une fois qu’il aura été ratifié par 50 pays.

Le 6 octobre, jour de l’attribution du Nobel de la paix à l’ICAN, sa directrice a déclaré aux médias que « l’élection du président Donald Trump a mis beaucoup de gens très mal à l’aise à l’idée qu’il puisse, à lui seul, autoriser l’utilisation des armes nucléaires et qu’il n’y a rien que les gens puissent faire pour l’arrêter ».

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