Racisme à la militaire

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Welcome to my country, un pays qui appartient de plus en plus à la fois à personne et à tout le monde.

Au Canada, et d’une façon toute particulière au Québec, nous tenons tellement à être gentils avec le reste de la planète que nous sommes en train de nous étouffer nous-mêmes dans notre volonté à être «perfectly politically correct». Les tabous sociaux transforment notre identité culturelle en biaisant notre liberté d’expression, créant un environnement parfait à l’explosion et à l’implosion de nos convictions et de nos valeurs.

C’est bien dit, n’est-ce pas?

Avez-vous une opinion sur le dossier de l’immigration? Quel est votre degré d’appréciation face à la démonstration de l’amour-universel-à-la-j’aime-tout-le-monde-welcome-to-my-country dont fait preuve notre Premier ministre? Quand vous examinez l’échiquier politique international, sentez-vous que le Canada prend de bonnes décisions?

Shuuuuuut!

Peut-être est-il préférable de ne pas vous prononcer ouvertement, car si vous penchez vers n’importe quoi d’autre que «je suis tellement heureux de ce qui se passe», vous risquez de vous faire rapidement coller des titres de «raciste» ou encore, «d’extrémiste.» Si vous êtes militaire ou vétéran, il se pourrait que votre façon de percevoir notre environnement (canadien et/ou québécois) social, diplomatique et politique semble *légèrement* offensant pour la majorité des oreilles civiles qui, tout comme notre Justin National, continuent à promouvoir et à s’accrocher à l’idée que «tout le monde il est beau, tout le monde il est fin». Entre civils et militaires, on ne voit pas «aider», «s’aider» et «protéger » et «se protéger» sous la même perspective et le même angle.

Même réalité, lecture différente.

La majorité des civils saisissent mal la définition réelle du mot «sacrifice» et ils n’ont pas compris le sens profond de ce que veut réellement dire «être fier de son service et/ou de son uniforme». Surtout, ils éprouvent de la difficulté à comprendre un militaire ou un vétéran qui leur dit: «je me suis battu pour ta liberté»: ils sont incapables de donner une profondeur au mot «liberté» en-dehors du LaLaLand dans le quel ils évoluent dans leur métro-boulot-dodo remplit de naïveté, là où ils se sentent immunisés par leur faux-sentiment de protection.

Soyons honnêtes: écouter des vétérans s’exprimer ouvertement –sans filtres- sur leur perception de ce qui se passe et surtout, de la façon dont ils interviendraient (au Canada ou ailleurs dans le monde..) peut, chez certains individus, générer un malaise : oreilles sensibles s’abstenir, surtout au Québec, province de la Commission Bouchard-Taylor (sur les accommodements raisonnables).

La question mérite d’être posée : est-ce que les vétérans sont effectivement «racistes/extrémistes»?

Au départ, il est évident qu’un certain nombre d’entre eux méritent malheureusement ces titres peu flatteurs. Pour être honnête, si j’ai en entendu parler…je ne les ai pas rencontrés personnellement. Et en ce qui les concerne, je ne veux absolument pas les défendre et/ou les excuser.

Mais pour tous les autres, d’une façon générale, j’estime qu’il faut nuancer le malaise civil que certains propos en tenant compte de la réalité militaire, loin, très loin, de celle des civils. Surtout, au-delà de leurs mots durs et de leur position parfois «radicales», ce que les vétérans ont à exprimer mérite d’être entendu et compris avec un autre genre d’oreille: nous ne réalisons pas tout ce qu’ils savent. Mais on dirait qu’on ne veut pas les écouter ou devrais-je dire : on ne veut pas entendre ce qu’ils ont à dire parce que nous ne sommes pas prêts à accepter l’existence d’une autre réalité. Si nous sommes bien prêts à brailler sur la souffrance issue de la guerre des militaires, nous avons de la difficulté à accepter que derrière les atrocités, il y a une culture, il y a une société et il y a du monde. Pour être «perfectly politically correct», il faut être conscient de l’existence de problèmes tout en entretenant une image fantôme des responsables.

Au-delà de nos oreilles offensées, il faut comprendre (ou tout au plus, respecter) la pertinence de ce qu’ont à dire les vétérans en raison de leur expérience professionnelle développée dans un contexte inaccessible au monde civil. Un militaire évolue dans le cadre des 3 mandats spécifiques des FAC que j’aimerais rappeler (très grossièrement) : d’abord, protéger le Canada et défendre notre souveraineté. Ensuite, collaborer avec les USA en vue de la défense de l’Amérique du Nord et finalement, contribuer à la paix et à la sécurité dans le monde. Y a-t-il quelqu’un qui pourrait leur reproche d’avoir les antennes particulièrement ouvertes et sensibles à ce qui se passe ici et ailleurs? Leur compréhension de la situation politique actuelle – entre la Corée du Nord, les USA, la Russie, La Chine…et j’en passe- est au-delà de la moyenne des gens.




Par exemple, quand on parle d’immigration, ils ne sont pas « contre » l’arrivée de nouveaux immigrants, bien au contraire. Après tout, plusieurs d’entre eux ont joint les FAC fortement animés par le goût d’aider son prochain, ici ou ailleurs. D’ailleurs, les Canadiens sont reconnus pour leur implication sur le terrain : à plusieurs reprises, des militaires d’ailleurs m’ont souligné le respect que suscitent internationalement nos soldats. On les reconnaît « pour faire les choses autrement », faisant preuve de générosité et de dévouement à l’égard des populations locales où ils sont appelés à intervenir. En ce qui les concerne, ils ont démontrer « pattes blanches » au moment de leur enrôlement : normal à ce qu’ils s’attendent au respect du processus en place et à une sélection prudente des nouveaux arrivants.

Leur besoin de protection se mèle aussi à la colère face au gouvernement: il y a des vétérans pour qui la pilule passe mal quand on pense aux 10,5 millions de dollars promis à Omar Kadr: mettez-vous à leur place, 30 secondes. Pour plusieurs, l’indemnité est vécue comme une profonde trahison de notre gouvernement. Déjà que les vétérans évoluent dans un système qui s’obstine à difficilement reconnaître la corrélation entre leurs propres blessures et leur service militaire, déjà qu’on les a financièrement pénalisés avec la Nouvelle Charte instaurée depuis 2006….«Delay, Deny and Die» d’ACC est une expression bien connue du Canada anglais. Plusieurs diront: «On de l’argent pour Omar mais pas pour nous, les vétérans? », qu’ils répètent. Ben oui, c’est une pensée qui peut sembler simpliste..mais pour certains vétérans, la compréhension des enjeux actuels fait en sorte qu’ils ont l’impression que « tout ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait pour absolument rien».

Jusqu’à quel point leur « pseudo-racisme » est en fait rempli de réalisme?

Ce n’est pas contre les gens, qu’ils en ont : c’est le contexte mondial qui exige de la prudence. C’est qu’ils ont constaté d’autres façons de vivre qui sont en conflits avec les valeurs qu’ils ont été appelés à défendre et à protéger. Ce sont les traces directes laissées par leur expérience globale : c’est de la possibilité du danger qu’ils souhaitent nous protéger. Et on sous-estime ce qu’ils ont observé et compris. On sous-estime ce qu’ils savent de ce qui advient réellement de l’aide humanitaire qu’on se pète les bretelles à faire parvenir. On sous-estime leur niveau de compréhension réelle de ce que les médias nous rapportent.

Je sais que je ne vous ferai pas brailler sur l’incompréhension que vivent les militaires et les vétérans. Après tout, nous avons appris à les aimer quand ils sont là pour nos urgences-à-nous, quand la nature déferle sa puissance sur nos terres et dans nos vies. On les aime, nos militaires, quand nous vivons des crises de verglas ou des inondations. Combien de temps durera la petite vague d’amour que nous éprouvons à leur égard?

Elle sera futile, j’en suis convaincue. Parce qu’en réalité, nous aimons nos militaires et nos vétérans faussement. Notre amour québécois à leur égard est rempli d’hypocrisie. En réalité, chaque pays a des squelettes dans sa garde-robe face a son propre monde. Comme par exemple, le Japon ne fait pas exception à la règle. Je l’ai appris de ma fille qui est allée y vivre quelques années et y a rencontré l’homme de sa vie.

Mon gendre est né au Japon. Ses parents sont nés au Japon. Par conséquent, je crois que je n’induirais personne en erreur en affirmant que mon gendre est « Japonais » : après-tout, sa langue maternelle est le japonais, son éducation est japonaise, etc..SAUF que pour le Japon, il n’est pas Japonais : le problème est que ses grands-parents sont nés en Corée du Nord. Il ont profité (il y a près de 60 ans) de l’opportunité de refaire leur vie au Japon après la Guerre de Corée.

Par conséquent, en raison des origines de ses grands-parents, au Japon, même en 2017, mon gendre est un citoyen de 2e classe. Par exemple, il n’a pas le droit de vote et il n’a jamais voté de sa vie. Mais pire : il n’est tellement pas Japonais aux yeux du Japon qu’il ne possède pas de passeport japonais. Tenez-vous bien : mon gendre a un passeport nord-coréen! Essayez d’expliquer à Immigration Québec que vous êtes né au Japon mais que vous avez un passeport nord-coréen.

De leur union est né mon petit-fils qui aura bientôt 18 mois. S’il était né au Japon, il n’aurait pas eu les mêmes droits et les mêmes privilèges que les autres Japonais. D’être née d’une mère Canadienne et d’un père «non pur» lui aurait conféré des droits de citoyen de 2e classe. Par conséquent, sa naissance et le contexte des cultures/pays/sociétés qui s‘y rattache m’a fait réfléchir, sous un nouvel angle, à la notion de « liberté » passée et actuelle. Je n’ai pas de mot pour vous dire à quel point je suis reconnaissante qu’il soit né au Canada, là où il a les mêmes droits que tout le monde, là où il y a quelque chose qui ressemble à de l’égalité. Je suis aussi reconnaissante que mon gendre peut miser sur l’obtention de sa résidence permanente même s’il détient un passeport nord-coréen (là où il n’a jamais mis les pieds de sa vie..).
Ça, c’est du vrai racisme à la japonaise.

Mais au Québec, on fait presque pareil avec nos vétérans en les rendant victimes de «racisme à la militaire». Vous trouvez que j’exagère? Ça se peut..mais j’en doute : de plus en plus, je suis interpellée à différents niveaux dans des dossiers qui impliquent des vétérans –blessés par un SPT- contre la SAAQ, la DPJ, la Cour du Québec…et si vous me demandez mon avis, je constate à quel point le monde civil est dur et remplit de préjugés à l’égard de ceux qui ont servi notre pays. Bienvenue au pays des spécialistes des interprétations toutes croches, de l’amplification distordue des paroles…

Si vous êtes un militaire, un vétéran, que vous êtes blessé par un SPT (ou d’une toute autre blessure de stress opérationnel) et que vous avez à vous défendre juridiquement, j’ai 2 mots pour vous : Bravo.Oscar. November. November. Echo. Charlie. Hotel. Alpha. November. Charlie. Echo.

Je peux vous assurer que malheureusement, quelqu’un, en quelque part, se servira de votre service militaire, de vos missions ou de vos blessures pour vous dépeindre comme un danger de la société : tout ce que vous êtes sera retenu contre vous, en quelque part dans le système.

Alors que les vétérans ont tout donné pour aller défendre nos valeurs, nous ne leur accordons pas grand valeur…mais ça, il ne faut pas le dire.

À la place, je peux vous dire que mon petit-fils s’appelle Taïki Migneault . Je le surnomme affectueusement mon «Petit Accommodement Déraisonnable» mais en réalité, «Taïki», en japonais, veut dire « Grand Espoir »….

À vous et à votre famille, merci de votre service.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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