Nucléaire iranien: Trump va «décertifier» mais pas quitter l’accord

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Le président américain Donald Trump, le 19 septembre 2017 à New York.(Archives/AFP/Jewel SAMAD)

Le président américain Donald Trump va annoncer vendredi la « non-certification » des engagements de l’Iran dans le cadre de l’accord sur son programme nucléaire tout en ne quittant pas cet accord conclu conclu en 2015 par Téhéran et six grandes puissances, a indiqué le secrétaire d’État Rex Tillerson.

Description et chronologie des principaux points de l’accord du 14 juillet sur le nucléaire iranien. (AFP)

« Notre intention est de rester dans la JCPOA (acronyme de ce texte) mais le président va décertifier », a indiqué M. Tillerson. « Nous ne demandons pas au Congrès de réimposer des sanctions car cela reviendrait de facto à quitter l’accord », a-t-il expliqué.

« Nous pensons que l’ accord est faible et ne répond pas à plusieurs questions importantes », a dit le chef de la diplomatie américaine, évoquant la possibilité d’un nouvel accord dans le futur qui ne remplacerait pas l’existant mais viendrait le compléter.

« Ce que nous proposons c’est ce que nous pensons être la meilleure voie pour améliorer cet accord. Si nous n’y parvenons pas, nous pourrions finalement quitter l’accord », a-t-il ajouté.

Le président va dire « essayons d’améliorer cet accord », a souligné M. Tillerson. L’administration souhaite supprimer de facto les échéances de cet accord en vertu duquel les restrictions sur le programme nucléaire sont sensées être levées progressivement à partir de 2025.

M. Tillerson a par ailleurs annoncé des sanctions ciblées contre des responsables des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne.

L’hypothèse, évoquée par certains médias américains, de la désignation de cette armée d’élite comme « groupe terroriste » n’a en revanche pas été retenue par l’administration Trump.

Depuis plusieurs jours, les responsables politiques et militaires iraniens avaient mis en garde contre une telle éventualité.

Cette remise en cause, au moins partielle, de l’avancée emblématique de son prédécesseur Barack Obama, s’annonce comme l’une de ses décisions les plus controversées, neuf mois après son arrivée au pouvoir.

Le magnat de l’immobilier est, de fait, très isolé sur ce dossier: Téhéran bien sûr, mais aussi tous les autres signataires de ce texte historique – Moscou, Pékin, Paris, Londres et Berlin – ont mis en garde contre un retour en arrière aux conséquences imprévisibles.

Lors d’un discours prévu à 12H45 (16H45 GMT), M. Trump devrait plaider pour une approche plus agressive dans la vérification des engagements de l’Iran et renvoyer la balle dans le camp du Congrès sur l’avenir de ce texte qui vise à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique.

Selon la Maison Blanche, il devrait insister sur « l’influence déstabilisatrice » de Téhéran au Proche-Orient, « en particulier dans son soutien au terrorisme ».

Même s’il ne se retire pas de cet accord conclu en juillet 2015 par l’Iran et le Groupe des Six, le président américain pourrait ouvrir une période de grande incertitude en refusant de « certifier » le fait que Téhéran respecte ses engagements, en dépit des assurances en ce sens de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

L’accord sur le nucléaire iranien, conclu le 14 juillet 2015, que le président américain Donald Trump pourrait « décertifier » vendredi, a permis la levée d’une partie des sanctions internationales imposées à Téhéran.

Conclu à Vienne par l’Iran avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne, le Plan global d’action commun (PGAC) prévoit une levée progressive et conditionnelle des sanctions en échange de la garantie que Téhéran ne se dotera pas de l’arme atomique.

– Négociations –

En juin 2013, Hassan Rohani, qui représentait déjà son pays lors des premières négociations sur le nucléaire iranien, entamées en 2003, est élu président. Il obtient l’aval du Guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei pour sortir les discussions de l’enlisement, et désigne comme négociateur son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Fin novembre, les négociations débouchent sur un accord pour six mois limitant des activités nucléaires sensibles moyennant une levée partielle des sanctions. L’accord définitif est conclu le 14 juillet 2015 après douze ans de crise et 21 mois de négociations acharnées.

– Réduction des capacités nucléaires –

Téhéran s’engage à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d’uranium enrichi…) pendant plusieurs années.

Le but est de rendre quasiment impossible la possibilité pour l’Iran de fabriquer une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran, qui a démenti toute visée militaire, le droit de développer une filière nucléaire civile.

Conformément à ce qui est prévu par l’accord, l’Iran a réduit à 5.060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l’uranium (contre 10.200 au moment de la signature de l’accord) et s’engage à ne pas dépasser ce nombre pendant une durée de 10 ans.

Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d’Arak, sous le contrôle de la communauté internationale, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation.

Selon les termes de l’accord, ces différentes mesures font passer à un an ce que les spécialistes appellent le « breakout time » : le temps qu’il faudrait à Téhéran pour fabriquer une bombe atomique. Au moment de la signature de l’accord, cette durée était estimée à deux ou trois mois.

– Contrôle –

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est chargée de contrôler régulièrement tous les sites nucléaires iraniens, avec des prérogatives considérablement accrues.

L’Iran a accepté un « accès » limité de l’AIEA à des sites non nucléaires, notamment militaires.

L’AIEA a mené au moins 400 inspections régulières de sites iraniens ainsi que 25 visites de dernière minute, auxquelles Téhéran consent au titre exclusif de la mise en œuvre du texte et du protocole additionnel au Traité de non prolifération (TNP) que l’Iran a accepté d’appliquer.

Le 9 octobre, le chef de l’AEIA a de nouveau confirmé, pour la huitième fois, que l’Iran respectait ses engagements au titre de l’accord nucléaire.

– Levée des sanctions –

L’accord, entériné par le Conseil de sécurité de l’ONU le 20 juillet 2015, est entré en vigueur le 16 janvier 2016, ouvrant la voie à une levée partielle des sanctions internationales contre l’Iran.

Les embargos de l’ONU sur les armes conventionnelles et sur les missiles balistiques sont maintenus jusqu’en 2020 et 2023 respectivement. Cependant, le Conseil de sécurité peut accorder des dérogations au cas par cas.

De nombreuses sanctions internationales ont été depuis levées, ouvrant notamment la porte aux investissements étrangers. En juillet 2017, le groupe français Total, à la tête d’un consortium international, a signé un accord avec l’Iran. Et en août, le constructeur automobile français Renault a également signé un important accord dans le pays.

– Menaces de Trump –

Le 11 octobre, Donald Trump a de nouveau dénoncé le texte, un « très mauvais accord ». « C’est le pire accord qui soit, nous n’avons rien obtenu ». « Nous l’avons conclu par faiblesse alors que nous avons beaucoup de force », a-t-il ajouté.

Il y eut des larmes, des rires, des engueulades, des nuits sans sommeil. La négociation sur le nucléaire iranien, au-delà de ses enjeux énormes, fut aussi une incroyable aventure humaine entre diplomates internationaux, notamment entre deux ennemis historiques, les Etats-Unis et l’Iran.

En « décertifiant » l’accord de Vienne, le président américain Donald Trump porterait un coup majeur à une négociation diplomatique sans précédent, qui, de Genève à Lausanne en passant par New York et Vienne, a réuni sur près de deux ans les représentants de sept pays: Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine, Russie, Allemagne, et Iran.

Le programme nucléaire iranien empoisonnait les relations internationales depuis 2003, et les discussions, débutées entre Européens et Iraniens, patinaient.

Mais en 2012, les États-Unis, dont le président Barack Obama avait fait du rapprochement avec Téhéran une de ses priorités, et l’Iran, entament des négociations secrètes à Oman. Et l’élection en 2013 du modéré Hassan Rohani ouvre la voie à des discussions sérieuses entre les grandes puissances et Téhéran.

Commence alors un marathon diplomatique ponctué de coups de théâtre, de psychodrames, et d’un travail intense sur un des dossiers les plus complexes qui soient: le programme nucléaire iranien.

L’objectif est de garantir le caractère strictement civil et pacifique de ce programme, en échange d’une levée des sanctions. Simple sur le papier, le défi technique est immense, et se heurte à la méfiance incommensurable entre Téhéran et les grandes puissances.

Pourtant, leurs diplomates s’activent et négocient d’arrache pied, sur le nombre de centrifugeuses, le droit à l’enrichissement d’uranium… autant de sujets techniques sur lesquels les ministres seront bientôt incollables.

« Ils pouvaient parler sans ciller d’hexafluore d’uranium ou de réacteur à eau lourde… », sourit à l’époque un diplomate occidental.

En novembre 2013 un premier accord intérimaire est conclu à Genève.

Pour autant, rien n’est acquis. « Il n’y a aucune confiance. Nous pensons qu’ils nous mentent, ils pensent que nous leur mentons », résume une source européenne en septembre 2014.

– ‘John’ et ‘Javad’ –

Mais les discussions s’enchaînent, à Lausanne, à Vienne. Et l’infatigable chef de la diplomatie américaine John Kerry ne ménage pas ses efforts, face au souriant et inflexible Mohammed Javad Zarif, « artiste » de la diplomatie, ancien ambassadeur iranien à l’ONU et excellent connaisseur du nucléaire.

Les ennemis apprennent à se connaître. « Nous avons vu deux pays qui ne se parlaient pas depuis 35 ans, passer tant de temps ensemble. C’est gratifiant de voir combien la confiance s’est construite », confie alors un haut responsable européen. Zarif et Kerry s’appellent par leurs prénoms, et une photo de « John » et « Javad » déambulant ensemble à Genève suscitera l’ire des faucons iraniens.

Nuits blanches dans les palaces suisses, crises et claquements de portes, propagande savamment distillée devant la presse… chacun avance ses pions dans l’immense partie de poker en jeu. L’accord est jugé « introuvable » ou « à portée de main » selon les jours.

« C’est dur, c’est sans concession. Il y a des moments de grande rigolade et de forte tension. C’est du théâtre, même si les enjeux sont énormes », raconte alors un négociateur européen, évoquant « une expérience humaine assez forte et inédite. « Des négociations comme ça, il n’y en a pas beaucoup », ajoute-t-il.

L’histoire retiendra peut-être une sortie de Zarif, lançant lors d’une séance tendue à la face de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini: « ne menacez jamais un Iranien ». Et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov de s’esclaffer: « ni un Russe ».

– Fémur et nez brisés –

La négociation a aussi blessé physiquement les participants. En juin 2015, lors d’une session diplomatique avec Zarif à Genève, John Kerry chute en vélo, se brise le fémur. Il viendra en béquilles lors du dernier round de négociations à Vienne, qui a abouti à l’accord historique du 14 juillet.

Sa négociatrice en chef Wendy Sherman confiera s’être brisé le nez et s’être fait une entorse de la cheville pendant les négociations. Elle hurlera aussi n’en plus pouvoir du « wiener schnitzel’, le plat autrichien par excellence.

Dans cette négociation hors normes, se sont aussi jouées des batailles d’égo, notamment entre Laurent Fabius et John Kerry, le premier soupçonnant le second d’être trop enclin à des concessions, tandis que l’Américain s’exaspérait des rodomontades du Français réclamant un « accord robuste ».

En novembre 2013, lors de la conclusion du premier accord intérimaire à Genève, Fabius sort le premier, en pleine nuit, pouce en l’air. « Une idée de génie, les journalistes n’ont retenu que ça », s’amuse une source de son entourage.

Après la conclusion de l’accord historique du 14 juillet 2015 à Vienne, John Kerry confia sur CNN que cette négociation fut « très difficile, très intense ».

Mais il faisait part aussi de son « respect » pour son homologue iranien, un « négociateur opiniâtre, compétent, patriote ».

– Place au Congrès –

Une « non-certification » placerait, de facto, le Congrès américain en première ligne: les parlementaires auraient alors 60 jours pour décider de ré-imposer, ou non, les sanctions levées depuis 2015.

Un retour des sanctions signerait clairement la mort de cet accord âprement négocié.

Mais d’autres scénarios sont possibles, d’autant que plusieurs membres de l’administration Trump, au premier rang desquels le général Jim Mattis, chef du Pentagone, ont affirmé que le texte était dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis.

Que vont faire les élus américains ? « C’est notre inquiétude », reconnaît un diplomate occidental, pressant les sénateurs de trouver un « compromis pour ne pas tuer l’accord ».

La réaction de l’Iran sera aussi scrutée attentivement.

« Si les États-Unis prennent une position hostile à l’égard d’un accord international », « ils ne s’opposeront pas seulement à l’Iran mais au monde entier », a assuré le président iranien Hassan Rohani.

Si Téhéran et Washington ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980, au lendemain de la révolution islamique de 1979, la fin de la présidence Obama avait marqué le début d’une évolution. Peu après sa signature, le président démocrate avait jugé que cet accord donnait « une chance d’aller dans une nouvelle direction ».

Mais depuis son installation à la Maison Blanche le 20 janvier, Donald Trump a donné un net coup de barre. Il n’a eu de cesse de durcir encore le ton face à Téhéran, pour le plaisir des monarchies sunnites du Golfe qui redoutent l’influence de leur grand rival chiite.

Après la décision probable de Donald Trump de ne pas certifier l’accord sur le nucléaire iranien, le Congrès américain pourrait profiter de sa nouvelle position d’arbitre pour renforcer la pression sur Téhéran sans saborder brusquement l’accord de 2015.

Avec l’annonce prévue du président américain dans un discours vendredi, les parlementaires américains se retrouvent dans l’inconfortable position de devoir assumer leur fermeté contre l’Iran, tout en évitant de prendre la responsabilité de « tuer » unilatéralement l’accord, que les signataires étrangers veulent absolument préserver.

Pendant des années, la majorité républicaine a dénoncé le texte, conclu par Barack Obama, martelant qu’il devait être abrogé car les Etats-Unis ne pouvaient pas faire confiance aux Iraniens.

Quand il avait été soumis aux voix du Sénat en septembre 2015, tous les républicains, et quatre démocrates, avaient voté contre; cela n’avait à l’époque pas suffi à le torpiller.

Deux ans plus tard, les républicains sont toujours aux manettes du Congrès et pourraient en théorie, à eux seuls, voter une résolution réactivant les sanctions américaines, avec une simple majorité des voix.

Grâce à une loi inédite adoptée en 2015, ils se sont arrogés ce droit de regard.

Le président doit en effet certifier au Congrès tous les 90 jours que l’Iran ne triche pas et que l’accord est « vital » pour les Etats-Unis. C’est cette certification que Donald Trump devrait refuser, avant l’échéance du 15 octobre.

Le Congrès aurait donc le pouvoir de réactiver, sous 60 jours, les sanctions américaines suspendues dans le cadre de l’accord international en échange des concessions nucléaires iraniennes. Si ces sanctions étaient ravivées, elles briseraient l’engagement américain et, probablement, feraient voler en éclats le texte international.

Mais plusieurs fervents opposants d’alors ont changé de ton, reconnaissant qu’une sortie des Etats-Unis pourraient avoir des conséquences graves.

« Bien que l’accord soit mauvais, j’estime qu’il faut qu’on l’applique jusqu’au bout », a déclaré mercredi le président républicain de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, Ed Royce.

Au Sénat, son homologue Bob Corker reste équivoque mais souligne l’importance du multilatéralisme.

Déchirer l’accord, « cela peut faire du bien pendant une seconde, mais il est important pour nous de garder nos alliés », a-t-il dit récemment.

Pareillement, des démocrates opposés en 2015 ont changé d’avis. « Nous les Etats-Unis, nous devons garder notre parole », a déclaré le représentant Eliot Engel.

« J’ai l’impression que le Congrès ne fera rien », a estimé l’ancien sénateur Joe Lieberman, président de l’organisation United Against Nuclear Iran, cité par The Hill.

La solution pourrait passer par une proposition de loi préparée par Bob Corker et le sénateur républicain Tom Cotton, qui a pris la tête des « faucons » anti-Iran, partisans d’une ligne dure, à la chambre haute du Congrès.

Leur texte, dont un résumé a été transmis à l’AFP par leurs bureaux, ne rétablirait pas immédiatement les sanctions contre l’Iran, ce qui maintiendrait en place l’accord dans l’immédiat.

Mais la loi répondrait à l’appel de Donald Trump de « durcir » les conditions de l’accord. Elle autoriserait le retour des sanctions si l’Iran se retrouvait à moins d’un an de la production d’une arme nucléaire.

Plus problématique, cette loi supprimerait de facto les dates-limites de l’accord iranien. Les restrictions sur le programme nucléaire sont en effet censées être levées progressivement à partir de 2025.

La loi Corker-Cotton viserait à rendre ces limites permanentes. Autrement, les États-Unis pourraient réimposer leurs sanctions.

Reste à savoir si une telle loi pourrait être adoptée. Elle nécessiterait l’appui d’une majorité qualifiée de 60 voix sur 100 au Sénat, et donc d’une partie de l’opposition démocrate, ce qui est loin d’être acquis.

Au Congrès, l’issue la plus probable, sur tout sujet, reste l’inaction, et le statu quo.

– ‘Doctrine du retrait’ –

Et le président américain semble déterminé à gommer une distinction faite par son prédécesseur: négocier sur le nucléaire d’un côté, dénoncer les activités « déstabilisatrices » de l’autre (soutien au régime Assad en Syrie, au Hezbollah au Liban, ou encore aux Houthis au Yémen).

« L’inquiétante politique étrangère de l’Iran est précisément la raison pour laquelle l’accord était nécessaire », souligne Wendy Sherman, principale négociatrice américaine du texte sous l’ère Obama.

« Un Iran doté de l’arme nucléaire serait beaucoup plus menaçant pour la sécurité régionale et mondiale », écrit-elle cette semaine, mettant en garde contre les répercussions potentiellement « désastreuses » sur la politique étrangère américaine d’une remise en cause hâtive du texte.

De fait, nombre d’élus et de diplomates redoutent que l’annonce de Donald Trump n’affaiblisse la parole et la crédibilité des États-Unis dans les négociations à venir sur la scène internationale.

« La politique étrangère de Trump a trouvé un thème: la doctrine du retrait », estime Richard Haass, président du centre de recherche Council on Foreign Relations (CFR).

Et l’ancien diplomate d’énumérer la longue liste des accords que les États-Unis ont quitté – ou menacé de quitter – au cours des derniers mois: partenariat transpacifique (TPP), accord de Paris sur le climat, accord de libre-échange nord-américain (Aléna). Et, depuis, jeudi, l’ Unesco, organisation onusienne que la Maison Blanche accuse d’être anti-israélienne.

Avant même le discours de Donald Trump, la Chine a appelé vendredi matin Washington à préserver cet accord, « important (…) pour la non prolifération nucléaire ainsi que la paix et la stabilité de la région ».

Un refus de Donald Trump de «certifier» l’accord international sur le programme nucléaire iranien «pourrait sérieusement aggraver» la situation, a averti vendredi le Kremlin, à quelques heures d’un discours très attendu du président américain.

Des actions de ce genre affecteraient assurément la prévisibilité, la sécurité, la stabilité et la non-prolifération dans le monde entier», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, avertissant que «cela pourrait sérieusement aggraver la situation concernant le dossier nucléaire iranien».

Lors d’un discours à 12H45, Donald Trump pourrait annoncer qu’il refuse de «certifier» le fait que Téhéran respecte ses engagements, en dépit des assurances en ce sens de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Bien que cela ne signifie pas que le président américain se retire de l’accord conclu en juillet 2015 par l’Iran et le Groupe des Six, cette non-certification américaine pourrait ouvrir une période de grande incertitude.

Ainsi, si les États-Unis ne le certifient pas, «Téhéran abandonnera cet accord» à son tour, a déclaré M. Peskov.

«La Russie va bien sûr maintenir sa position, répétée plusieurs fois par le président Poutine, qui vise à assurer malgré tout un processus de règlement du dossier nucléaire iranien, et un processus qui va nous permettre d’empêcher la prolifération d’armes nucléaires», a-t-il promis.

«Ce genre d’actions de la part des Américains va avoir des conséquences très, très négatives, c’est évident», a-t-il souligné.

Le porte-parole du Kremlin a également dénoncé le refus des États-Unis d’accorder un visa à des représentants de l’état-major russe qui étaient attendus jeudi aux Nations unies, à New York, pour une rencontre de militaires russes et chinois, consacré au déploiement du système de défense antimissile américain dans le monde.

«En tant que pays accueillant le siège de l’ONU, les autorités américaines ont certaines obligations. Nous sommes très préoccupés par cette situation et nous la considérons comme inacceptable», a déclaré M. Peskov.

Pékin appelle Washington à préserver l’accord

La Chine a appelé les États-Unis à préserver l’accord sur le nucléaire iranien. «Nous pensons que cet accord est important afin d’assurer le régime international de non-prolifération nucléaire ainsi que la paix et la stabilité de la région. Nous espérons que toutes les parties continueront à préserver et à mettre en oeuvre cet accord», a déclaré devant la presse la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying.

La porte-parole a précisé que le plus haut responsable de la diplomatie chinoise, Yang Jiechi, avait évoqué ce dossier lors d’une conversation téléphonique jeudi avec le secrétaire d’État américain Rex Tillerson.

Aux côtés de l’Allemagne, des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, la Chine est l’une des six puissances qui ont signé en 2015 avec l’Iran un accord destiné à empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique.

Économiquement parlant, les grandes puissances signataires de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran ont toutes d’importants intérêts économiques dans ce pays, au-delà des enjeux géopolitiques et sécuritaires.

Donald Trump doit annoncer vendredi qu’il va « décertifier » ce pacte historique, mais pas le quitter, a déclaré le secrétaire d’État américain Rex Tillerson. « Nous ne demandons pas au Congrès de réimposer des sanctions car cela reviendrait de facto à quitter l’accord », a-t-il expliqué.

En cas de sanctions, les intérêts des autres signataires, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine, et de leurs entreprises auraient été menacés.

L’accord de 2015 met sous le boisseau le programme nucléaire de Téhéran en échange d’une levée des sanctions internationales qui ont asphyxié l’économie iranienne pendant une décennie.

Entré en vigueur en janvier 2016, le texte a rouvert les portes d’un marché de 80 millions de personnes à des entreprises européennes, chinoises et russes. Et même si tout cela reste très fragile et si nombre d’investisseurs hésitent à s’engager en Iran, plusieurs grosses sociétés ont déjà engrangé de juteux contrats.

Des trois pays européens signataires, l’Allemagne et la France en ont été jusqu’à présent les principaux bénéficiaires. Mais l’accord a aussi permis à d’autres d’entrer sur ce marché, comme l’Italie.

L’avionneur européen Airbus a quant à lui signé avec l’Iran des accords pour l’achat de 100 appareils.

– Allemagne

Ce pays était avant les sanctions le principal partenaire commercial de l’Iran, où 30% des infrastructures industrielles sont allemandes.

Après la levée des sanctions, les exportations allemandes vers l’Iran ont augmenté de 26% en 2016, et même de 40% sur un an au premier trimestre 2017, selon la Fédération allemande de l’industrie (BDI).

Le groupe Siemens s’est relancé en Iran en mars 2016, en s’associant à l’Iranien Mapna. Daimler a de son côté signé dès janvier 2016 des protocoles d’accord avec deux groupes iraniens pour produire et commercialiser des camions Mercedes-Benz.

– France

Les échanges, qui s’étaient effondrés avec les sanctions, ont rebondi de manière spectaculaire, progressant de 235% en 2016, en raison en particulier d’importations de pétrole.

Le constructeur d’automobiles PSA, qui avait dû quitter l’Iran en 2012 sous la pression, est revenu avec la signature en 2016 de deux accords de coentreprise prévoyant l’investissement de 700 millions d’euros sur cinq ans.

Son concurrent Renault, qui était resté dans ce pays et y dispose d’une capacité de production de 200.000 voitures par an, a signé un accord pour en produire 300.000 par an via une coentreprise.

Total a, de son côté, été la première compagnie pétrolière occidentale à revenir en Iran. Ce groupe a signé début juillet un accord gazier de 4,8 milliards de dollars, à la tête d’un consortium international avec le Chinois CNPCI.

– Italie

Les échanges entre les deux pays, qui s’étaient effondrés après les sanctions, sont repartis en nette hausse en 2016, au point que l’Italie a été au premier trimestre 2007 le premier partenaire commercial de l’Iran dans l’Union européenne.

En 2016, Rome et Téhéran ont signé des protocoles d’accord dans le tourisme, les énergies renouvelables, les chemins de fer.

Moscou et Téhéran entretiennent des relations politiques et économiques étroites.

Dans le domaine nucléaire, en avril 2016, la Russie a officiellement achevé le projet de construction du premier bloc de la centrale de Bouchehr. Le projet Bouchehr 2, qui prévoit la construction par les Russes du deuxième et du troisième blocs, a été lancé peu après.

En mars 2017, RZD International, qui fait partie de la société russe des chemins de fer RZD, a signé un contrat de 1,2 milliard d’euros avec l’Iran pour l’électrification d’un tronçon ferroviaire.

En juin 2016, le géant gazier russe Gazprom a signé un accord avec la société iranienne NIOC pour l’exploitation commune du gisement de gaz iranien Farzad.

La Chine, pays importateur de gaz et de pétrole, a des intérêts économiques importants avec l’Iran, sixième producteur mondial d' »or noir »..

En janvier 2016, à l’occasion de la visite du président Xi jinping en Iran, les deux pays ont signé un protocole d’entente sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

En février, des entreprises chinoises ont entamé la construction de la ligne de train à grande vitesse Téhéran-Mashhad.

En octobre 2017, Arish Kordi, le PDG du groupe iranien Tavanir, a annoncé une coopération avec la Chine pour rénover les infrastructures électriques iraniennes.

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