Avez-vous déjà plongé dans les yeux d’un vétéran?

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Je ne me surprends plus des présentoirs de décorations de Noël qui font leur apparition dans les magasins à grandes surfaces avant même l’Halloween. Mais invariablement, c’est l’arrivée officielle du Père Noël dans nos centres d’achats qui symbolise le début de cette période spécifique de l’année, celle des Fêtes. Sans compter qu’on aime faire rencontrer nos enfants au Père Noël et surtout, obtenir notre photo annuelle que l’on collectionne amoureusement d’année et année.

Pour les commerçants, l’arrivée du Père Noël marque le lancement de la période la plus achalandée de l’année…et la plus payante: l’arrivée du Père Noël, c’est d’abord et avant tout une question de gros sous. On peut dire qu’en 2017, un peu partout au Québec, la majorité des centres commerciaux souligneront le début des festivités le week-end du 18 et 19 novembre prochain. Et ils sont nombreux: c’est le cas, notamment, des Galeries de la Capitale de Québec, du Complexe Desjardins de Montréal, du Quartier Dix30 de Brossard, des Galeries de Joliette , des Promenades St-Bruno, des Promenades Drummondville, du Carrefour Gaspé, du Carrefour de l’Estrie de Sherbrooke, et j’en passe… …

Pour d’autres, l’arrivée sera soulignée le week-end suivant, le 25 et 26 novembre, comme aux Galeries de St-Hyacinthe et au Carrefour Rimouski.

Il semble que la majorité des centres commerciaux ait choisi de respecter le weekend de la journée du Souvenir et c’est très bien ainsi.

Quand même, d’autres ont choisi de l’accueillir un peu plus tôt, soit le 12 novembre: c’est le cas de Sept-Iles, simultanément à la Place de Ville ainsi qu’aux Galeries Montagnaises. Idem aux Promenades Beauport, à la Place Bourassa de Montréal, au Carrefour Frontenac de Thetford Mines

Jusque là, aucun problème.

Le problème, c’est de décider de faire arriver le Père Noël un 11 novembre, jour du Souvenir. Ce fût le cas de La Place Versailles qui l’a amené du Pôle Nord en hélicoptère (il se modernise, le Père Noël!) à 10h, créant une grogne dans les réseaux sociaux qui a d’ailleurs capté l’attention du Toronto Sun et de La Presse. Les journaux rapportent l’explication officielle justifiant la décision du centre d’achat qu’on pourrait résumer par: «Ce n’est pas par manque de respect à nos vétérans mais c’est juste que logistiquement parlant, il était impossible que ça se fasse à un autre moment. C’est hors de notre contrôle.»

Ben oui, ben oui…

Je serais curieuse de connaître la nature des problèmes logistiques que pourraient invoquer le centre commercial Les Rivières de Trois-Rivières, le Centre Manicouagan de Baie-Comeau et le Carrefour Du Nord de Saint-Jérôme, puisque de leur côté, le Père Noël y est aussi arrivé le 11 novembre… à 10h. Surtout, j’aimerais connaître ce qui a motivé leur décision. Est-ce par manque d’éducation de la part des directeurs du marketing? Mais qu’est-ce qui peut justifier une telle décision?

Tssss tssss tssss.

Pour ma part, en compagnie de mon Vétéran-À-Moi, j’ai eu le privilège d’assister à 2 cérémonies du jour du Souvenir, soit celle de Trois-Rivières et celle de Grand-Mère qui elle, avait lieu à 17h. Deux cérémonies solennelles, sobres et empreintes de respect. Deux cérémonies qui ont dévoilé le visage anonyme militaire des lieux chacune à leur manière. Deux cérémonies à la fois profondément similaires et distinctes. Et vous m’excuserez de ne pas avoir noté les noms des orateurs: j’y étais d’abord et avant tout pour commémorer et exprimer à mon chum le profond respect que j’éprouve pour lui, alors que je vois à tous les jours les traces que son service militaire a laissé dans sa tête et dans son corps.

À Trois-Rivières, la cérémonie fût digne de la ville de 135 000 habitants qu’elle est par sa parade (composée d’environ 40 cadets, d’une trentaine de membres de La Légion, d’une soixantaine de militaires du 12e RBC et d’une quarantaine du NCSM Radisson) qui a sillonnée les rues du centre-ville pendant 50 minutes où près de 300 personnes ont assisté à la cérémonie. Il faisait bon de voir autant de coquelicots rouges (je n’ai vu aucun coquelicot blanc). Les habits militaires sobres faisaient contrastes avec ceux de plusieurs vétérans qui arboraient leur veste de UN Nato, colorés, ainsi que leurs conjointes qui portaient leur propre veste par-dessus leur manteau d’hiver. Les discours étaient actuels et franc: j’ai sincèrement apprécié qu’on parle sans détour du stress post-traumatique et des difficultés que vivent les vétérans lors de leur retour à la vie civile. Le ton général était solennel, sobre… parfait.

À Grand-Mère, petite ville de 15 000 habitants, la cérémonie, intime, s’est déroulée à la lumière des flammes qui ornaient le site et où parmi la foule d’une trentaine de personnes, on pouvait identifier quelques vétérans présents par leur béret. Deux cérémonies, 2 ambiances totalement différentes.

De part et d’autres, nos politiciens municipaux, provinciaux et fédéraux ont, évidemment, exprimé leur reconnaissance à l’égard de nos hommes et de nos femmes qui ont payé le prix ultime en rappelant nos valeurs et la fragilité de notre monde.

À Trois-Rivières, on a aussi rappelé les lieux commémoratifs de la ville qui évoquent à tous les jours son histoire et son patrimoine militaire. Les représentants religieux se sont aussi adressés à la foule. Alors qu’à Trois-Rivières, le Padre a évoqué Dieu en s’adressant directement à Lui, tandis qu’à Grand-Mère, j’ai apprécié le «Je vous invite à vous recueillir, ou non, auprès de votre Dieu»: le ton était magnifiquement (sans sarcasme!) empreint d’une belle neutralité religieuse qui nous a rappelé que la commémoration proprement dite touche tout le monde, de toutes les origines culturelles et de toutes les croyances religieuses.

Grand-Mère a accordé une place toute particulière à ses résidents qui ont perdu la vie lors des conflits, en les nommant un à un, accompagné d’un coup de canon et d’une chandelle allumée pour chacun d’eux, concrétisant le coût réel local du «sacrifice».

Une voix importante a été donnée à deux résidentes d’une même famille dont le frère a perdu la vie lors du débarquement de Dieppe alors qu’il était âgé d’à peine 18 ans. La photographie qui accompagnait la couronne qu’elles ont déposée au pied du cénotaphe m’a rappelée que derrière chaque coquelicot, se cache un visage qui ne sera jamais oublié par les survivants et que le temps n’a jamais effacé.

Les 2 femmes ont chacune leur tour, partagé des mots qu’elles ont rédigés avec leur cœur. L’une d’elle est venue me chercher droit au cœur:«Avez-vous déjà plongé votre regard dans les yeux d’un vétéran?», qu’elle a lu, le ton rempli d’amour et de respect pour son frère que la guerre lui a arraché.

À Trois-Rivières comme à Grand-Mère, les émotions étaient palpables pour les vétérans qui étaient présents. Et une chose est certaine: je suis convaincue que ceux qui ne pouvaient y participer, rongés par la peine et l’anxiété des foules, n’ont pas plus participé aux parades du Père Noël non plus….

Pourquoi?

Plongez votre regard dans les yeux d’un vétéran.. et vous comprendrez pourquoi il ne faut pas toucher au jour du Souvenir.

À vous et à votre famille, merci de votre service.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d’Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l’Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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