Construction navale: Irving refuse de sous-traiter à la Davie, sa rivale de Québec

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Les chantiers Irving (Photo: Archives/Irving)

Non seulement il n’y aura pas de deuxième ravitailleur construit par la Davie, mais Irving Shipbuilding ne compte pas accorder de contrats en sous-traitance au chantier naval Davie pour les navires de navires de combat canadiens de l’avis de son président Kevin McCoy, toute la capacité nécessaire pour remplir la commande du gouvernement fédéral.

Irving Shipbuilding a obtenu deux contrats importants pour construire six navires de patrouille et 15 navires de combat, ce qui garantit du travail à ses 1800 employés jusqu’en 2040. Le chantier naval de Nouvelle-Écosse estime même qu’il aura besoin de 1000 employés supplémentaires.

Pendant ce temps, malgré la mobilisation des élus de la région de Québec, maire de Lévis, maire de la vieille capitale et premier-ministre du Québec en tête, ce sont 800 travailleurs de la Davie qui vont perdre leur emploi d’ici Noël si aucun nouveau contrat n’est octroyé au chantier de la Rive-Sud de Québec.

Le chantier de Lévis avait pourtant de bonne raison après le succès de l’Astérix de compter sur la construction d’un deuxième navire de ravitaillement dont la Marine avait bien besoin mais Ottawa a annoncé qu’il ne commanderait pas un deuxième navire ravitailleur pour la Marine royale canadienne alors la construction du premier navire de ravitaillement achève et que le carnet de commandes du chantier est mince.

Chantier Davie pourrait encore toutefois obtenir le contrat d’entretien des navires qui seront construits par Irving Shipbuilding et qui devraient être opérationnels jusqu’en 2070.

Lisa Campbell, une haute-fonctionnaire du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement, a également indiqué que le gouvernement accorderait 2 milliards de dollars en contrats à d’autres chantiers comme celui de Lévis pour l’entretien et la construction de nouveaux navires, mais aucune indication sur le délai avant l’octroi des contrats n’a été donnée, alors qu’il est minuit moins une pour le chantier Davie.

On est bien loin de la déclaration «Le Canada a besoin de Chantier Davie», du ministre Duclos à l’inauguration de l’Astérix en juillet dernier, alors que l’ambiance était à la fête et que le projet de construire un deuxième ravitailleur, l’Obélix, était sur toutes les lèvres.

Chacun pour soi et Dieu pour tous…ou presque

Le gouvernement du Québec a demandé, jusqu’ici sans succès, aux libéraux fédéraux de modifier de façon à inclure Chantier Davie la stratégie nationale de construction navale adoptée et mise en place par le gouvernement conservateur précédent qui favorisait Irving Shipbuilding et Vancouver Shipyards.

Alex Vicefield, président de Chantier Davie, a souligné récemment que le gouvernement fédéral va investir près de 100 milliards $ au cours des 20 à 30 prochaines années pour renouveler sa flotte. Le Québec représente 50 % de la capacité de construction navale du Canada et 23 p. 100 de l’assiette fiscale du pays, mais il reçoit moins de 1 % des dépenses fédérales en construction navale, a déploré Alex Vicefield.

Mais les préoccupations du gouvernement fédéral canadien semblent bien loin de Lévis et des ravitailleurs.

Il y aura une pause entre l’achèvement des travaux sur les nouveaux navires de patrouille extracôtiers de l’Arctique de la Marine royale canadienne et la construction de la nouvelle flotte de navires de combat de surface.

La construction des nouveaux navires de guerre ne devrait pas commencer avant le début des années 2020 et il n’est pas clair si Irving pourrait commencer la construction plus tôt pour éviter un ralentissement qui pourrait éventuellement entraîner des mises à pied au chantier de Halifax. Les concepteurs de navires de guerre doivent soumettre leurs offres pour ce projet le 30 novembre et un gagnant sera choisi l’année prochaine, mais la montée en puissance du projet devrait prendre des années.

Le gouvernement fédéral et Irving Shipbuilding tentent donc de trouver un moyen de faire face à au ralentissement anticipé.

Les responsables fédéraux ont reconnu lors d’une séance d’information technique à l’intention de la presse aujourd’hui lundi 27 novembre qu’ils sont préoccupés par la perte potentielle d’employés hautement qualifiés et de leur expertise si la baisse d’activités au chantier de Halifax entraînait des mises des licenciements.

En outre, le même phénomène pourrait aussi entraîner des mises à pied et produire les même effets chez Seaspan Shipyards, à Vancouver, alors qu’il y aura de ce côté un ralentissement dans la construction des navires de la Garde côtière.

Pourtant, ce genre de problèmes étaient censées être évitées grâce à la stratégie nationale de construction navale du gouvernement, qui prévoyait la construction continue de navires et devait ainsi assurer un emploi stable à une main-d’œuvre qualifiée. Mais il semble que ce ne soit pas aussi simple.

Le président d’Irving Shipbuilding a toutefois indiqué que le problème pourrait être résolu si Irving pouvait convaincre les autres pays d’acheter des navires de patrouille extracôtiers de l’Arctique. De plus, le chantier naval pourrait commencer à travailler plus tôt sur certaines des parties les moins compliquées du projet canadien de combat de surface.

Mais entre temps, en matière de construction navale au Canada, c’est « Chacun pour soi et Dieu pour tous…ou presque » avec, apparemment, une nette préférence de Dieu pour Irving Shipbuilding et Seaspan…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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