Forum de Halifax: le commandant du Stratcom refuserait d’exécuter un ordre illégal de Trump

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Le général des forces aériennes John E. Hyten, commandant du Commandement stratégique des États-Unis, qui contrôle les armes nucléaires de l’arsenal des États-Unis. (Twitter/@HFXforum)

Durant une table ronde organisée au Forum de Halifax sur la sécurité internationale aujourd’hui samedi, le général des forces aériennes John E. Hyten, commandant du Commandement stratégique des États-Unis (Stracom), qui contrôle les armes nucléaires de l’arsenal des États-Unis, a déclaré qu’il ne mettrait pas à exécution un ordre du président Donald Trump s’il le jugeait «illégal».

Le général des forces aériennes a même précisé qu’il avait déjà discuté de cette possibilité avec Donald Trump.

Advenant une guerre, c’est le général Hyten qui serait responsable des forces nucléaires américaines. Dans le cas où le président déciderait de lancer une attaque nucléaire, le général Hyten lui présenterait différentes options et le laisserait choisir, mais s’il estimait que l’ordre enfreignait les lois sur les conflits armés, il en informerait Donald Trump et lui proposerait d’autres avenues légales.

«Première frappe»

La Constitution est claire: l’article deux confère au président la direction des forces armées. Il est le commandant en chef, chargé de défendre la nation contre tout danger ou menace imminente. Et seul à pouvoir déclencher le feu nucléaire.

La définition de l’imminence n’est pas stricte, mais une fusée nucléaire sur un pas de tir nord-coréen et prête à détruire une ville américaine serait très probablement considérée comme imminente et le feu nucléaire pourrait alors être déclenché par le président sans que personne puisse s’y opposer.

Mais cela serait bien différent si Donald Trump décidait d’envoyer une bombe préventivement, ce que le ‘vocabulaire stratégique’ appelle une «première frappe». Pour être légale, l’attaque qu’ordonnerait Trump devrait être nécessaire et proportionnelle. Si tel n’était pas le cas, non seulement le commandant du Commandement stratégique pourrait-il refuser d’exécuter l’ordre, mais serait même tenu d’opposer son refus à cet ordre, qui serait alors illégal.

Une règle militaire élémentaire veut en effet que «l’armée est obligée d’exécuter un ordre légal» mais aussi «obligée de refuser de suivre un ordre illégal».

À Halifax, le général Hyten a déclaré qu’il avait beaucoup réfléchi à ce qu’il dirait si Donald Trump ordonnait une frappe qu’il considérait comme illégale.

« Je crois que certaines personnes pensent que nous sommes stupides », a déclaré le général en réponse à une question sur un tel scénario lors de la table ronde à Halifax. «Nous ne sommes pas des gens stupides, nous pensons beaucoup à ces choses, quand vous avez cette responsabilité, comment n’y penseriez-vous pas?

Le commandant du Stratcom a déclaré qu’il a été formé de façon continue pendant des décennies en droit des conflits armés, qui prend en compte des facteurs spécifiques pour déterminer la légalité – nécessité, distinction, proportionnalité, souffrances inutiles et plus encore- d’une action militaire. Traiter des scénarios de réaction en cas d’ordre illégal est une pratique courante, a-t-il indiqué.

« Si vous exécutez un ordre illégal, vous allez en prison, vous pouvez aller en prison pour le reste de votre vie », a dit le général Hyten.

L’inquiétude grandit face à un président instable et volatile

Des sénateurs américains inquiets d’une guerre nucléaire avec la Corée du Nord, on par ailleurs cherché à savoir mardi, trois jours avant l’ouverture du Forum de Halifax, si un éventuel ordre de Donald Trump de déclencher le feu nucléaire pouvait être stoppé.

Les élus, tant républicains que démocrates, ne cachent plus leur inquiétude à l’idée qu’une étincelle ne déclenche un conflit imprévisible avec le régime de Kim Jong-Un. «Nous craignons que le président des États-Unis soit si instable et si volatil, que son processus décisionnel soit si fantasque, qu’il puisse donner un ordre d’utiliser l’arme nucléaire complètement contraire aux intérêts de sécurité nationale américains», a déclaré cette semaine le sénateur du Connecticut Chris Murphy.

Le général Hyten a également déclaré aujourd’hui à Halifax que gérer le problème de la Corée du Nord et de son imprévisible leader Kim Jong requiert être un effort international. « Le président Trump par lui-même ne peut pas changer le comportement de Kim Jong Un », il faut plutôt « créer les conditions pour que que la communauté internationale et nos voisins dans la région puissent travailler ensemble ».

Les responsables militaires, qui savent mieux que quiconque quels seraient les conséquences d’un conflit dans la péninsule coréenne, n’ont eu de cesse de mettre en garde contre le recours à l’arme nucléaire dans une première frappe, impensable jusqu’à tout récemment.

Si toutefois Donald Trump s’entêtait et persistait dans la mauvaise voie, allant jusqu’à ordonner de déclencher une première frappe nucléaire dévastatrice, on pourrait probablement le stopper un temps, mais en pratique, il pourrait sans doute remplacer les réfractaires le long de la chaîne de commandement, du ministre de la Défense au chef du commandement stratégique, et on se retrouverait alors en pleine véritable crise constitutionnelle, avec le chaos qui s’ensuivrait.

Et, quoi qu’il en soit, en être aujourd’hui à se poser avec plus d’acuité que jamais la question de la réponse à un ordre illégal venant du président américain est, en soi, un symptôme inquiétant, quoi qu’en disent les responsables militaires.

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