Gouvernement et état-major présentent leurs excuses à la communauté LGBTQ2 (PHOTOS/VIDÉOS)

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Après avoir été chassés des Forces armées canadiennes ou bien d’autres ministères en raison de leur orientation sexuelle, ils sont des dizaines de milliers à avoir attendu ce moment durant des décennies: le Premier ministre canadien vient aujourd’hui de présenter officiellement les excuses du gouvernement pour la persécution qu’ils ont vécu.

Excuses du Premier ministre Justin Trudeau

Le premier ministre Trudeau entouré de ses enfants, entre dans la Chambre des Communes, pour présenter des excuses à la communauté LGBTQ2. (45eNord.ca)

Entouré de ses deux enfants au moment d’entrer dans la Chambre des Communes, Justin Trudeau a qualifié le moment d’«historique».

«Nous avons collectivement honte que des Canadiens qui s’identifient comme étant lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queers ou bi-spirituels aient été traités injustement, congédiés, empêchés d’avoir accès à des promotions, surveillés, arrêtés, condamnés ou agressivement couverts de honte, à cause de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Des gens ont perdu leurs moyens de subsistance, leur famille et, dans certains cas, leur vie. Aujourd’hui, nous présentons des excuses longuement attendues à tous ceux à qui nous, du gouvernement du Canada, avons fait du mal. Nous sommes désolés.»

C’est avec honte, tristesse et un profond regret pour ce que nous avons fait, que je prends la parole ici aujourd’hui pour dire que nous avions tort. Que nous présentons nos excuses. Je suis désolé. Nous sommes désolés.
Justin Trudeau, premier ministre

Afin de répondre aux torts causés à ceux qui ont été considérés comme étant des criminels par des lois et des mesures injustes, le gouvernement du Canada a présenté aujourd’hui le projet de loi C-66, Loi sur la radiation de condamnations constituant des injustices historiques. Ce projet de loi doit mettre en place une procédure de destruction permanente des dossiers de condamnation pour des infractions relatives à une activité sexuelle consensuelle entre partenaires de même sexe, qui serait légale aujourd’hui.

Excuses du général Jonathan Vance et du ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan


Pour sa part le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense, est revenu longuement, dans un message envoyé aux troupes, sur le passé sombre et récent des Forces armées canadiennes.

Dans la foulée du premier ministre Trudeau, le général Vance dit: «au nom des Forces armées canadiennes, je m’excuse sincèrement auprès de ceux et celles qui ont fait l’objet d’une enquête, qui ont été inculpés ou libérés des Forces en raison de leur orientation sexuelle. Vous nous avez démontré honneur et dévouement, et nous vous avons mis à la porte».

«Il n’y a pas si longtemps […] nous avons espionné, interrogé et poursuivi au criminel nos propres confrères et consœurs. Nous avons mis des amis l’un contre l’autre pour protéger nos propres carrières. Nous leur avons volé leur dignité avant de ruiner leur vie», écrit encore le général Vance.

Les Forces armées canadiennes ont en effet mené une guerre sans merci contre leurs militaires homosexuels jusqu’en 1992 et des centaines de soldats gais ont alors été intimidés, persécutés et congédiés en raison de leur orientation sexuelle. De 1976 à 1992, un règlement disait même que les gais souffrent d’une «déviance sexuelle», comparable à la «bestialité» ou à la «grossière indécence». Les homosexuels devaient alors être identifiés et congédiés en toute discrétion. Des centaines de victimes de cette politique insensée aurait alors vécu des traitements inhumains.

Allant donc plus loin encore dans ces excuses, le chef d’état-major de la Défense estime qu’à de nombreux égards, «ces militaires faisant partie de la communauté LGBTQ2 étaient plus dignes de ce privilège de service qu’un bon nombre d’entre nous. Ils se sont engagés à servir le Canada en portant l’uniforme, malgré le fait qu’ils savaient qu’ils pourraient être persécutés juste pour être eux-mêmes».

Finalement, il indique que les leçons apprises de ce passé peu glorieux serviront à améliorer les Forces dans le futur et rappelle justement qu’avoir marché avec une centaine de militaires en uniforme au défilé de la Fierté à Ottawa en août sont des «pas dans la bonne direction».

Entente entre le gouvernement et les plaignants du recours collectif

Les représentants du recours collectif contre le gouvernement et leur avocat, en conférence de presse après les excuses du Premier ministre, à Ottawa, le 28 novembre 2017. (45eNord.ca)

Les excuses auraient pu sonner bien creuses si les milliers de participants à un recours collectif contre le gouvernement n’avaient pas eu gain de cause.

Les deux parties ont signé une entente de principe au mois de novembre 2017, et travaillent maintenant ensemble en vue d’une entente de règlement définitif.

L’entente de principe comprend des mesures en appui à la compensation, à la réconciliation et à la reconnaissance individuelles, ainsi que d’autres initiatives pour favoriser la réconciliation et la mémoire collectives.

Le règlement prévoit jusqu’à 145 millions $, dont 20 millions $ pour les frais juridiques et l’administration.

Pour Martine Roy, renvoyée des Forces armées canadiennes en 1984 pour «déviance sexuelle», représentante québécoise de la poursuite collective, c’est clairement la fin d’un chapitre et le début d’un autre. Même si elle dit regretter que cela ait pris autant de temps, elle se dit satisfaite que son nom sera désormais lavé.

Ces excuses du gouvernement fédéral et la conclusion de l’entente entre ce dernier et les plaigants du recours collectif n’est qu’un pas dans la bonne direction, pour paraphraser le général Vance. Ce n’est pas une fin en soi, mais bien le commencement d’un nouveau chapitre dans l’histoire du Canada et des Forces armées canadiennes.

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