L’arbre qui fait pousser le coquelicot rouge (1ère partie)

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La 2e partie de ce blogue fera l’objet d’une magnifique initiative d’un vétéran qui, loin de la réalité médiatique et des réseaux sociaux, offre une conférence sur l’origine et le symbole du coquelicot (rouge..) à des élèves de l’école primaire que fréquentent ses enfants. J’ai vraiment hâte de vous en parler! Par sa façon de faire, ce vétéran me fait penser à l’homme qui plantait des arbres. Sauf que lui, il fait pousser des coquelicots rouges au bout d’un arbre : « L’Arbre du Souvenir ».

Sauf que.. il semble qu’en 2017, le coquelicot blanc attire désormais aussi l’attention : bienvenue au Québec, province où on trouve le moyen d’aimer et d’inclure tout le monde en même temps. D’ailleurs, n’avons-nous pas largement déjà remplacé le « Joyeux Nowell » pour un beaucoup-plus-neutre-général-et-inclusif « Joyeuses Fêtes »? Il faut le dire, l’histoire du Québec témoigne de notre capacité collective à se soulever (gentiment mais fermement) face à l’institution gouvernementale, l’establishment, la religion et tout ce qui touche nos convictions profondes.

En effet, nous sommes un peuple de révolutionnaires tranquilles. Ou sommes-nous davantage de tranquilles révolutionnaires?

En tous les cas, on peut affirmer que nos politiciens ont réellement compris le sens profond de « l’inclusion sociale ». D’ailleurs, ils deviennent des maîtres-d’œuvre du changement en développant une langue absolument et parfaitement politiquement correcte et inclusive : peu importe le dossier dont il est question, on refuse obstinément d’oublier qui que ce soit. Que voulez-vous? Nous avons grand cœur pour tout le monde. On veut reconnaître tout le monde. On veut donner une place à tout le monde. « Chers Québécois et Québécoises, Chers citoyens et citoyennes, Chers électeurs et électrices » : de l’amour politique et du respect pour les origines sociales et culturelles, le Québec en a pour tous les Québécois.

Sauf pour qui? Les militaires, les vétérans, et tout ce qui touche « leur monde », ceux à qui le « Merci de votre service » provincial est difficile à ressentir.

La claque, je l’ai eu le 3 novembre dernier alors que je me préparais à assister à la conférence donnée par le vétéran à l’école primaire de St-Jacques-Le-Mineur. Pour une rare fois, j’ai allumé la télévision : contrairement à tous les réseaux anglophones canadiens, je n’ai pas vu grand coquelicot, ni à LCN, et encore moins à RDI. Des images du Parlement d’Ottawa me faisaient voir des politiciens fédéraux qui portaient TOUS le coquelicot rouge, alors que chez-nous, Québec Solidaire, par le biais de Gabriel Nadeau-Dubois, arrive en grandes pompes avec quoi? Un coquelicot blanc superposé à un coquelicot rouge.

Hein? Mais kessé ça?????

C’est parce que, voyez-vous, la guerre fait plus de victimes civiles et il ne faut pas les oublier. Sans compter que M. Dubois-Nadeau estime que ce geste permettra « d’élargir le propos ». Le propos de quoi, au juste? Et à quel niveau politique? Il me semble que les décisions qui concernent la participation et l’implication de nos Forces Armées relèvent d’Ottawa, non? De quel droit Québec Solidaire peut-il se permettre de s’attaquer ainsi au symbole historique du Jour du Souvenir et de la commémoration de ceux qui ont donné leur vie au nom des valeurs du pays auquel nous appartenons?

Mon indignation m’a quasiment fait tombée en bas de ma chaise. Je n’ai pas de mots pour exprimer ma colère devant les images des représentants de Québec Solidaire qui arborent la superposition de coquelicots.

« Oui mais il ne s’oppose pas au coquelicot rouge », que vous me direz.

Hey! On parle d’un parti politique provincial ici! On parle de gens qui sont élus pour gérer nos compétences provinciales et défendre nos intérêts. De semer la zizanie autour du coquelicot rouge constitue un immense pied-de-nez à plusieurs Québécois et Québécoises, citoyens et citoyennes et électeurs et électrices pour qui le symbole est plus que « poétique » et « utopique ».

Pour le reste, qu’il fasse la ligne comme les autres en passant par la machine parlementaire pour faire reconnaître une journée attitrée au coquelicot blanc – et les victimes qu’il représente- a un autre temps de l’année, en-dehors du mois de novembre SVP.

Je suis absolument en faveur du symbole poétique du coquelicot blanc: c’est bien de nous rappeler du coût réel de la guerre et de l’impact de nos décisions politiques. Même que le lien avec le coquelicot rouge est intelligent : le coquelicot blanc est sans aucun doute le symbole parfait pour représenter la masse humaine qui disparaît dans l’oubli, de leur souffrance (inimaginable), de leur mort qui n’aurait jamais dû être, de l’injustice de la guerre.

Mais qu’en est-il réellement du coquelicot blanc?

D’abord, il est né dans les années trente. Dans les pays du Commonwealth, le porter exprime la commémoration de l’ensemble des victimes de la guerre et aussi, la volonté d’en finir avec la guerre. Contrairement au coquelicot rouge qui se limite à être un symbole à la mémoire de ceux qui sont morts à la guerre, le coquelicot blanc, lui, au-delà de la commémoration proprement dite de toutes les victimes, possède également –et surtout- un symbole politique….

Ahhhhh! Ça explique tout!

Certes, il existe des controverses au sujet des fonds et de la redistribution des fonds du coquelicot… mais à la base, si vous faites un don en échange d’un coquelicot rouge, il sera redistribué aux vétérans et à leur famille d’ici. Vous achetez un coquelicot blanc? Alors, vous devez savoir que les profits ne serviront pas à aider « les victimes de la guerre » mais bien à soutenir financièrement les activités du Collectif Échec à la guerre (http://echecalaguerre.org/), organisation montréalaise dont le site Internet nous révèle vaguement être composé « de groupes de femmes, de droits humains, des organisations syndicales, des associations étudiantes, des organismes de solidarités, des organismes de paix, des organismes communautaires et populaires, des organismes de communautés culturelles, des organismes laïques et religieux, etc. ». Le site Internet ne dévoile aucun nom… Et depuis quelques années, ses efforts médiatiques sont de plus en plus perceptibles en se faisant entendre par des manifestations qui ont lieu notamment le Jour du Souvenir et lors de la Journée Internationale de la Paix pour dénoncer les « politiques militaristes ».

Est-ce que Québec Solidaire affiche vraiment son amour inclusif des victimes de la guerre (d’ailleurs et/ou qui vivent désormais ici) ou est-ce une façon détournée d’aider des amis à se faire du cash pour nous aider à haïr encore plus le fédéral?

Et puis, il semble que s’il a gagné le cœur officiel de Québec Solidaire, le coquelicot blanc a trouvé quelques supporteurs. Par exemple, l’an dernier, c’est un conseiller municipal de Rouyn-Noranda du nom de Phillipe Marquis qui a fait l’objet d’un reportage alors qu’il invitait ses collègues et ses citoyens à porter le coquelicot blanc. Annuellement, quelques cérémonies du coquelicot blanc sont organisées à Québec et Montréal mais aussi ailleurs au Québec, comme en témoigne une nouvelle de 2012 en provenance de Gatineau. D’ailleurs, si vous avez envie de rire jaune, écoutez le reportage vidéo: l’organisateur de l’évènement argumente à l’effet que les politiciens ont déformé la signification du coquelicot rouge : « Quand on entend notre Premier ministre qui a un symbole qui est supposé de dire « plus jamais la guerre » et qui vante une intervention militaire… ». Un des coorganisateurs affirme même que « le 11 novembre est devenue une journée où on souligne nos avancées militaires ».

(En tous les cas, j’espère qu’ils ont pris la peine de s’éduquer correctement sur le sujet depuis!)

Ce qui ne fait pas de sens, c’est de « tasser » le coquelicot rouge. Politiquement parlant, ça mérite un grand coup de pied au cul : c’est une décision remplie de condescendance à l’égard de la communauté militaire et à tout le reste du Canada pour qui, le Jour du Souvenir, signifie réellement quelque chose. Parce qu’au-delà de la politique, il y a le cœur des gens… Ce n’est pas parce que nous, au Québec, on comprend mal le symbole du coquelicot rouge qu’il n’y a rien à comprendre, bien au contraire.

Pire, c’est surtout l’art de creuser « innocemment » un fossé qui existe déjà entre la communauté militaire et civile en diluant quelque chose qui ne tient déjà qu’à un fil : le respect et la gratitude de la communauté civile à l’égard du sacrifice collectif faite au nom de nos valeurs et de nos décisions politiques. C’est aussi l’art de creuser le fossé qui existe entre le Québec et le reste du Canada…Jamais je ne voterai pour Québec Solidaire qui me fait avoir honte d’être Québécoise en cherchant à banaliser le symbole représentant le prix ultime payé par notre monde, nos enfants, nos pères et nos mères, nos frères et nos sœurs.

Et dans ma honte, dans ma colère, dans mon indignation, le 3 novembre dernier, j’ai eu le privilège de voir des enfants fascinés par ce qu’avait à partager un vétéran sur l’histoire et l’origine du coquelicot -Gabriel Nadeau-Dubois et Québec Solidaire auraient dû y assister afin « d’élargir le propos »-.

Dans l’anonymat le plus complet, ce vétéran est parti de son cœur et de l’amour pour ses 3 enfants afin de créer « L’Arbre du Souvenir »… dont je vous parlerai dans mon prochain texte.

D’ici là, je sais que novembre est une période particulièrement difficile pour plusieurs militaires et vétérans. Certains aimeraient être capable d’assister aux cérémonies locales mais en sont incapables, envahis par l’anxiété, la peine, la honte d’être incapable d’assister et les souvenirs difficiles; il ne faut pas les oublier. Sachez qu’il y a des gens qui ont le coquelicot rouge tatoué sur le cœur en guise de respect et de leur gratitude.

À vous et à votre famille, merci (sincèrement) de votre service.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d’Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l’Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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