Le Canada pousse aussi pour des Casques bleus de l’ONU en Ukraine

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La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, prononce en juin 2017 un discours à la Chambre des communes et présente les priorités du pays en matière de politique étrangère. (Affaires mondiales Canada)

Le gouvernement canadien déploie d’importants efforts diplomatiques afin d’obtenir la mise en place d’une force de maintien de la paix de l’ONU en Ukraine, a annoncé jeudi la ministre des Affaires étrangères.

« Partout dans le monde, le Canada a mené des discussions avec plusieurs pays sur la viabilité et l’utilité de la possibilité de mettre en oeuvre des opérations de maintien de la paix et d’assurer une surveillance policière en Ukraine », a indiqué aujourd’hui la ministre Chrystia Freeland. Le Premier ministre Justin Trudeau a lui aussi tenté de faire avancer ce dossier en l’évoquant directement avec la chancelière allemande Angela Merkel, selon le communiqué de la ministre.

Le Canada toujours aux côtés de ses alliés

Le chef conservateur Andrew Scheer est lui aussi d’avis que le Canada doit prendre la tête d’une mission de paix des Nations unies en Ukraine pour contribuer aux efforts de stabilisation de la région affectée par conflit opposant Kiev et Moscou. Le chef conservateur se montre toutefois impatient et accuse le gouvernement Trudeau de ne pas répondre «à l’agression russe» en Ukraine avec des «mesures significatives», alors que «la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine devrait être une priorité pour le gouvernement du Canada».

Chrystia Freeland, qui a des racines ukrainiennes et dont le nom s’est retrouvé sur une liste noire du Kremlin en guise de représailles aux sanctions imposées par le Canada après l’annexion de la Crimée par la Russie, assure pour sa part avoir « personnellement exploré la semaine dernière la faisabilité et les perspectives d’une telle mission » de maintien de la paix en Ukraine avec le secrétaire d’État américain Rex Tillerson et le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres.

«Notre gouvernement continue d’accorder un soutien inébranlable au peuple ukrainien et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Nous condamnons l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, le soutien continu offert par la Russie aux insurgés dans l’est de l’Ukraine et la poursuite des violences dans cette région.

«Partout dans le monde, le Canada a mené des discussions avec plusieurs pays sur la viabilité et l’utilité en ce qui concerne la possibilité de mettre en œuvre des opérations de maintien de la paix et d’assurer une surveillance policière en Ukraine. Le premier ministre a soulevé la question avec le président de l’Ukraine et la chancelière allemande.

 J’ai personnellement exploré, la semaine dernière, la faisabilité et les perspectives d’une telle mission avec le président et le premier ministre ukrainien, le secrétaire d’État américain, le représentant spécial américain pour l’Ukraine et le secrétaire général des Nations Unies. Au cours des dernières semaines, j’ai parlé à plusieurs représentants de gouvernements européens avec qui j’ai abordé cette question importante.

«Notre gouvernement est au cœur des efforts internationaux pour soutenir l’Ukraine, et nous travaillons sans relâche pour nous assurer que tout effort de maintien de la paix permettra de garantir la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Le groupement tactique multinational dirigé par le Canada en Lettonie, qui fait partie de la présence avancée renforcée de l’OTAN, est un exemple du leadership exercé par le Canada et de son engagement constant envers la sécurité régionale.

«Le peuple ukrainien peut compter sur l’amitié et le soutien continus et indéfectibles du Canada.»

La Russie a déposé un projet de résolution pour le déploiement d’une force dans l’Est de l’Ukraine qui ne fait pas l’unanimité. Toute création d’une force de maintien de la paix doit être approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU, où la Russie dispose d’un droit de veto.

Environ 1,2 million de Canadiens, dont Mme Freeland, ont des origines ukrainiennes, et les différents gouvernements canadiens ont toujours défendu la position de l’Ukraine dans son conflit avec la Russie suite à l’annexion de la Crimée en 2014. Comme les autres pays occidentaux, le Canada a adopté des sanctions contre Moscou, dont une dernière liste la semaine dernière à propos de laquelle la Russie avait promis d’appliquer des sanctions réciproques aux Canadiens.

Au début de l’année, le Canada avait décidé de prolonger jusqu’en 2019 la mission d’un contingent des forces armées canadiennes chargé de former et d’assister les troupes ukrainiennes, et les deux pays avaient signé dans la foulée un accord de coopération dans le secteur de la défense.

En septembre, le président ukrainien Petro Porochenko avait également indiqué lors d’une visite au Canada attendre plus de stabilité dans l’est de l’Ukraine avec la présidence canadienne du G7 en 2018.

Le Canada est en outre à la tête d’une mission internationale de l’OTAN en Lettonie, aux portes de la Russie, visant à « augmenter la sécurité et la stabilité de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est ».

L’annonce d’une mission de paix, qui tarde à se matérialiser, est attendue avec impatience

Le projet de mise en place d’une force de maintien de la paix de l’ONU en Ukraine surgit alors que le plan de déploiement des Casques bleus promis par les libéraux il y a maintenant plus d’un an tarde à se matérialiser.

Le gouvernement a promis en août 2016 d’injecter 450 millions $ sur trois ans et de déployer jusqu’à 600 soldats et 150 policiers dans des missions de paix. Dans les mois qui ont suivi, des ministres et experts canadiens, dont le lieutenant-général à la retraite et ex-sénateur libéral Roméo Dallaire avaient effectué plusieurs missions de repérage en Afrique. Puis, changement de leadership à l’ONU, élection de Donald Trump, réflexion presque « existentielle » sur la dangerosité des missions africaines, le projet de déployer des soldats de la paix canadiens sous l’égide de l’ONU semblait remis « sine die ».

Mais voilà que le Canada et son ministre de la Défense, Harjit Sajjan, accueilleront dans quelques jours de la réunion des ministres de la Défense sur le maintien de la paix des Nations unies. L’événement se tiendra à Vancouver les 14 et 15 novembre prochain et le Canada risquerait fort de perdre la face s’il n’y avait pas une annonce importante à cette occasion.

Les libéraux profiteraient donc du Sommet de Vancouver pour enfin lever le voile sur leur programme de maintien de la paix. Ukraine, Mali, ailleurs, pas d’annonce majeure, c’est à suivre.

*Avec AFP

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