Le Canada propose à l’ONU force de réaction rapide, formateurs, hélicoptères et avions

Le premier ministre Justin Trudeau annonce la contribution canadienne aux opérations de paix des Nations Unies, le 15 novembre 2017, à Vancouver. (FAC)
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Le premier ministre Justin Trudeau annonce la contribution canadienne aux opérations de paix des Nations Unies, le 15 novembre 2017, à Vancouver. (FAC)

Dans une perspective de modernisation des opérations de paix, le gouvernement canadien vient officiellement d’annoncer qu’il offrait des hélicoptères, des avions de transport, une force de réaction rapide de 200 soldats pour les opérations onusiennes de maintien de la paix, ainsi que de la formation et du mentorat pour les soldats de la paix de l’ONU.

Le Canada invite aussi les autres pays à s’attaquer avec lui au problème de l’égalité des sexe et de l’autonomisation des femmes avec l’initiative Elsie ainsi qu’à lutter contre l’utilisation d’enfants-soldats avec l’adoption des Principes de Vancouver, à l’origine desquels on trouve le général (ret.) Roméo Dallaire.

Cependant, pour ce qui est des contributions aux opérations de paix, aucun calendrier précis de déploiement n’a été annoncé, des officiels expliquant qu’il faudra encore plusieurs mois de négociations, entre six et neuf mois, avec les Nations Unies, pour déterminer où et quand les capacités offertes par le Canada seront nécessaires.

« Les opérations modernes de maintien de la paix ont lieu dans un contexte qui transcende les frontières », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau lors de la conférence ministérielle des pays engagés dans les missions onusiennes de maintien de la paix. évoquant des États déstructurés où profitent « des milices, des groupes criminels organisés et maintenant, bien sûr, des terroristes ».

« Les temps ont changé. Maintenant, bien souvent, il n’y a pas de paix à maintenir. Les conflits auxquels nous faisons face aujourd’hui sont insolubles, plus dangereux et plus complexes », a aussi souligné Justin Trudeau à Vancouver

« Face à cette réalité, nous devons essayer de nouvelles choses », a estimé le chef du gouvernement canadien en annonçant lors de la Réunion de 2017 des ministres de la Défense sur le maintien de la paix des Nations Unies, à Vancouver, les contributions prévues.

Attendu depuis longtemps, ce moment devait marquer le retour le plus fort du Canada, pays fondateur des Casques bleus, dans les opérations de maintien de la paix. Fin août 2016, le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait promis de déployer jusqu’à 600 soldats et 150 policiers dans le cadre de missions de paix des Nations Unies.

L’engagement de cinq ans annoncé aujourd’hui prévoit que les Forces armées canadiennes mettront à la disposition des Nations Unies les ressources militaires suivantes pour donner suite à cette promesse:

• du transport aérien tactique pour une durée maximale de 12 mois, afin d’aider les Nations Unies à répondre aux besoins criants en matière de transport aérien régional à l’appui des missions en cours et à déployer rapidement ses forces;

• une force opérationnelle d’aviation comprenant des hélicoptères de manœuvre moyens et armés, pour une durée maximale de 12 mois;

• une force de réaction rapide comprenant quelques 200 membres et l’équipement nécessaire.

Le Canada envisage également de fournir un transport aérien tactique au Centre d’appui régional des Nations Unies à Entebbe, en Ouganda. Ce centre d’appui régional joue un rôle de soutien important pour environ 80 000 militaires et policiers, ainsi que pour des milliers de membres du personnel civil, dans le cadre d’opérations de soutien de la paix sur l’ensemble du continent africain.

Par contre, l’envoi de Canadiens pour grossir la Mission des Nations-unies au Mali (Minusma), envisagé l’an dernier, n’est plus maintenant à l’ordre du jour en raison des risques encourus avec 140 Casques bleus tués depuis juillet 2013.

Le gouvernement canadien promet aussi aujourd’hui « la mise en œuvre de nouveaux programmes de formation conçus pour rehausser l’efficacité globale des opérations des Nations Unies » à travers l’entraînement des forces de maintien de la paix.

[toggle title= »PROGRAMME DES OPÉRATIONS DE PAIX ET DE STABILISATION » load= »hide »]

Le Canada offre aussi son expertise dans ce qu’il sait faire le mieux avec le Programme canadiens des opérations de paix et de stabilisation, qui vise à moderniser et à améliorer les opérations de paix, à mieux prévenir et résoudre les conflits ainsi qu’à établir une paix durable. 

Il s’appuiera un large éventail de projets, dont les suivants :

Formation destinée aux hauts dirigeants de mission des Nations Unies;
Formation destinée aux Casques bleus militaires, policiers et civils sur les droits de la personne, la protection des droits des civils et de la personne et la résolution de conflits internationaux;
Formation et mentorat préalables aux déploiements destinés aux Casques bleus issus de pays africains participants;
Aide à la mise en œuvre de l’Accord de paix signé au Mali;
Formation et sensibilisation communautaire dans le nord du Liban en vue de promouvoir la paix et la stabilité;
Soutien en vue d’accroître la sûreté et la sécurité dans les communautés palestiniennes;
Soutien à l’élaboration d’une stratégie visant à prévenir une recrudescence de la violence et de l’extrémisme en Irak.[/toggle]

Justin Trudeau promet également la mise à disposition de l’ONU de 150 policiers, soit un peu plus du double des effectifs canadiens actuellement sur le terrain (Haïti, Colombie…).

Outre les hélicoptères, les avions de transport, la force de réaction rapide, les policiers, la formation et le mentorat, le Canada s’attaque aussi au problème des enfants-soldats et à celui de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes.

Les Principes de Vancouver

Le premier ministre Justin Trudeau a également annoncé le lancement des Principes de Vancouver sur le maintien de la paix et la prévention du recrutement et de l’utilisation d’enfants-soldats. Ce programme, créé en partenariat avec le général (ret.) Roméo Dallaire, permettra d’identifier les signes précurseurs de recrutement d’enfants, de prendre des mesures pour y mettre fin et d’encourager le signalement d’abus et de graves violations visant des enfants.

Les Principes de Vancouver, qui regroupent une série exhaustive d’engagements, comprennent des engagements politiques des États membres visant à améliorer la formation, la planification et la conduite de leurs propres forces en ce qui a trait au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats.

Les Forces armées canadiennes avaient d’ailleurs créé un important précédent en mars dernier en formulant une doctrine qui traite expressément des défis particuliers auxquels doivent faire face les militaires qui ont à affronter des enfants soldats pendant qu’ils sont déployés dans le cadre d’une opération. Cette initiative canadienne soutenait directement la Résolution 1261 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exhorte les parties à respecter les engagements concrets pris pour assurer la protection des enfants en situation de conflit armé.

Le chef d’état-major canadien, Jonathan Vance, avait alors ordonné que les règles soient rédigées suite à une discussion avec le lieutenant-général (re.) et sénateur Roméo Dallaire, qui se bat contre l’usage d’enfants lors de conflits.

Aujourd’hui, le Canada invite les autres pays à veiller à ce que tous les enfants soient à l’abri du danger et aient toutes les occasions possibles de grandir et d’apprendre. Les Principes de Vancouver encouragent également le signalement de cas de maltraitance ou de violations graves perpétrées contre les enfants en situation de conflit armé ainsi que la participation d’experts de la protection des enfants aux opérations de maintien de la paix. Ils soulignent aussi la nécessité de fournir un soutien psychologique adéquat aux Casques bleus qui ont fait face à des enfants soldats.

[toggle title= »LES PAYS SIGNATAIRES DES PRINCIPES DE VANCOUVER » load= »hide »]

Au 15 novembre 2017, les pays suivants ont approuvé les Principes de Vancouver :

• Allemagne
• Argentine
• Arménie
• Australie
• Autriche
• Bangladesh
• Belgique
• Bosnie-Herzégovine
• Brésil‎
• Cambodge
• Canada
• Chili
• Colombie
• Corée du Sud
• Croatie
• Danemark
• Espagne
• Estonie
• Finlande
• France‎
• ‎Grèce
• Guatémala
• Hongrie
• Irlande
• Israël
• Italie
• Jordanie
• Lettonie
• Lituanie
• Luxembourg
• Malaisie
• Mexique
• Monténégro
• Nauru
• Norvège
• Ouganda
• Pays-Bas
• Pologne
• Portugal
• République dominicaine
• République tchèque
• Roumanie
• Rwanda
• Serbie
• Sierra Leone
• Slovaquie
• Slovénie
• Sri Lanka
• Suède
• Tanzanie
• Thaïlande
• Ukraine
• Uruguay
• Vietnam[/toggle]

L’Initiative Elsie

Au cours de la Réunion, le premier ministre a également annoncé l’Initiative Elsie sur les femmes dans les opérations de paix. Dans le cadre de cette initiative, le Canada et des pays partenaires offriront de l’aide et des mesures d’encouragement pour accroître la proportion de femmes déployées dans les opérations de paix des Nations Unies. Les missions de paix ne comptent que 3,7 % de femmes, or des études ont montré qu’il existe un lien fort entre la participation des femmes aux opérations de paix et l’atteinte d’une paix durable et à long terme.

Le Canada lancera un fonds mondial pour appuyer le déploiement de femmes au sein des Casques bleus et investira 15 millions $ dans la mise sur pied de ce fonds.

Le Canada travaillera de concert avec les Nations Unies et les États membres intéressés à concevoir et à mettre à l’essai des approches novatrices permettant d’éliminer les obstacles à la participation significative des femmes aux opérations de paix. Le Canada mettra ces approches à l’essai dans le cadre d’un projet pilote en collaboration avec quelques pays qui partagent cette ambition.

[toggle title= »L’INITIATIVE ELSIE COMPORTERA LES ÉLÉMENTS SUIVANTS: » load= »hide »]

L’Initiative Elsie comportera les éléments suivants :

  • Soutien à l’élaboration d’une approche systématique visant à déployer un plus grand nombre de femmes dans le cadre d’opérations de paix.
  • Soutien technique adapté aux pays qui déploient des Casques bleus afin de veiller à ce que les conditions soient mises en place pour le déploiement de femmes.
  • Aide à certaines missions des Nations Unies pour les aider à améliorer leur capacité à appuyer la participation accrue des femmes aux opérations de paix et à en profiter. Le Canada investira 6 millions de dollars à l’appui de cet objectif.
  • Lancement d’un fonds mondial pour appuyer le déploiement de femmes au sein des Casques bleus. Le Canada investira 15 millions de dollars dans la mise sur pied de ce fonds.
  • Évaluation et surveillance de l’Initiative Elsie en vue de l’ajuster s’il y a lieu et de contribuer à recueillir une solide base de données probantes pour élaborer une approche exhaustive qui pourrait être pleinement intégrée au système de maintien de la paix des Nations Unies.

Afin d’améliorer l’efficacité des opérations et de favoriser la réforme des opérations de paix des Nations Unies, le Canada offrira également un vaste soutien qui aidera les femmes à avoir accès à diverses formations.[/toggle]