Formation défaillante et trop chère au Collège militaire royal du Canada, selon le Vérificateur général

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Le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, indique dans son rapport d’automne 2017 que la formation donnée aux élèves-officiers à Kingston était défaillante et coûte trop cher au Ministère de la Défense nationale.

Après avoir audité l’institution militaire durant près de trois ans, Michael Ferguson estime en effet que si les problèmes signalés dans son rapport ne sont pas réglés, «le Collège risque de devenir simplement une université parmi d’autres et de ne pas pouvoir former les leaders dont ont besoin les Forces armées canadiennes».

Le bureau du Vérificateur général écrit dans son rapport que le Collège militaire royal du Canada ne peut pas démontrer qu’il forme des officiers «à un coût raisonnable» et qu’il y a des «lacunes dans l’instruction militaire» qu’il dispense.

L’audit aurait démontré également qu’il n’y a pas de différence notable entre l’évolution de carrière des diplômés du Collège et celle des officiers qui se sont joints aux Forces armées canadiennes par l’entremise d’autres programmes d’enrôlement, et ce, pendant la majeure partie de leur carrière. Le Collège militaire royal du Canada a mis davantage l’accent sur les études universitaires que sur l’instruction militaire et le milieu éducatif n’a pas systématiquement appuyé les objectifs de la formation militaire. Même si la qualité des programmes d’études du Collège était bonne, le coût par étudiant était substantiellement plus élevé que celui d’autres universités et d’autres programmes d’enrôlement d’officiers.

Réagissant pour 45eNord.ca au rapport du Vérificateur général, le contre-amiral Luc Cassivi, commandant de l’Académie canadienne de la Défense, et le brigadier-général Sébastien Bouchard, commandant du Collège militaire royal du Canada, se disent satisfaits avec le rapport du VG, qui est «en ligne» avec les conclusions du rapport de la visite d’état-major spéciale.

Le Collège militaire royal du Canada en tant qu’université de la Défense

Le rapport révèle que le coût de fonctionnement par étudiant était environ deux fois plus élevé au Collège militaire royal du Canada qu’à d’autres universités et que la formation offerte pour instruire et préparer les élèves-officiers au Collège militaire royal du Canada coûtait presque deux fois plus cher que les autres programmes d’enrôlement des officiers. Si cela s’explique en partie par les normes plus élevées auxquelles doivent satisfaire les diplômés du Collège, la Défense nationale n’a «pas pu démontrer que ces normes avaient permis de former des officiers militaires plus efficaces».

Pour former une recrue civile par le programme de formation des officiers de la force régulière du Collège militaire royal du Canada, il en coûte en moyenne 100 822 $/an à la Défense nationale, alors qu’il en coûte 59 732 $/an via le programme de formation des officiers de la force régulière dans les universités civiles.

Dans une déclaration envoyée à la presse, le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, reconnaît que les droits de scolarité par élève sont plus élevés au Collège que dans des universités civiles, mais nuance en rappelant que le CMRC est «le seul établissement conférant des diplômes où les diplômés doivent exécuter des travaux universitaires en plus de satisfaire à des composantes militaires ainsi qu’à des exigences liées à la forme physique et au bilinguisme. La nature unique du programme du CMRC ajoute aux coûts. Cela étant dit, je conviens avec le vérificateur général que nous pouvons faire plus pour améliorer l’efficience des activités tout en conservant les excellents programmes du Collège».

«On doit faire un peu plus de travail sur l’aspect financier pour valider la structure financière du Collège, être transparent et que ça représente la réalité. On doit aussi analyser où on peut être plus efficace», a indiqué le contre-amiral.

Le brigadier-général rappelle quand à lui qu’en tant qu’institution fédérale, le Collège a l’obligation de donner les cours dans les deux langues officielles. C’est pour cela qu’il peut y avoir des classes a seulement cinq personnes, alors que dans une université civile ils seraient une vingtaine.

Or, une étude menée en 2014 sur le système de perfectionnement professionnel des Forces armées canadiennes, indiquait déjà qu’il n’y avait aucune différence perceptible, à la fin du processus de perfectionnement professionnel, entre les officiers issus des divers programmes d’enrôlement, que ce soit par le biais du Collège militaire royal du Canada, d’une université civile ou du Collège Seneca.

Rôle et objectif du Collège militaire royal du Canada

L’équipe d’audit du vérificateur général dit avoir constaté que le Collège militaire royal du Canada a mis davantage l’accent sur l’enseignement universitaire plutôt que sur l’instruction militaire et que celle-ci comportait des lacunes, estimant que les recommandations formulées lors d’examens antérieurs en vue d’améliorer l’instruction militaire n’ont pas donné lieu à des changements fondamentaux. «Nous avons aussi constaté qu’il n’y avait pas de normes claires et mesurables pour évaluer les qualités de leadership et le comportement militaire éthique dont doivent faire preuve les diplômés du Collège avant de recevoir leur brevet d’officier».

Cette constatation est jugée importante parce qu’il y a beaucoup d’autres universités qui peuvent offrir des programmes d’études de premier cycle aux futurs officiers. Cependant, seul le Collège militaire royal du Canada a pour mission de donner des cours universitaires de premier cycle dans un contexte militaire en mettant l’accent sur le leadership, la déontologie et l’entraînement militaires.

L’audit révèle que les élèves-officiers ont consacré en moyenne de 30 à 53 heures par semaine à leurs études universitaires, 9 heures à leur conditionnement physique, 6,5 heures à leur entraînement militaire et 4 heures à l’étude de la langue seconde, au besoin.

Le brigadier-général Sébastien Bouchard, commandant du CMRC, a toutefois indiqué que «côté académique on ne peut pas diminuer le nombre d’heures que les étudiants passent en classe et à faire leurs travaux. En revanche l’aspect militaire on peut le travailler et l’optimiser et trouver une nouvelle manière de l’implémenter», a t-il déclaré lors d’une interview téléphonique. «L’année prochaine on va regarder si ça serait plus avantageux de ne pas avoir les sessions militaires les mercredis matin, de les remplir de cours académique, et de libérer quelques journées au besoin pour être capable de faire un entrainement militaire dans une longue fin de semaine».

En interview pour 45eNord.ca, Michael Ferguson estime en effet que si l’état-major du Collège ne peut pas dégager plus de temps pour la formation militaire, alors il devrait essayer que cette formation se fasse autrement. «On pourrait mettre plus l’accent sur les différents aspects du leadership et du comportement», a-t-il indiqué.

Leadership militaire et bonne conduite

Dans l’ensemble, l’équipe du Vérificateur général dit avoir constaté que le Collège militaire royal du Canada n’enseignait pas adéquatement aux élèves-officiers le leadership militaire ni la conduite qui était attendue des futurs officiers. «Nous avons constaté que, même si le Collège militaire royal du Canada donnait suite aux incidents signalés, le nombre de cas d’inconduite mettant en cause des élèves-officiers supérieurs démontrait que le Collège ne les avait pas préparés à servir de modèles pour leurs pairs». Ils seraient plusieurs troisièmes et quatrièmes années, dans une position de leadership, à ne pas satisfaire à une bonne conduite et donc comme modèle pour les plus jeunes. Plus de la moitié des cas de triche et de plagiat (60%) sont d’ailleurs le fait d’élèves-officiers en 3e ou 4e année.

La plupart des cours donnés sur le développement du leadership et sur l’éthique seraient surtout axés sur la théorie plutôt que sur les compétences militaires pratiques.

Le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance a réagit lui-aussi au rapport du Vérificateur général et écrit: «Je suis responsable de m’assurer que nous formons les meilleurs chefs professionnels possible qui dirigeront les membres des Forces armées canadiennes dans un monde dynamique et évolutif. Je m’engage toujours à prendre des mesures décisives dans la mise en place des recommandations de la VAEM et du BVG afin de m’assurer que les élèves-officiers au Collège militaire royal du Canada sont encadrés par les meilleurs dirigeants possible et préparés à relever les défis que l’avenir leur réserve».

En tant que commandant de l’Académie canadienne de la Défense – institution chapeautant les Collèges militaires royaux – le contre-amiral Cassivi dit vouloir harmoniser les programmes entre les deux Collèges, voir les bonnes pratiques de l’un et de l’autre, les leçons apprises d’un Collège pour les transférer à l’autre. Même si les deux n’offrent pas les mêmes programmes et niveaux académiques, les Collège militaire royal de Saint-Jean et Collège militaire royal du Canada vont «grandir ensemble», estime le contre-amiral. Avec le retour à la rentrée 2018 du niveau universitaire à Saint-Jean, la réflexion est importante pour garder les bonnes pratiques actuelles dans le futur.

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