Le programme de drones de l’Aviation royale canadienne change de nom

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Un UAV CU-170 Heron, utilisé en juin 2010 par les Forces canadiennes en Afghanistan pendant l’opération de combat ATHENA. (Archives/Sergent Daren Kraus/Force opérationnelle – Kandahar, ROTO 9)

Le projet de système interarmées de surveillance et d’acquisition d’objectifs au moyen de véhicules aériens sans pilote (JUSTAS) de l’Aviation royale canadienne est toujours d’actualité, 11 ans après sa première annonce, et vient récemment de changer officiellement de nom.

Pendant la campagne électorale de 2006, Stephen Harper avait promis qu’il doterait l’Aviation royale canadienne d’une flotte de drones et qu’avec un gouvernement conservateur, Goose Bay (Terre-Neuve-et-Labrador), accueillerait une nouvelle unité militaire de réaction rapide de 650 membres, ainsi que d’un nouvel escadron de drones à longue portée. Or, en 2014, comme nous l’indiquions déjà à ce moment-là, le projet n’en était encore qu’en phase de «pré-définition».

Cet automne, le nom du projet a été changé pour celui de système d’aéronef télépiloté (SATP). Ce changement correspond aux modifications apportées aux lexiques et aux systèmes de classification de nos alliés et reflète plus précisément le mode d’utilisation des systèmes.

Comme précisé dans la nouvelle politique de défense Protection, Sécurité, Engagement, publiée en juin 2017, les systèmes d’aéronefs télépilotés (SATP) font maintenant partie intégrante des opérations militaires modernes. Des aéronefs télépilotés, comme le CU-170 Heron de l’ARC et d’autres aéronefs sans pilote, ont été déployés au cours d’opérations militaires canadiennes et offrent plusieurs avantages, notamment la capacité de rester en vol beaucoup plus longtemps que les véhicules de surveillance stratégique actuels. L’utilisation d’aéronefs télépilotés réduit aussi les risques courus par les militaires des FAC qui font fonctionner l’appareil à distance et à partir d’un endroit moins dangereux, et permet de déterminer les menaces potentielles qui pourraient peser sur les militaires qui se trouvent dans la zone des opérations.

Les aéronefs télépilotés seront munis d’une large gamme de charges utiles et de capteurs qui détecteront les sujets d’intérêt au cours d’opérations tous temps, y compris dans l’Arctique, et qui pourront apporter leur concours à une large gamme de missions, de la surveillance continue aux missions de combat en passant par le soutien aux missions de recherche et de sauvetage. Les responsables du projet SATP prévoient que les aéronefs télépilotés peuvent, en fait, être employés dans le cadre des huit missions essentielles décrites dans la politique de défense.

Le projet

Bien que le nom ait changé, l’objectif du projet SATP reste d’offrir une capacité de renseignement, de surveillance, d’acquisition d’objectifs et de reconnaissance persistante à long rayon d’action. Le projet fera partie d’un réseau de systèmes de systèmes et pourra fournir des renseignements en temps quasi réel aux commandants tactiques, opérationnels et stratégiques, en soutien aux opérations au pays et aux opérations de déploiement. Au besoin, il pourra aussi fournir une capacité de frappe de précision en soutien aux opérations. Le projet vient compléter les capacités existantes des FAC, comme l’aéronef de patrouille à long rayon d’action CP-140 Aurora. Le projet SATP ne vise pas à remplacer des véhicules.

Le projet SATP en est actuellement au stade de l’analyse des options, c’est à dire l’étape qui doit permettre à la haute direction du ministère de prendre une décision éclairée quant à la meilleure façon de mettre en œuvre un projet afin de tenter d’atteindre la capacité indiquée d’une façon acceptable aux yeux du gouvernement. Au cours de cette phase, les options sont formulées, les coûts et les avantages sont évalués et une analyse de rentabilité est développée pour chacune des options.

La phase de définition d’un projet marque la transition entre la détermination de ce qui devrait être fait pour combler une insuffisance de capacité et la détermination de la façon dont l’option privilégiée sera mise en œuvre.

C’est au cours de cette phase que le projet est planifié. Les activités incluent notamment : l’exécution d’un examen détaillé des exigences du projet et d’une évaluation des risques, l’établissement des coûts et la planification de la phase de mise en œuvre et le choix de la stratégie d’approvisionnement privilégiée.

La capacité opérationnelle initiale, le moment où la capacité d’emploi de la ressource est d’abord atteinte, est prévue pour l’année financière 2025-2026, soit presque une décennie de retard par rapport à ce qui avait été prévue en 2006.

Les coûts sont évalués dans le cadre de la phase d’analyse des options et se préciseront au cours de la phase de définition. Le coût estimatif dépendra de la stratégie d’approvisionnement approuvée, de l’infrastructure et du type de véhicule choisi. Les coûts comprendront les capteurs, les éléments au sol et l’infrastructure connexes.

Aucune décision n’a été prise pour le moment quant au nombre d’appareils, mais l’Aviation royale canadienne estime que ce nombre sera suffisant pour répondre simultanément à trois lignes de missions.

Quelle utilisation ?

Au Canada, les systèmes d’aéronefs télépilotés renforceront la capacité de surveillance des approches maritimes et nordiques du Canada et appuieront les opérations de recherche et de sauvetage. Ils doivent également permettre aux Forces d’aider d’autres ministères en offrant du soutien à la sécurité lors d’événements spéciaux, comme les sommets internationaux, en apportant de l’aide aux autorités civiles, comme lors des incendies de forêt ou d’inondations, ainsi qu’en offrant du soutien aux opérations des autorités policières.

À l’étranger, les SATP pourront détecter, reconnaître, identifier et poursuivre des cibles d’intérêt dans des milieux complexes et s’intégrer aux systèmes nécessaires pour traiter et fusionner les informations recueillies en renseignement donnant un droit d’action.

Comme indiqué dans la nouvelle politique de défense, les futurs drones de l’Aviation royale canadienne auront une capacité de frappe de précision – c’est à dire qu’ils pourront être armés pour neutraliser une éventuelle menace.

Comme lors de l’utilisation de tout autre système d’armes, les aéronefs télépilotés seront utilisés par les FAC conformément aux lois nationales et internationales. Les opérations seront exécutées dans le strict respect des contrôles, procédures et règles d’engagement qui régissent l’utilisation de la force ou de toute autre arme. Tous ces systèmes seraient télépilotés par des militaires des FAC participant directement au processus de prise de décision de l’exécution d’une frappe. Cependant, les SATP ne seront armés que si cela est nécessaire pour la tâche attribuée.

Le SATP pourra être utilisé partout dans le monde, dans toutes les conditions météorologiques, à tout moment de la journée, et aura le rayon d’action et l’autonomie pour atteindre tout endroit dans l’espace aérien du Canada à partir de tout emplacement d’opérations adéquat. Le système devra aussi pouvoir fonctionner dans des milieux de faible à moyen risque, dans des contextes de collaboration avec d’autres ministères gouvernementaux et dans le cadre d’une coalition avec nos alliés.

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