Les États-Unis menacent le Soudan du Sud de rétorsion

Des soldats de la paix de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) effectuent un exercice de lutte anti-émeute dans la capitale Djouba. (ONU/ JC McIlwaine)
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Des soldats de la paix de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) effectuent un exercice de lutte anti-émeute dans la capitale Djouba en février 2016. (Archives/ONU/ JC McIlwaine)

Les États-Unis ont menacé mardi de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre du gouvernement du Soudan du Sud si ce pays ne met pas fin à une guerre de près de 4 ans et aux entraves mises aux missions des Casques bleus et des humanitaires.

« Ca suffit avec les mots », a lancé lors d’une réunion du Conseil de sécurité l’ambassadrice américaine Nikki Haley, qui s’est rendue en octobre au Soudan du Sud pour sermonner son président Salva Kiir.

« Les États-Unis sont prêts à adopter des mesures supplémentaires contre le gouvernement – ou quiconque d’autre – s’il n’agit pas pour mettre un terme aux violences et alléger les souffrances au Soudan du Sud », a ajouté la diplomate.

Elle n’a pas précisé la nature de ces mesures mais les États-Unis avaient l’an dernier fait pression sans succès pour imposer un embargo sur les armes à ce pays et des sanctions internationales à des responsables sud-soudanais.

« Les États-Unis jugeront le président Kiir et son gouvernement sur leurs actions, pas sur leurs mots », a insisté Nikki Haley.

Dans un rapport de l’ONU publié mardi, le gouvernement sud-soudanais est accusé d’utiliser l’entrave à l’aide humanitaire comme une arme de guerre dans ses combats contre des rebelles dans la ville de Wau (nord-ouest). Selon des humanitaires, entre janvier et septembre, 164 enfants et personnes âgées sont décédés de la faim et de maladie dans cette région.

Le Soudan du Sud a plongé dans la guerre civile en décembre 2013, deux ans et demi après son indépendance du Soudan, acquise grâce à un fort soutien américain. Le conflit, marqué par des atrocités, a fait des dizaines de milliers de morts et quelque 4 millions de déplacés.

La pleine mise en œuvre de l’accord de paix de 2015 est nécessaire pour améliorer la situation au Soudan du Sud selon l’ONU

La résolution du conflit au Soudan du Sud et l’amélioration de la situation humanitaire «catastrophique» dans plusieurs régions du pays passent par la pleine mise en œuvre de l’Accord de paix de 2015 et par l’acheminement «sans entrave» des travailleurs humanitaires aux populations dans le besoin, a déclaré la Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix, Bensitou Keita, mardi devant le Conseil de sécurité.

Mme Keita a relevé une augmentation des agressions contre les travailleurs humanitaires alors qu’environ six millions de personnes, soit la moitié de la population sud-soudanaise, sont en proie à la faim, près de deux millions d’entre elles étant « au bord de la famine ».

«Sur les plus de 200 incidents visant des acteurs humanitaires survenus en septembre et en octobre, près de 100 ont été attribués à des acteurs étatiques», a-t-elle signalé. Elle a également rappelé, qu’en 2017, pas moins de 19 travailleurs humanitaires ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions.

Bensitou Keita a averti que de nouveaux affrontements entre l’Armée populaire de libération du Soudan et les forces pro-Riek Machar de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition, et entre ces dernières et des éléments du Front de salut national de Thomas Carillo, feraient de nouvelles victimes civiles, provoqueraient de nouveaux déplacements, et, par conséquent, rendraient vaine toute recherche concertée d’une issue politique à la crise.

Dans son intervention, Mme Keita a également annoncé que le déploiement de la Force de protection régionale, qui dépend de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), serait achevé d’ici la fin de l’année.

*Avec AFP