Les femmes dans les Forces armées canadiennes

C'est en 1989 que le Canada a ouvert les postes de combat aux femmes ; 2001 à bord des sous-marins (Photo: Sergent Matthew McGregor, Canadian Forces Combat Camera © 2011 DND-MDN Canada)
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C’est en 1989 que le Canada a ouvert les postes de combat aux femmes ; 2001 à bord des sous-marins (Archives/Sergent Matthew McGregor/Canadian Forces Combat Camera)

Malgré plusieurs avancées, le rôle des femmes dans les forces armées continue encore aujourd’hui de faire débat dans plusieurs pays. À l’occasion de la Réunion 2017 sur le maintien de la paix de l’ONU, le Canada a décidé de faire avancer ce dossier par le biais de l’Initiative Elsie afin d’assurer une plus grande place pour les femmes dans les missions de maintien de la paix. Retour sur la place des femmes dans les Forces armées canadiennes (FAC).

En septembre dernier, le corps des Marines américains a accueilli une première femme officière, une nouvelle qui a fait grand bruit un peu partout. Si plusieurs y ont vu une évolution des mœurs au sein de l’armée américaine, voire de l’armée tout court, d’autres y ont vu un rattrapage des États-Unis sur le reste du monde. En effet, la Norvège possède déjà, depuis 2014, une unité de forces spéciales entièrement constituée de femmes, les Jegertroppen. De même, et sans que l’ensemble des postes de combats ne leur soit ouvert, les Forces de défense israéliennes sont célèbres pour la place que les femmes y occupent. Même la Suède, lors de la restauration de la conscription, a décidé que tant les hommes que les femmes y seraient soumis.

Du côté du Canada, après avoir essentiellement eu un rôle de soutien pour la majeure partie de son histoire, l’armée canadienne a finalement ouvert l’ensemble des postes de combat aux femmes en 1989, à l’exception des sous-marins qui seront ouverts en 2001. Il y a plus d’un an, Jennie Carignan sera même devenue la première brigadière-générale des Forces, devenant du même coup chef d’État-major des opérations de l’Armée, après avoir dirigé le collège militaire de St-Jean. Bref, au Canada, les femmes savent qu’elles peuvent avoir une carrière très prometteuse dans les FAC.

En parallèle, le Canada aura adopté une nouvelle politique étrangère cet été où la tangente « féministe » est explicite. C’est dans ce contexte qu’on doit placer l’Initiative Elsie du gouvernement Trudeau, afin de promouvoir une hausse des effectifs féminins portant le fameux casque bleu. Si on regarde les chiffres, leur part est effectivement très basse, constituant moins de 5% des troupes déployées (et 22% des effectifs civils). Pourtant, les avantages d’avoir plus de femmes dans ces missions sont nombreux. Premièrement, et comme le démontrent plusieurs armées occidentales (et même certains groupes paramilitaires comme les FARC ou les Kurdes), les femmes sont en mesure de réaliser les mêmes tâches militaires que leurs collègues masculins. Cela permet donc de bénéficier d’un bassin encore plus large de troupes dans lesquelles puiser des Casques bleus. Deuxièmement, plusieurs missions de maintien de la paix ont lieu dans des pays où les cultures sont plus « traditionnelles », où il y a une plus forte ségrégation dans les interactions sociales (autrement dit, où il est souvent plus mal vu qu’un homme discute avec une femme qu’il ne connait pas). Davantage de femmes Casques bleus permet inévitablement de briser ces barrières sociales, assurant ainsi que les Casques bleus déployés ont un meilleur contact avec la population locale. Troisièmement, plus de femmes permet de briser une culture machiste encore trop présente dans plusieurs armées, culture qui se répercute jusque dans le maintien de la paix. Dans les cas les plus extrêmes, l’ONU reconnait que certaines de ses missions sont le théâtre de prostitution, tant de femmes adultes que d’enfants.

L’Initiative Elsie mise de l’avant par le Canada permet donc de donner un volet « militaire » à sa politique étrangère féministe. Pour autant, il ne faut pas oublier aussi la culture au sein des FAC à l’endroit des femmes! Malgré le brillant exemple de la brigadière-générale Carignan, l’affaire Stéphanie Raymond aura mis en lumière certaines dérives institutionnalisées parmi les Forces à l’égard des femmes. Suite au tollé médiatique québécois, puis canadien, de cette affaire, l’État-major canadien, le général Vance en tête, aura fini par mettre sur pied des mesures institutionnelles pour répondre à cette crise interne. Une Équipe d’intervention en cas d’infraction sexuelle a d’abord été mise en place il y a un an, afin de mieux gérer (et de façon indépendante, enfin!), les plaintes d’infraction sexuelle. En parallèle, l’Op HONNEUR a été lancé afin de lancer un changement de culture dans les rangs.

Que ce soit à l’international ou au pays, ces initiatives sont les bienvenues afin d’assurer aux femmes en uniforme un cadre de travail qui soit aussi sain et stimulant que pour leurs confrères d’armes. Si les résultats se font encore attendre, il faut malgré tout saluer ces efforts pour ce qu’ils sont, de véritables tentatives de changer les choses. Ça va prendre du temps, mais au moins c’est un départ.