Liban: le président Aoun se félicite du «retour prochain» de Hariri

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Saad Hariri lors d’une conférence de presse à Paris le 1er septembre 2017. (AFP/Archives/ludovic MARIN)

Le président libanais Michel Aoun s’est félicité lundi du « retour prochain » du Premier ministre Saad Hariri, resté en Arabie saoudite depuis l’annonce de sa démission surprise il y a plus d’une semaine.

M. Hariri a annoncé dimanche soir qu’il allait rentrer « très bientôt » au Liban, alors que l’ensemble de la classe politique libanaise s’interrogeait depuis sa démission sur sa liberté de mouvement.

M. Aoun avait lui-même assuré dimanche que la « liberté » de M. Hariri avait été « restreinte » en Arabie saoudite.

Il attend le retour du Premier ministre pour se prononcer sur sa démission, annoncée depuis Ryad le 4 novembre.

« Je me réjouis de l’annonce faite par M. Hariri concernant son retour prochain au Liban », a indiqué sur son compte Twitter le président Aoun.

Nous pourrons discuter « de sa démission, de ses causes et des préoccupations à prendre en compte », a-t-il ajouté, dans un communiqué de la présidence.

Dans un entretien dimanche soir avec une chaîne de télévision libanaise, M. Hariri a assuré qu’il pourrait atterrir au Liban d’ici « deux ou trois jours » pour « entamer les procédures constitutionnelles nécessaires » à sa démission.

L’annonce de sa démission choc avait très rapidement été perçue comme un nouveau bras de fer entre l’Arabie saoudite sunnite, important soutien de M. Hariri, et l’Iran chiite, grand allié du Hezbollah libanais.

Le chef du gouvernement a plusieurs fois dénoncé les ingérences de l’Iran et du Hezbollah dans les conflits qui ravagent le Moyen-Orient, notamment en Syrie, voisine du Liban, et au Yémen.

Le Premier ministre a toutefois laissé entendre qu’il pourrait « revenir sur sa démission », si tous les acteurs libanais respectaient « une politique de distanciation » vis-à-vis des conflits régionaux, en particulier la guerre en Syrie.

L’UE ne veut « aucune interférence extérieure » au Liban, a affirmé lundi sa cheffe de la diplomatie Federica Mogherini, sans toutefois désigner l’Iran ou l’Arabie saoudite d’où le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé sa démission, provoquant une grave crise politique.

« Nous ne voulons d’aucune interférence extérieure » au Liban et « nous jugeons qu’il est essentiel d’éviter d’importer au Liban des conflits régionaux, des dynamiques régionales, des tensions régionales qui doivent rester en dehors du pays », a martelé Mme Mogherini à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 28 pays de l’UE à Bruxelles.

La Haute représentante de l’UE pour les affaires extérieures a précisé qu’elle recevrait mardi matin à Bruxelles le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil.

« Le Liban risque de retomber dans de graves confrontations politiques et peut-être militaires. Afin de prévenir ceci, nous avons en particulier besoin du retour (au Liban) du Premier ministre actuel, d’une réconciliation dans le pays et d’empêcher une influence de l’extérieur », avait insisté lundi matin le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel.

Le Liban « ne doit pas devenir un jouet de (…) la Syrie, de l’Arabie saoudite ou d’autres », avait-il estimé.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a de son côté appelé à la « non-ingérence » au Liban, sans toutefois nommer l’Iran et l’Arabie saoudite, d’où M. Hariri a annoncé sa démission surprise le 4 novembre.

– ‘Non-ingérence’ –

« Pour qu’il y ait une solution politique au Liban, il faut que chacun des responsables politiques ait évidemment sa totale liberté de mouvement et que la non-ingérence soit un principe de base », a déclaré M. Le Drian en arrivant à la réunion des chefs de la diplomatie des 28.

« Pour l’instant », M. Hariri « déclare être libre de ses mouvements, nous n’avons pas de raison de ne pas le croire », a-t-il ajouté.

Mais « nous sommes préoccupés de la situation au Liban (…) nous sommes soucieux de sa stabilité, (…) de son intégrité, nous sommes soucieux de la non-ingérence et soucieux de la constitution libanaise », a-t-il martelé.

La porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès Romatet-Espagne, a ensuite précisé que cet appel visait l’ensemble des acteurs régionaux impliqués dans la crise libanaise. « Nous souhaitons que tous ceux qui exercent une influence au Liban permettent aux acteurs politiques de ce pays d’exercer pleinement leurs responsabilités », a-t-elle souligné.

Saad Hariri a assuré dimanche qu’il allait rentrer « très bientôt » dans son pays, assurant être « libre » en Arabie saoudite. Lors d’un entretien avec la chaîne de télévision libanaise Future, M. Hariri a une nouvelle fois appelé l’Iran à ne pas s’ingérer dans les affaires du Liban et des pays arabes.

– Retour d’Hariri –

Dimanche, le président libanais Michel Aoun a estimé que « la liberté de M. Hariri a été restreinte » en Arabie saoudite.

Lorsqu’il avait annoncé depuis Ryad sa démission, dans un discours diffusé par la chaîne à capitaux saoudiens Al-Arabiya, le chef du gouvernement libanais avait dénoncé la « mainmise » de l’Iran et du Hezbollah, le puissant mouvement chiite membre de son gouvernement et proche de Téhéran, sur les affaires intérieures du Liban.

Son geste a très rapidement été perçu comme un nouveau bras de fer entre l’Arabie saoudite sunnite, important soutien de M. Hariri, et l’Iran chiite, grand allié du Hezbollah libanais.

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a accusé vendredi l’Arabie saoudite de « détenir » M. Hariri, qui a la double nationalité saoudienne et libanaise, et assuré que sa démission lui avait été dictée par Ryad.

« En tant qu’amis du Liban, nous tenons plus que tout à la stabilité de ce pays », a souligné Mme Mogherini. « Nous appelons les forces politiques (du pays) à se concentrer sur le Liban et sur ce qu’ils peuvent apporter aux citoyens (et exhortons) le Premier ministre Hariri à retourner dans le pays », a-t-elle insisté.

Lundi, le chef de l’État a indiqué avoir « pris note » du fait que le chef du gouvernement pourrait « revenir sur sa démission ».

La crise politique fait craindre que le Liban, pays aux équilibres communautaires fragiles, ne plonge dans de nouvelles violences.

Grâce à un accord conclu entre les différents partis, le Liban s’était doté en 2016 d’un président et d’un Premier ministre, mettant un terme à une longue période d’instabilité politique.

Samir Geagea, le chef chrétien maronite des forces libanaises (droite chrétienne), a estimé que cet accord pouvait être sauvé « si le gouvernement respecte de manière concrète et palpable la politique de distanciation ».

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a appelé lundi à la « non-ingérence » au Liban, sans toutefois nommer aucune des deux puissances régionales.

De son côté, Téhéran a espéré que M. Hariri allait rentrer « le plus tôt possible au Liban », jugeant sa démission « soudaine et suspecte ».

« Nous n’intervenons jamais dans les affaires intérieures des autres pays », a assuré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi, cité par les médias officiels.

À Ryad, M. Hariri a rencontré les ambassadeurs d’Allemagne et de Grande-Bretagne, ainsi que le chef de la délégation de l’Union européenne en Arabie saoudite.

La France a salué lundi une « certaine détente » après l’annonce par le Premier ministre démissionnaire libanais Saad Hariri qu’il rentrerait prochainement au Liban, tout en avertissant qu’elle engagerait d’autres « initatives » en lien avec l’Onu si la crise libanaise n’est pas rapidement débloquée.

« Il y a une certaine détente depuis l’intervention télévisée dimanche soir de Saad Hariri », a relevé la présidence française.

Saad Hariri a alors assuré qu’il allait rentrer « très bientôt » dans son pays, assurant être « libre » en Arabie saoudite où il se trouve depuis sa démission surprise le 4 novembre, et a une nouvelle fois appelé l’Iran à ne pas s’ingérer dans les affaires du Liban et des pays arabes.

« Nous restons très vigilants. Nous allons voir ce qu’il va vraiment se passer dans les jours qui viennent et continuerons à prendre les initiatives auxquelles nous pensons pour un avenir proche, notamment en lien avec le secrétaire général des Nations Unies », a ajouté la présidence française.

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu dimanche par téléphone de ces « initiatives » avec le secrétaire général de l’ONU Antonio Gutteres et les deux dirigeants ont convenu de faire le point mercredi en marge de la COP23 sur le climat à Bonn.

« Ces initiatives dépendront de l’évolution (de la crise), les choses bougent beaucoup », a-t-on ajouté de même source, sans plus de précisions, tout en relevant qu’une démarche au Conseil de sécurité de l’ONU n’était « pas pour l’instant articulée ».

MM. Macron et Gutteres ont « envisagé les initiatives qu’il fallait prendre pour à la fois rassurer les Libanais, assurer la stabilité au Liban et préserver le Liban de ces environnements régionaux qui pourraient être déstabilisants », a indiqué la présidence française.

Emmanuel Macron recevra par ailleurs mardi le ministre libanais des Affaires étrangères Gebran Bassil, sur « proposition » du président libanais Michel Aoun. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian se rendra quant à lui jeudi à Ryad.

La condition d’une sortie de crise passe par un retour de Saad Hariri au Liban, a insisté Paris. Il faut qu’il puisse « remettre sa démission au chef de l’État, s’il veut effectivement démissionner, à moins qu’il ait changé d’avis entretemps », a souligné l’Élysée.

La France est contre « toutes les ingérences » dans la crise libanaise, a poursuivi la présidence, en relevant qu’elle ne venaient « pas seulement d’un pays ».

Dimanche, le président libanais Michel Aoun a estimé que « la liberté de M. Hariri a été restreinte » en Arabie saoudite au moment où l’ensemble de la classe politique libanaise s’interroge sur la liberté de mouvement du chef du gouvernement.

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