Washington menace de «détruire» le régime nord-coréen «en cas de guerre»

Photo prise le 29 août 2017 et fournie le 30 août par l'agence officielle nord-coréenne KCNA d'un tir de missile nord-coréen Hwasong-12 dans un endroit non précisé. (KCNA VIA KNS/AFP)
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Photo prise le 29 août 2017 et fournie le 30 août par l’agence officielle nord-coréenne KCNA d’un tir de missile nord-coréen Hwasong dans un endroit non précisé. (Archives/KCNA VIA KNS/AFP)

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’apprête à accentuer sa pression sur la Corée du Nord après l’essai d’un nouveau type de missile pouvant frapper n’importe où aux États-Unis et sa revendication d’être devenu un État nucléaire à part entière.

Les États-Unis pour leur part appellent tous les pays à couper leurs relations avec Pyongyang et menace de détruire la Corée du Nord en cas de guerre.

Ce tir, le premier effectué par Pyongyang depuis le 15 septembre, constitue un camouflet pour le président américain Donald Trump qui avait assuré que le développement de telles capacités « n’arriverait pas ».

Lors d’une réunion mercredi à partir de 21H30 GMT consacrée à la Corée du Nord, plusieurs membres du Conseil « devraient appeler à de nouvelles mesures » coercitives, selon son président en exercice, l’ambassadeur italien Sebastiano Cardi.

Peu après le tir du missile intercontinental nord-coréen, qui a atteint une altitude inédite, Washington avait annoncé vouloir de nouvelles sanctions internationales dont « le droit d’interdire le trafic maritime transportant des biens vers et depuis la Corée du Nord ».

Le Conseil de sécurité en est à huit trains de sanctions contre la Corée du Nord pour contraindre ce pays à suspendre ses programmes d’armements balistiques et nucléaires, jugés menaçants pour le monde. Les deux derniers ont été adoptés après des tirs de missiles intercontinentaux et un sixième essai nucléaire: le 5 août pour interdire les importations de charbon, fer et pêche nord-coréens et le 11 septembre pour bannir les importations de textile et limiter l’approvisionnement de Pyongyang en pétrole.

Le 5 octobre, se fondant sur la résolution du 5 août, l’ONU a identifié et interdit de ports dans le monde quatre navires, soupçonnés d’avoir transgressé ses interdits, une première dans l’Histoire des Nations unies.

« Il y a encore de la marge pour de nouvelles sanctions », indique Sebastiano Cardi, qui doit présenter à ses collègues un rapport trimestriel sur l’application des mesures coercitives exercées à l’encontre de Pyongyang. « Les sanctions fonctionnent » mais « on peut faire mieux », affirme-t-il. L’attitude de la Chine, premier partenaire économique de la Corée du Nord, est cruciale à cet égard.

La France a réclamé une « application complète » des sanctions et qu’elles soient « renforcées ». « La faiblesse n’est pas une option », a souligné l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre, en parlant d’une menace « mondiale ».

Tout en reconnaissant une « provocation », la Russie a appelé toutes les parties « à garder leur calme », tandis que la Chine réclamait à Pyongyang et Washington l’apaisement et un dialogue.

La Russie juge qu’il «n’y a pas de solution militaire» à cette crise, a déclaré l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia. «La Russie ne peut accepter un statut nucléaire pour la Corée du Nord», a-t-il souligné, en appelant à revoir l’approche de l’ONU dans ce dossier au vu des expériences militaires nord-coréennes qui se poursuivent. «Il n’y a pas de solution militaire» à cette crise, a-t-il insisté.

Moscou et Pékin sont dotés d’un droit de veto à l’ONU. Les deux dernières résolutions de sanctions avaient été approuvées à l’unanimité. Le dernier tir d’un missile balistique nord-coréen à la mi-septembre s’était soldé par une simple condamnation verbale du Conseil de sécurité, sans sanctions.

Washington a promis mercredi de nouvelles sanctions bilatérales. Obtenir une nouvelle résolution de sanctions de l’ONU demande plus de temps. Pour celle du 5 août, les États-Unis avaient négocié pendant un mois avec la Russie et la Chine. Pour celle du 11 septembre, une semaine avait suffi à Washington.

Le succès du nouveau tir nord-coréen a été annoncé par la présentatrice favorite du régime, Ri Chun-Hee: « Kim Jong-Un a déclaré avec fierté que nous avons finalement réalisé notre grande cause historique, l’achèvement d’une force nucléaire d’État, la mise au point d’une puissance balistique ».

La presse officielle a parlé de l’arme la plus sophistiquée à ce jour, un ICBM Hwasong-15. Selon l’agence KCNA, ce missile, équipé d’une ogive lourde extra-large, est capable de frapper la totalité du territoire continental américain.

D’après Pyongyang, l’engin a atteint une altitude de 4.475 kilomètres avant de s’abîmer à 950 kilomètres du site de lancement. Sa trajectoire en cloche, à la verticale, suggère qu’il avait en fait une portée de 13.000 kilomètres, suffisante pour frapper partout aux Etats-Unis, estiment certains spécialistes.

Des scènes de liesse ont été observées dans la capitale nord-coréenne étroitement contrôlée, où des habitants se sont réunis devant un écran géant pour regarder les informations.

Pyongyang doit encore démontrer qu’il maîtrise la technologie de rentrée des ogives dans l’atmosphère depuis l’espace. Mais les spécialistes estiment que la Corée du Nord est au moins sur le point de développer une capacité de frappe intercontinentale opérationnelle.

La Corée du Nord affirme que ses programmes d’armement conventionnels et atomiques visent à dissuader toute attaque américaine contre elle. En septembre, Donald Trump avait menacé de « détruire » ce pays si les États-Unis étaient attaqués.

Parmi les sorties de crise possibles, Pékin et Moscou militent pour un « double moratoire », le gel des exercices militaires conjoints entre Washington et Séoul contre le gel des programmes militaires nord-coréens. Mais les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont rejeté cette possibilité.

Washington menace de «détruire» le régime nord-coréen «en cas de guerre»

Les États-Unis pour leur part appellent tous les pays à couper leurs relations diplomatiques et commerciales avec la Corée du Nord, a déclaré mercredi l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, en menaçant de «détruire complètement» le régime nord-coréen «en cas de guerre».

Avec son dernier tir de missile intercontinental, la Corée du Nord «a choisi l’agression» plutôt qu’un processus pacifique. «Si la guerre vient, ne vous y trompez pas: le régime nord-coréen sera détruit complètement», a lancé la diplomate, lors d’une réunion du Conseil de sécurité convoquée en urgence sur le dossier nord-coréen.

«Il faut continuer à traiter la Corée du Nord comme un paria», a aussi réclamé Nikki Haley, en exhortant la Chine, premier partenaire économique de la Corée du Nord, à cesser toute livraison de pétrole au régime nord-coréen. Pyongyang continue «d’obtenir des produits dérivés du pétrole grâce à des transferts de navire à navire en mer», a dénoncé la diplomate américaine.

Le dernier tir nord-coréen d’un missile intercontinental à une portée inédite constitue un camouflet pour Donald Trump qui avait assuré que le développement de telles capacités «n’arriverait pas». C’est «un jeune chien dérangé», a lancé mercredi le président américain en parlant de son homologue nord-coréen Kim Jong-un, avec qui les échanges d’insultes sont devenus monnaie courante.

Peu après le tir du missile intercontinental nord-coréen, qui a atteint une altitude inédite, Washington avait annoncé vouloir de nouvelles sanctions internationales. Mais Nikki Haley n’a pas évoqué lors de son intervention la mise en chantier d’une nouvelle résolution de sanctions.