Tir de missile: États-Unis et Canada convoquent une réunion du commandement de l’ONU pour la Corée

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Photographie prise le 4 juillet 2017 par l'agence officielle nord-coréenne KCNA, montrant un tir de missile balistique intercontinental par la Corée du Nord. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)
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Photographie prise le 4 juillet 2017 par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, montrant un tir de missile balistique intercontinental par la Corée du Nord. (Archives/KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Remis à jour 28/11/2017 à 18h35

Après le nouveau tir de missile balistique nord-coréen, Ottawa a annoncé une réunion sous peu des ministres des Affaires étrangères au Canada, en partenariat avec les États-Unis, pour contrer cette « menace des plus pressantes à la sécurité internationale », sans préciser tout de suite la date et le lieu de cette rencontre qui seront « annoncés en temps voulu » alors qu’à Washington le département d’État annonçait une réunion du commandement des Nations-Unies pour la Corée en partenariat avec le Canada.

Le Commandement des Nations unies en Corée (United Nations Command) est la structure de commandement unifié pour les forces militaires multinationales qui ont soutenu la Corée du Sud pendant et la soutiennent encore.

Le Canada ne peut être indifférent à ce qui se passe dans la péninsule coréenne: outre la menace que fait planer aujourd’hui le problème nord-coréen sur la planète, plus de 26 000 Canadiens ont servi pendant la guerre de Corée (25 juin 1950 – 27 juil. 1953), y compris les marins de huit destroyers et les aviateurs qui ont pris part à de nombreuses missions de combat et de transport. En matière d’envoi de troupes, la contribution du Canada fut plus importante que celle de la plupart des autres nations, si on l’évalue en proportion de sa population.

De plus, s’il s’agit de ramener Pyongyang à la table des négociations, la réputation et la crédibilité du Canada sur la scène internationale en font un partenaire précieux.

Aujourd’hui, La Corée du Nord a effectué un nouveau tir de missile balistique, le premier depuis plus deux mois, dans un nouvelle provocation vis-à-vis de la communauté internationale qui veut la dénucléarisation de la péninsule et qui a renforcé les sanctions contre Pyongyang.

Le missile, dont le type n’a pas été identifié dans l’immédiat, a été tiré vers l’est depuis la province du sud Pyongan, a indiqué l’agence sud-coréenne de presse Yonhap, précisant que les militaires sud-coréens et américains analysaient les données.

« Vers 13H30 (18H30 GMT) nous avons détecté un probable tir de missile en provenance de Corée du Nord », a confirmé à Washington le porte-parole du Pentagone, le colonel Rob Manning.

Le président américain Donald Trump, qui « a été informé de la situation en Corée du Nord tandis que le missile était encore en vol », devait s’exprimer sur la question à 20H00 GMT, selon la Maison Blanche, mais, »On va s’en occuper. », a simplement réagi le président américain.

Le secrétaire d’État Rex Tillerson a déclaré pour sa part mardi après le tir de missile que les États-Unis estiment que les « options diplomatiques » pour résoudre la crise nucléaire avec la Corée du Nord restent « sur la table, pour l’instant ».

Dans une déclaration lue par sa porte-parole à Washington, Heather Nauert, il a appelé la communauté internationale à « prendre de nouvelles mesures » au-delà des sanctions déjà adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU, « y compris le droit d’interdire le trafic maritime transportant des biens vers et depuis la Corée du Nord ».

[toggle title= »LE TEXTE DE LA DÉCLARATION DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT REX TILLERSON APRÈS LE RÉCENT TIR DE MISSILE NORD-CORÉEN » load= »hide »]

Press Statement
Rex W. Tillerson
Secretary of State
Washington, DC
November 28, 2017

The United States strongly condemns North Korea’s launch of what is likely an intercontinental ballistic missile into the Sea of Japan, indiscriminately threatening its neighbors, the region and global stability.

The D.P.R.K.’s relentless pursuit of nuclear weapons and the means to deliver them must be reversed. Together the international community must continue to send a unified message to North Korea that the D.P.R.K. must abandon its WMD programs. All nations must continue strong economic and diplomatic measures. In addition to implementing all existing UN sanctions, the international community must take additional measures to enhance maritime security, including the right to interdict maritime traffic transporting goods to and from the D.P.R.K.

The United States, in partnership with Canada, will convene a meeting of the United Nations Command Sending States to include the Republic of Korea and Japan and other key affected countries to discuss how the global community can counter North Korea’s threat to international peace.

Diplomatic options remain viable and open, for now. The United States remains committed to finding a peaceful path to denuclearization and to ending belligerent actions by North Korea.

(Source: Department of State)[/toggle]

Le président américain Donald Trump s’est toutefois entretenu un peu plus tard mardi avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe après le tir de missile effectué par la Corée du Nord et la Maison Blanche a publié sur Twitter une image de M. Trump en conversation téléphonique avec M. Abe « à propos du lancement par la Corée du Nord d’un missile balistique intercontinental dans la mer du Japon ».

Une réunion en urgence du Conseil de sécurité sur la Corée du Nord, demandée par Washington, Tokyo et Séoul se tiendra également mercredi vers 21H30 GMT, a annoncé mardi la mission américaine auprès de l’ONU.

Le Canada privilégie la voie diplomatique

Le Canada, qui a convoqué en partenariat avec les États-Unis une réunion du commandement des Nations-Unies pour la Corée, a condamné avec la plus grande fermeté les lancements répétés de missiles à la suite du lancement du missile balistique par la Corée du Nord.

«Le Canada condamne avec la plus grande fermeté les lancements répétés de missiles balistiques par la Corée du Nord, en violation directe de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce tout dernier lancement est un acte irresponsable et dangereux qui menace la sécurité régionale et mondiale. », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

«Le Canada demeure résolu à apporter un soutien au Japon, à la Corée du Sud et à d’autres partenaires dans la région. Le Canada appuie totalement les efforts régionaux et internationaux déployés afin d’adresser la menace nord-coréenne, y compris par l’imposition de sanctions pour amener la Corée du Nord à renoncer à ses programmes de missiles balistiques et à ses programmes nucléaires. », d’ajouter Mme Freeland. »Les programmes nucléaires et de missiles balistiques de la Corée du Nord représentent une menace directe pour la planète. Cette menace ne peut être tolérée. »

À l’instar de son homologue américain et de l’ensemble de la communauté internationale, les cheffe de la diplomatie canadienne privilégie toutefois la solution diplomatique: «Dans le contexte de provocations continues de la part de la Corée du Nord, j’ai discuté à de nombreuses reprises avec mes homologues des États-Unis, de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon, entre autres, y compris pendant ma visite en Asie ce mois-ci. » et «Le Canada estime qu’une solution diplomatique à la crise avec la Corée du Nord est essentielle et possible. »

C’était le premier tir depuis le 15 septembre

Le tir nord-coréen intervient huit jours après la décision de Washington de réinscrire la Corée du Nord sur la liste noire des « États soutenant le terrorisme », un geste qualifié de grave provocation par Pyongyang et aussi par Moscou.

Plus tôt dans la journée de mardi, Séoul avait fait état de signes d’activité sur une base de missiles nord-coréenne. Un radar de traçage de missiles a été mis en service lundi sur une base nord-coréenne non identifiée et le trafic télécoms s’est intensifié, selon une source gouvernementale citée par Yonhap.

« Il est vrai que des mouvements actifs ont été décelés sur une base de missiles nord-coréenne », a dit cette source. « Des signaux comme ceux repérés lundi ont été détectés fréquemment ».

Le gouvernement japonais était lui aussi en état d’alerte après avoir détecté des signaux radio faisant craindre un tir de missile, selon l’agence japonaise Kyodo. Les prémices d’un possible tir, source d’inquiétude pour les marchés, ont plombé la Bourse de Tokyo.

En réaction à ce tir, l’armée sud-coréenne a effectué un essai de « frappe de précision », selon Yonhap, citant l’état-major sud-coréen.

Ce nouvel tir de missile balistique nord-coréen intervient après une pause de plus de deux mois. Le 3 septembre, la Corée du Nord menait son sixième essai nucléaire, le plus puissant à ce jour, qui concernait selon les autorités nord-coréennes une bombe H suffisamment petite pour équiper un missile.

Le 15 septembre, moins d’une semaine après l’adoption par l’ONU d’une huitième série de sanctions, Pyongyang tirait un missile balistique au dessus du Japon, sur une distance de 3.700 km, selon Séoul.

L’absence de test de missile depuis avait soulevé l’espoir que le durcissement des sanctions de l’ONU portait ses fruits.

D’autant que les États-Unis ont incité le reste de la communauté internationale à prendre des mesures unilatérales.

Washington a notamment demandé à la Chine, principal soutien économique de la Corée du Nord, de lâcher définitivement son voisin. Donald Trump s’est montré confiant à cet égard après sa récente visite à Pékin, malgré le scepticisme de nombreux observateurs.

Les États-Unis espèrent qu’une fois totalement isolé, soumis à un blocus économique draconien et sous la menace de l’option militaire souvent brandie par le président américain, Kim Jong-Un finira par accepter des négociations sur son programme nucléaire.

Mais la plupart des experts estiment que le régime ne renoncera jamais à l’arme atomique, qu’il considère comme son assurance-vie.

*Avec AFP