Retour aux années de la Guerre froide: devant la menace nord-coréenne Ottawa rouvre deux bunkers

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Photo prise le 29 août 2017 et fournie le 30 août par l’agence officielle nord-coréenne KCNA d’un tir de missile nord-coréen Hwasong dans un endroit non précisé. (Archives/KCNA VIA KNS/AFP)

Le Bureau du Conseil privé a rédigé, il y a un an, une entente avec la Défense nationale afin de mettre à la disposition du cabinet du premier ministre les bunkers de deux bases militaires dans l’éventualité où la région de la capitale nationale devenait «non viable», écrit aujourd’hui le journalistes spécialisé en matière de défense Murray Brewster, rédacteur principal de la défense pour CBC News, basé à Ottawa.

Chacun des emplacements mis à disposition du cabinet du premier ministre est consigné dans le document d’information daté du 2 août 2016, les deux sites y étant simplement désignés sous le nom de «sites Alpha et Bravo», écrit le journaliste chevronné qui couvre la politique militaire et étrangère du Canada depuis la colline du Parlement pendant plus d’une décennie.

L’entente s’inscrit dans le cadre d’un plan général du gouvernement fédéral afin d’assurer la «Continuité du gouvernement constitutionnel». Le plan vise à « assurer une interruption minimale, voire nulle, de la disponibilité des services essentiels » lors d’une urgence ou d’une catastrophe naturelle à Ottawa.

Le gouvernement fédéral dispose depuis longtemps de plans d’urgence pour diverse diverses situations d’urgence tels des tremblements de terre, des inondations ou des attaques terroristes, mais le retour à des scénarios digne de l’époque de la Guerre froide est récent.

Le tunnel du « Diefenbunker » destiné à abriter fonctionnaires du gouvernement canadien et officiers de l’armée en cas d’attaque nucléaire pendant le Guerre froide. (Musée canadien de la Guerre froide)

L’idée d’un missile frappant notre territoire était omniprésente dans l’esprit des responsables de la Défense jusqu’à la fin de la Guerre froide, au début des années 1990, mais elle était tombée en désuétude avec la fin de celle-ci.

Au plus fort de l’affrontement avec l’ex-Union soviétique, les militaires canadiens disposaient d’une série de bunkers dans lesquels le cabinet fédéral pouvait se réfugier, y compris le complexe souterrain de la base des Forces canadiennes de North Bay, en Ontario, et celui de la base militaire de Calgary, en Alberta, qui est maintenant désaffectée et, bien sûr, le célèbre « Diefenbunker ».

Le « Diefenbunker » était un bunker souterrain de quatre étages, d’une superficie de 10 000 mètres carrés (100 000 pieds carrés) construit entre 1959 et 1961. Pendant la Guerre froide, en cas de guerre nucléaire, il était destiné à abriter 535 fonctionnaires du gouvernement canadien et les officiers de l’armée. Il a été la Station des Forces armées canadiennes Carp jusqu’en 1994.

Le gouvernement du premier ministre conservateur John Diefenbaker(21 juin 1957 au 22 avril 1963) est aussi le premier à avoir mené un exercice d’entraînement à grande échelle pour tester son plan d’urgence visant à évacuer Ottawa en décembre 1959. Un avion de transport North Star et un hélicoptère Labrador ont été mis en attente pendant 30 minutes pour évacuer les ministres et les hauts fonctionnaires du gouvernement du côté est de la pelouse de la colline du Parlement vers la base aérienne de Rockcliffe, alors que autres fonctionnaires devaient être transportés hors de la ville en autobus.

Depuis la fin de la guerre froide toutefois, si on envisageait l’éventualité d’un attaque nucléaire, c’était plutôt sous la forme d’une attaque terroriste à la bombe sale et non plus sous la forme d’une attaque de missiles pouvant détruire des villes entières, faisant des dizaines de milliers de morts.

Mais Pyongyang affirme être maintenant un État nucléaire capable de frapper tout le continent américain.

«Le système d’armes de type ICBM Hwasong-15 est un missile intercontinental équipé d’une ogive lourde extra-large capable de frapper la totalité du continent américain», selon l’agence officielle nord-coréenne KCNA et des spécialistes occidentaux ont jugé que sa trajectoire en cloche, à la verticale, suggérait qu’il avait en fait une portée de 13.000 kilomètres, soit la plus longue pour un missile testé par la Corée du Nord, ce qui mettrait chacune des principales principales nord-américaines à sa portée.

Selon NUKEMAP, un site qui combine les données de Google Maps et les renseignements accessibles sur les armes nucléaires, la destruction sur Ottawa après une explosion à une altitude de détonation de 670 m. de seulement 10 kilotonne, ce qui correspond au test nucléaire nord-coréen de 2013, serait déjà terrifiante.

Rayon de boule de feu: 150 m (0.07 km²)
Taille maximale de la boule de feu nucléaire; La pertinence pour les effets vécus dépend de la hauteur de la détonation. Si elle touche le sol, la quantité de retombées radioactives est significativement augmentée. Hauteur minimale d’éclatement pour retombées négligeables: 140 m.

Rayon de rayonnement (500 rem): 1,05 km (3,49 km²)
Dose de rayonnement de 500 rem; sans traitement médical, on peut s’attendre à une mortalité entre 50% et 90% des effets aigus seuls. Mourir prend entre plusieurs heures et plusieurs semaines.

Rayon de souffle de l’air (5 psi): 1.51 km (7.21 km²)
À 5 psi de surpression, la plupart des bâtiments résidentiels s’effondrent, les blessures sont universelles, les décès sont généralisés. La hauteur optimale d’éclatement pour maximiser cet effet est de 0,67 km.

Rayon de rayonnement thermique (brûlures du 3ème degré): 1.53 km (7.34 km²)
Les brûlures du troisième degré s’étendent à travers les couches de la peau et sont souvent indolores car elles détruisent les nerfs de la douleur. Ils peuvent causer de graves cicatrices ou une invalidité, et peuvent nécessiter une amputation. 100% de probabilité de brûlure au 3e degré à ce rendement est de 8,4 cal / cm2.

Certes, le radar du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) détecterait tout missile balistique intercontinental, nous donnant un délai d’avertissement de 25 minutes, mais depuis les années 1980 il n’y a plus aucun plan gouvernemental pour réduire le nombre de victimes en cas d’attaque nucléaire.

La montée des tensions internationales comme la course à l’armement nucléaire de la Corée du Nord vont donc selon toute vraisemblance obliger les fonctionnaires à réviser et revoir une série de plans d’urgence.

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