Suicides dans les FAC: des taux élevés, mais les déploiements ne seraient plus un facteur majeur

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Publiant aujourd’hui le rapport annuel du médecin général sur la mortalité par suicide, le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes (FAC) confirment que 15 militaires de la force régulière se sont suicidés au cours de l’année 2016.

Les taux restent élevés, particulièrement chez les hommes de l’Armée de terre, mais les antécédents de déploiement comme étant éventuel facteur de risque de suicide dans les FAC paraissent être en déclin.

Ce sont 14 hommes et une femme des Forces régulières qui se sont suicidés en 2016 – soit le même triste bilan qu’en 2015.

Contrairement à des rapports antérieurs, le rapport 2017 ne dévoile toutefois pas le nombre de réservistes qui se sont enlevés la vie en 2016.

Entre 2015 et 2016, le taux brut de suicide chez les hommes de la Force régulière s’élevait à 24,8 pour 100 000, soit le taux brut de suicide le plus élevé jamais enregistré.

Les FAC compilent les données sur la mortalité par suicide depuis 1996 et rendent les résultats publics. Depuis quelques années, les Services de santé des Forces canadiennes publient un rapport annuel sur la mortalité par suicide. 45eNord.ca reste résolu à faire le suivi en détails de ces rares événements pour tenter de dégager les tendances et déceler les facteurs de risques qui pourraient être modifiés.

Le bilan des tendances annuelles et des cas de suicides dans les Forces armées canadiennes permet, notamment, de mieux harmoniser les programmes et services de santé mentale avec les besoins des militaires des FAC et des membres de leur famille, note le communiqué de la Défense qui annonce la publication du rapport.

« Dans le cadre d’initiatives comme la Stratégie conjointe de prévention du suicide et le Comité d’experts en santé mentale sur la prévention du suicide dans les Forces armées canadiennes de 2016, les multiples facettes de la question du suicide sont étudiées en profondeur, et nous veillons à intégrer de nouveaux services fondés sur des données probantes pour réduire encore davantage les risques de suicide au sein des Forces armées canadiennes », indique le communiqué qui insiste sur l’importance que la Défense et les Forces armées accordent à la question.

Mais « c’est évident que la majorité des données ne seront pas statistiquement significatives en raison de la taille de l’échantillon ! », fait remarquer le professeur Dave Blackburn, libéré volontairement en 2014 et aujourd’hui professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

Mais, puisque résultats il y a, les voici.

Les taux restent élevés, mais ne sont pas en augmentation

Les taux de suicides dans les FAC n’ont pas augmenté de façon marquée avec le temps et, une fois standardisés selon l’âge, ils ne sont pas plus élevés que ceux de la population canadienne, fait cependant remarquer le rapport, précisant toutefois que « le nombre peu élevé de sujets pourrait limiter la capacité à détecter une signification statistique. »

Mais est-il bien normal que les taux de suicides chez nos hommes et femmes en uniformes soient comparables à ceux de la population canadienne en général quand on sait que nos militaires ont été sélectionnés et sont fort probablement mieux encadrés, ou du moins devraient l’être, que la plupart des simples citoyens ?, pourrait-on toutefois se demander.

Le rapport du médecin général constate aussi qu’il y a un risque accru de suicide chez les hommes de la Force régulière faisant partie de l’Armée de terre et notamment dans les armes de combat, comparativement aux militaires relevant d’un autre commandement.

Les facteurs de risques

Par ailleurs, les antécédents de déploiement comme étant éventuel facteur de risque de suicide dans les FAC paraissent être en déclin », affirme le rapport, « bien que les données à l’appui de cette observation ne sont pas statistiquement significatives. »

« La comparaison des ratios standardisés de mortalité des cas ayant des antécédents de déploiement et de ceux n’ayant aucun antécédent de déploiement (1995 – 2013) n’a révélé aucune différence statistiquement significative entre les taux de suicide des groupes avec ou sans antécédent de déploiement », écrit le médecin général dans son rapport, soulignant en outre que les résultats liés aux déploiements pourraient être faussés par d’autres variables inexpliquées.

Le rapport du médecin général indique aussi qu’au nombre des troubles mentaux connus au moment du décès figuraient les troubles dépressifs (35,7 %), l’état de stress post-traumatique (7,1 %) ou un trouble anxieux (21,4 %). Aucun autre type de trouble lié à un traumatisme ou au stress n’a été déclaré. Dans 42,9 % des cas de décès par suicide survenus en 2016 chez les hommes de la Force régulière, les membres présentaient un trouble connu lié à l’utilisation de substances.

Au moment du décès, de nombreux cas (64,3 %) présentaient au moins deux diagnostics liés à la santé mentale.

Derrière les chiffres, la réalité cachée par la « culture du silence »

Certes « cette analyse est essentielle par mesure de transparence, mais aussi pour mieux comprendre, situer et relativiser la problématique du suicide au sein des FAC. Mais derrière ces données rationnelles, il y a une réalité qui échappe aux statistiques, celle qui est associée à la culture du silence et la réalité ‘cachée’, minimisée et/ou non-reconnue (ex: la méfloquine.) », commente pour sa part Jenny Migneault, blogueuse sur 45eNord.ca et militante.

« Ainsi, il n’est pas rare que les diagnostics fournis par les FAC cherchent à minimiser la corrélation entre le trouble et le service. Si je ne doute pas de la véracité des données utilisées, je doute de la validité réelle des données fournies par les professionnels de la santé », n’hésite pas à écrire Jenny Migneault.

« Ce qui me frappe le plus », poursuit la défenseure des militaires et des familles, « est l’importance des facteurs qui eux, ne mentent pas: ce sont ceux qui touchent aux fins de relation et aux problèmes liés à l’emploi. Si aux fins d’analyses ils constituent des ‘facteurs’, ils ne faut pas oublier qu’à l’inverse, ils sont aussi les ‘résultats’ de l’abandon, de la dureté et de l’incompréhension d’un système et d’un environnement face à un militaire souffrant et à sa famille. »

« J’espère », conclut Jenny Migneault, « que ce rapport amènera les Forces armées canadiennes à élargir son examen de conscience face à son propre rôle dans la détresse d’un individu, mais il faut beaucoup de courage pour oser gratter plus loin que ce que révèlent des chiffres. »

Bref, au delà des résultats chiffrés dont la valeur reste bien relative vu la petite taille de l’échantillon, il ya une réalité qu’on ne peut découvrir ici avec une approche quantitative.

Les responsables assurent prendre la situation très au sérieux

«La santé et le bien-être de tous les militaires des Forces armées canadiennes sont en tête de liste de nos priorités. Nous savons que les FAC disposent de personnel très compétents et remplis de compassion qui travaille fort pour améliorer nos programmes et services de soutien. La Stratégie conjointe de prévention du suicide dévoilée récemment contribuera à orienter ce travail et à réduire les facteurs de stress que vivent certains pendant leur transition vers la vie civile», a pour déclaré le brigadier-général Andrew Downes, médecin général.

« Nous reconnaissons les courageux sacrifices que font quotidiennement les femmes et hommes au service notre pays. La perte d’un militaire ou d’un vétéran par suicide est une tragédie qui nous affecte tous, et un seul suicide en est un de trop. Prendre soin de nos femmes et hommes en uniforme, j’en fais une priorité personnelle, et je demeure totalement engagé à remplir cette obligation auprès des militaires des Forces armées canadiennes et des membres de leur famille », a pour sa part déclaré le ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

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