Syrie: l’armée reprend la ville de Deir Ezzor à l’EI, rapporte l’OSDH

Appuyées par l'aviation russe, les forces du régime de Bachar al-Assad avaient réussi le 6 octobre 2017 à pénétrer dans la périphérie ouest de Mayadine, localité de la province de Deir Ezzor considérée comme l'un des derniers bastions des djihadistes en Syrie.(Fars News)
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Appuyées par l’aviation russe, les forces du régime de Bachar al-Assad avaient réussi le 6 octobre 2017 à pénétrer dans la périphérie ouest de Mayadine, localité de la province de Deir Ezzor considérée comme l’un des derniers bastions des djihadistes en Syrie.Aujourd’hui, 2 novembre, l’armée reprend la ville de Deir Ezzor à l’EI.(Archives/Fars News)

L’armée syrienne, appuyée par son allié russe, a repris la ville de Deir Ezzor au groupe djihadiste État islamique (EI), a indiqué jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’information n’a pas encore été confirmée de source officielle, mais les médias officiels syriens ont fait état plus tôt jeudi d’une importante avancée de l’armée dans cette ville de l’est du pays, chef-lieu d’une province riche en pétrole frontalière de l’Irak.

« Les forces du régime et leurs alliés (…), avec le soutien de l’aviation russe, ont (repris) le contrôle total de la ville de Deir Ezzor », a indiqué l’OSDH, basée en Grande-Bretagne.

« Les combats ont cessé, des opérations de déminage sont désormais en cours », a affirmé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

L’OSDH et les médias officiels syriens avaient auparavant indiqué que les troupes du régime de Damas avaient capturé trois nouveaux quartiers aux jihadistes.

Une source militaire avait pour sa part affirmé qu’elles contrôlaient environ 80% de la cité.

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La perte par le groupe État islamique (EI) de Deir Ezzor, la dernière ville qu’il contrôlait dans son « califat » autoproclamé, est un coup dur pour l’organisation mais ne signifie ni sa défaite définitive ni son éradication, préviennent experts et officiels.

La conquête par l’armée syrienne, annoncée vendredi, de son dernier centre urbain va pousser l’EI à redevenir un mouvement djihadiste clandestin après avoir échoué à tenir et gouverner, en Irak et en Syrie, un territoire aussi vaste que l’Italie, peuplé de sept millions d’habitants, estiment-ils.

Le plus probable est que le groupe va se transformer à la fois en guérilla sur le terrain, dans les zones peuplées de musulmans sunnites que ni Bagdad ni Damas ne parviendront jamais à totalement contrôler, en foyers insurrectionnels dans d’autres pays et en « cyber-califat » qui continuera par sa propagande, comme ce fut le cas mardi à New York, à inspirer des attentats dans le monde entier.

« Daech (acronyme en arabe de l’EI) est acculé, il a perdu ses deux capitales, d’ultimes offensives sont à l’œuvre pour anéantir ce pseudocalifat et ses prétendus soldats », a assuré mardi, lors d’une audience au Sénat, la ministre française des Armées Florence Parly. « Mais nous n’en avons pas fini avec le terrorisme (…) L’attentat de New York nous le montre s’il en était besoin ».

« Le chant du cygne de Daech s’accompagne de nouvelles actions terroristes clandestines, parfois spectaculaires et la notoriété virtuelle de l’organisation reste tout à fait intacte », a-t-elle ajouté, avant de citer le Sahel, le Nigéria, le Levant, le Yémen ou les Philippines comme territoires « où se répandent encore les métastases de la haine aveugle ».

En Irak, l’EI est certes en déroute mais « la victoire militaire ne s’accompagne pas d’une vision politique de l’après-Daech en termes de réintégration de la population arabe et sunnite dans le jeu politique », confie à l’AFP le chercheur Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris.

– « D’une organisation insurgée à un groupe terroriste » –

« Les perspectives sont encore pires en Syrie », ajoute-t-il. « Cette absence de stratégie à long terme laisse à Daech un important espace pour se reconstituer dans un avenir proche, tout en continuant d’animer dans le monde des réseaux de sympathisants et de militants galvanisés par l’extrême violence de ce combat ».

L’EI a été en Irak la résurgence du groupe djihadiste Al Qaïda en Irak, fondé en 2004, défait trois ans plus tard puis passé dans la clandestinité, avant de réapparaître sous une autre forme et un autre nom.

C’est hélas ce qui risque d’arriver pour l’EI, préviennent tous les experts, qui mettent en garde contre l’avènement, dans quelques mois ou quelques années, d’un « Daech.2 », peut-être plus redoutable encore.

« Il y a hélas peu de doutes que l’État islamique, ou quelque chose de similaire, survivra à la campagne mondiale lancée contre lui » estime, dans un rapport intitulé « Au-delà du califat », Richard Barrett, expert au sein du Soufan Group après avoir dirigé le contre-terrorisme au sein du MI6 britannique puis aux Nations Unies.

« Peu de choses sont prévisibles en matière de terrorisme dans un monde en constant changement », ajoute-t-il, « à part le fait que cela va poser un défi à la sécurité internationale pour longtemps encore ».

Il cite comme l’un des dangers principaux ce que vont devenir les membres survivants de la troupe de quelque 40.000 combattants étrangers, venus de plus de 110 pays, qui avaient rejoint les rangs du « califat » et sont maintenant soit prisonniers en Syrie ou en Irak, soit de retour dans leurs pays d’origine, soit à la recherche d’une nouvelle « terre de djihad ».

Pour Colin P. Clarke, expert au sein du groupe de réflexion Rand Corp., les revers militaires « forcent l’EI à changer de stratégies et de tactiques, mais c’est quelque chose à quoi il s’est préparé activement. En résumé, il va passer d’une organisation insurgée à un groupe terroriste ».

« Le monde assiste », ajoute-t-il, « à la transition, et par bien des aspect à la dégénérescence, d’une organisation avec des quartiers généraux stables en un réseau terroriste clandestin dispersé dans la région et le monde ».[/toggle]

Après une montée en puissance fulgurante en 2014, l’EI a multiplié les revers ces derniers mois et est sous le coup de deux offensives distinctes dans la province de Deir Ezzor.

Les forces du régime, appuyées par l’aviation russe, mènent depuis septembre une offensive dans la ville pour reprendre au groupe extrémiste les quartiers sous son contrôle, après avoir brisé un siège imposé par les jihadistes aux secteurs gouvernementaux, encerclés depuis près de trois ans.

L’autre offensive est menée par les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenus par la coalition internationale emmenée par les États-Unis.