Achat de chasseurs pour compléter la flotte: écarté, Boeing réagit avec condescendance

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Une formation de trois F / A-18 Hornets de la Royal Australian Air Force participe à une mission d’entraînement le 9 mars 2012 au dessus du désert du Nevada. (Archives/Senior Airman Brett Clashman/U.S. Air Force)

Alors que se confirmait un peu plus tôt cette semaine qu’Ottawa n’achètera finalement pas 18 nouveaux avions de combat Super Hornet de Boeing, mais optera plutôt pour des F-18 d’occasion australiens, Boeing a réagi aujourd’hui en déclarant qu’elle ne développera pas « sa base d’approvisionnement, ses partenariats industriels et ses emplois au Canada » comme elle « l’aurait fait si le Canada achetait de nouveaux Super Hornets ».

Le ministre de la Défense Harjit Sajjan devrait faire la semaine prochaine l’annonce officielle de l’achat des chasseurs australiens pour compléter la flotte de chasseurs canadiens de façon intérimaire et, par la même occasion, annoncer le lancement du processus d’appel d’offres pour la renouveler de façon définitive.

Ottawa achèterait dans un premier temps de 28 à 30 avions australiens, rapporte pour sa part le quotidien torontois Globe and Mail.

Le gouvernement Trudeau mettrait donc à exécution ses menaces d’écarter Boeing.

D’ici au remplacement complet de la flotte de CF-18, le Canada avait opté en 2016 pour une mesure provisoire qui consistait à acheter un certain nombre de Super Hornet pour remplir le «capability gap» (déficit de capacités) d’ici à ce qu’il parvienne à une solution définitive.

Dans les circonstances, opter pour un avion américain construit, étant donné l’importance de la défense continentale conjointe avec les États-Unis, paraissait logique.

Mais, en avril 2017, Boeing déclarait la guerre à l’avionneur canadien Bombardier.

Dans une plainte déposée en avril, Boeing soutenait que Bombardier vendait ses appareils «à des prix dérisoires» grâce, selon lui, à l’aide gouvernementale accordée à Bombardier au Canada. Boeing avançait que le transporteur américain Delta avait payé «20 millions de dollars américains pour des appareils qui coûtent 33 millions de dollars américains à produire».

Depuis, suite à la plainte de Boeing, le département du Commerce américain a imposé des droits compensatoires de 220 % sur les avions de la C Series de Bombardier et, une semaine après cette première décision, Washington est revenu à la charge avec des droits antidumping de 79,82 %.

Dans ces conditions, après une pareille attaque contre l’industrie aéronautique canadienne, plus question de Boeing. Le premier ministre Justin Trudeau n’a cessé depuis de répéter l’intention de son gouvernement de ne plus «faire affaire» avec l’avionneur américain.

La décision de ne plus faire affaire avec elle se confirmant de plus en plus, Boeing a publié aujourd’hui la déclaration suivante: «Nous avons lu des rapports selon lesquels le gouvernement du Canada a choisi d’acheter des Hornets classiques F / A-18 de la Royal Australian Air Force à la place de nouveaux chasseurs Super Hornet. La compagnie Boeing respecte la décision du gouvernement canadien et applaudit l’utilisation continue par le gouvernement d’une solution de chasse à deux moteurs, élément essentiel de la défense des frontières du nord de l’Arctique, de la coopération NORAD et de la sécurité côtière. »

Mais la société américaine, qui a attaqué Bombardier et amené le fleuron de notre industrie aéronautique à céder le projet de la C série à l’éternelle rivale de Boeing, Airbus, pousse aujourd’hui l’audace jusqu’à évoquer les emplois qu’elle aurait crée si Ottawa lui avait acheté les Super-Hornet: « Nous n’aurons pas l’occasion de développer notre base d’approvisionnement, nos partenariats industriels et nos emplois au Canada comme nous le ferions si le Canada achetait de nouveaux Super Hornets », de déclarer Boeing, ajoutant toutefois, presque avec condescendance, « nous continuerons de chercher des moyens productifs de travailler ensemble à l’avenir. »

Entendre Boeing, dont le premier ministre canadien disait en octobre « Si Boeing continue d’insister à vouloir éliminer des dizaines de milliers d’emplois au Canada en s’attaquant à Bombardier, il ne devrait pas s’attendre de notre part, comme gouvernement, à ce que nous lui achetions des avions », parler des emplois qu’il aurait créé advenant l’achat par Ottawa de ses Super-Hornet en fera probablement tiquer plus d’un de ce côté-ci du 45e parallèle.

Rappelant avec un certain orgueil son impact économique au Canada qu’elle estime à 4 milliards de dollars annuellement, Boeing n’en persiste pas moins et signe, terminant sa déclaration en réitérant sa détermination de poursuivre sa guerre commerciale et ne montrant aucun remord d’avoir déclenché les hostilités: « Notre engagement à créer des conditions de concurrence équitables en aérospatiale demeure. Par conséquent, nous continuerons à soutenir tous les efforts visant à créer un environnement de concurrence libre et équitable marqué par le respect des règles convenues. », dit la société américaine qui, elle, bénéficie pourtant du puissant soutien des gouvernements américains.

Il y a fort à parier qu’avec le genre de communiqué qu’elle vient de publier, la société américaine coutumière du chantage à l’emploi ne s’est pas fait beaucoup d’amis au Canada aujourd’hui.

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