Chantier Davie mobilise le monde des affaires et ses fournisseurs pour faire bouger Ottawa

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Le chantier maritime Davie à Lévis, sur la Rive-sud de Qiébec, a déjà été le plus important chantier naval du pays. (Archives/Pierre-Olivier Fortin/WikiCommons)

Si Chantier Davie Canada ne décroche pas rapidement de nouveaux contrats, plusieurs fournisseurs de la région montréalaise verront leurs chiffres d’affaires diminuer substantiellement selon une enquête menée par l’entreprise auprès de ses ses fournisseurs affirme l’entreprise de la Rive-Sud de Québec qui mobilise maintenant le monde des affaires d’ici et ses fournisseurs pour faire bouger Ottawa.

À peu près tout le Québec politique, élus de la région de Québec, maire de Lévis, maire de la vieille capitale et premier-ministre du Québec en tête, s’est mobilisé, jusqu’ici sans succès, pour amener Ottawa à modifier sa façon de faire pour inclure Chantier Davie dans la stratégie nationale de construction navale adoptée et mise en place par le gouvernement conservateur précédent quin ne favorise qu’Irving Shipbuilding et Vancouver Shipyards.

La proue de l’Astérix le 20 juillet 2017, jour de la cérémonie d’inauguration du navire au Chantier Davie. (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Le chantier de Lévis avait pourtant de bonne raison d’être optimiste après le succès de l’Astérix et comptait sur la construction d’un deuxième navire de ravitaillement dont la Marine avait bien besoin, mais Ottawa a annoncé qu’il ne commanderait pas un deuxième navire ravitailleur pour la Marine royale canadienne alors la construction du premier navire de ravitaillement achève et que le carnet de commandes du chantier est mince.

Mais le 27 novembre, non seulement on apprenait qu’il n’y aura pas de deuxième ravitailleur construit par la Davie, mais qu’Irving Shipbuilding, maître d’oeuvre pour la construction des navires de combat canadiens, ne comptait pas accorder de contrats en sous-traitance au chantier naval Davie pour ces navires, son président Kevin McCoy affirmant que son entreprise avait toute la capacité nécessaire pour remplir la commande du gouvernement fédéral.

Pendant ce temps, malgré la mobilisation des élus c’est un total de 800 travailleurs de la Davie qui vont perdre leur emploi si aucun nouveau contrat n’est octroyé au chantier de la Rive-Sud de Québec: Davie a mis à pied 400 travailleurs au cours des dernières semaines et prévoit en licencier 400 autres avant Noël.

Le monde des affaires donne de la voix

Aujourd’hui, c’est le monde des affaires qui donne de la voix.

Spencer Fraser, le président-directeur général de Federal Fleet, qui a réalisé le Projet Resolve de conversion de du navire marchand Astérix en ravitailleur pour la Marine royale canadienne, était à Montréal ce amtin en compagnie de plusieurs fournisseurs pour dévoiler les résultats d’une enquête effectuée auprès de ses plus de 200 fournisseurs situés au sein de la Communauté urbaine de Montréal.

Un premier échantillon de 205 entreprises ayant pris part à l’enquête met en lumière des données alarmantes pour la chaîne d’approvisionnement montréalaise de Chantier Davie, affirme l’entreprise. Alors que 55,4 % des entreprises répondantes déclarent qu’elles seront affectées par la diminution des commandes du chantier maritime lévisien, plusieurs d’entre elles devront procéder à des mises à pied.

« Concrètement, selon les premiers résultats de cette enquête, en plus des 800 professionnels du Chantier Davie qui seront mis à pied avant la fin de l’année, ce sont au moins 158 emplois qui seront perdus dans la grande région de Montréal en raison de l’inaction du gouvernement du Canada. Cela s’additionne aux 350 emplois qui seront perdus parmi nos fournisseurs de la grande région de Québec», a mentionné d’entrée de jeu Spencer Fraser. Ces emplois sont pour la plupart des emplois spécialisés et à haute valeur ajoutée. Nos fournisseurs auront des décisions difficiles à prendre si le gouvernement fédéral n’octroie pas de nouveaux contrats au Chantier Davie », a déclaré M. Fraser au nom du Chantier Davie.

« La santé de l’économie québécoise doit être vue dans son ensemble et passe nécessairement par la vitalité de toutes les régions et le dynamisme de leurs différents créneaux d’excellence », a déclaré pour sa part Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec. « Que ce soit dans la Métropole, dans la Capitale ou ailleurs dans la province, la perte de ces contrats, basée sur de mauvaises décisions, aura de lourdes conséquences sur toute une chaîne d’approvisionnement et un vaste écosystème d’affaires qui gravitent autour du Chantier Davie, fragilisant ainsi la compétitivité de plusieurs entreprises, ainsi que les conditions de leurs travailleurs. »

« Le Québec doit recevoir sa juste part du budget canadien de construction navale. Le Canada a plus que jamais besoin de trois chantiers maritimes d’envergure, et ce, au moins jusqu’en 2030. Il a aussi besoin de chantiers maritimes de moins grande taille, mais aussi performants, pour réaliser ces nombreux projets », soutient quant à lui Stéphane Forget, président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Lisa Campbell, une haute-fonctionnaire du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement, avait indiqué la semaine dernière que le gouvernement accorderait 2 milliards de dollars en contrats à d’autres chantiers comme celui de Lévis pour l’entretien et la construction de nouveaux navires, mais aucune indication sur le délai avant l’octroi des contrats n’a été donnée, alors qu’il est minuit moins une pour le chantier Davie.

Mais, selon une analyse du Chantier Davie démontrerait que l’entreprise québécoise ne serait admissible qu’à une infime minorité de ceux-ci qui ont une valeur combinée de 25 millions de $.

Le Chantier Davie a multiplié les rencontres politiques au cours des dernières semaines afin d’obtenir un contrat pour un second navire ravitailleur, l’Obélix, de la part du gouvernement fédéral. Seul ce contrat , soutient la Davie, pourrait garantir les emplois au chantier de Lévis et maintenir intacte l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement québécoise et canadienne de l’entreprise.

« Malgré toutes nos tentatives, le gouvernement fédéral demeure inflexible et les fonctionnaires refusent d’admettre que leur échéancier actuel de livraison des navires est complètement irréaliste. Nous savons pourtant très bien que le Canada aura un déficit opérationnel important au cours de la prochaine décennie », déplore Spencer Fraser qui laisse entendre qu’au cours des prochaines semaines, se poursuivront les interventions afin de sensibiliser le gouvernement fédéral et la population à l’importance du Chantier Davie au sein de l’économie régionale, québécoise et canadienne.

Un groupe de sénateurs québécois s’en mêlent

Au même moment, fait très rare, un groupe sénateurs québécois de tous les horizons politiques exhorte Ottawa à octroyer un contrat d’urgence au chantier naval de Lévis.

Le temps presse, insistent les sénateurs québécois parmi lesquels on retrouve Pierre-Hugues Boisvenu, Claude Carignan, Serge Joyal, Chantal Petitclerc, André Pratte et Larry W. Smith.

« Nous interpellons le premier ministre Trudeau ainsi que les membres de son cabinet, afin qu’ils accélèrent l’octroi d’un contrat qui pourrait assurer la survie de la Davie, fait valoir le sénateur indépendant Éric Forest dans un communiqué. Nous savons que le gouvernement dispose des besoins opérationnels et des moyens d’éviter ces mises à pied massives. »

Ottawa devrait revoir de fond en comble sa stratégie maritime, estime le groupe de sénateurs. « Dans un contexte où une main-d’oeuvre qualifiée comme celle de la Davie est très en demande, il est impératif de faire en sorte que ces employés qui possèdent une expertise cruciale ne quittent pas le Québec de manière précipitée et inutile », a prévenu pour sa part le sénateur libéral indépendant Dennis Dawson.

L’impact économique de Chantier Davie sur l’économie canadienne au cours des 5 dernières années, rappelle pour sa part l’entreprise, est de 2,7 milliards de dollars. La chaîne d’approvisionnement de l’entreprise lévisienne compte 916 fournisseurs, dont 814 sont situés au Québec et 219 dans la Communauté urbaine de Montréal. Les fournisseurs montréalais du Chantier Davie représentent près de 30% (47 millions) de ses achats au Québec.

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