Entre Money et Responsabilité

Cessant de nier la pénurie de personnel, la Défense a commencé début 2014 à accélérer l’embauche en santé mentale (Photo: Archives/ Vet support line)
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Les Libéraux ont annoncé qu’en date du 1er avril 2019 (année des prochaines élections…), le retour à la pension sera (finalement) réinstauré. Une bonne nouvelle en soit pour les vétérans s’il en est une.

Depuis 2006 (date de mise en œuvre de la Nouvelle Charte des anciens combattants où la pension fût remplacée par un montant forfaitaire), c’est tout un pays qui n’a pu faire autrement que de constater les ravages générés par la volonté politique d’économie: depuis 2006, ce sont les vétérans et leurs familles qui ont absorbé les contrechocs du ridicule et de l’abandon du système. Et le bill, ils le payent encore à ce jour.

Depuis des années, la situation politique des vétérans est d’une infinie tristesse. Les Libéraux profitent certainement de l’opportunité qu’à créé les Conservateurs par le massacre de leur situation. Si voulez mon avis, ils peuvent sincèrement remercier Julian Fantino, l’ancien ministre des anciens combattants, qui a agi comme un véritable trou-du-cul à l’endroit des vétérans, du début à la fin: en l’espace d’à peine 18 mois, il semé la controverse en démontrant qui il était réellement en manquant totalement de respect à des vétérans, en ignorant publiquement une «Vet’s Spouse et une caregiver» () (en l’occurrence, moi…!), a retourné 1,1 milliards d’argent économisé sur le dos des vétérans dans les coffres de l’État, a investit des sommes astronomiques dans des publicités télévisée, sa annoncé que 200 millions seraient investis en santé mentale pour découvrir quelques jours après que l’aide s’étalerait sur… 50 ans.

Puis, son remplaçant, Erin O’Toole qui avait le mérite d’être vétéran lui-même, n’a servi que de marionnette politique pour faire du «damage control». Sauf que même s’il avait voulu faire croire que les choses allaient changer, il n’a pas eu le choix que d’endosser le parti politique qu’il représentait: de son côté, il a eu le temps, a annoncé le «Caregiver Relief Benefit (la réponse politique à la crise générée par ma course après Fantino), une mesure inadaptée et ridicule (sauf pour le 7238$ qu’il représentait dans le compte de banque de ceux qui l’ont eu..) qui devait être disponible pour les 75 vétérans plus maganés de ce pays.. sur 200 000 clients d’ACC. O’Toole a tout fait pour regagner la confiance des vétérans.

Et puis, les élections ont eu lieu. Depuis, je ne suis pas certaine de comprendre la direction de notre pays. Entre les larmes de Trudeau et son incapacité à être rassurant dans le dossier de la sécurité nationale. La communauté militaire avait besoin de voir quelque chose de positif. Rendons à César ce qui revient à César: au moins, les Libéraux ont le courage politique d’essayer de mieux faire les choses. Le retour à la pension était nécessaire. L’annonce du 1000$ donné directement aux Caregivers (dès avril prochain) leur reconnaît une forme d’identité et de dignité qui sont aussi les bienvenus.

Avec justesse, un assistant politique m’a un jour affirmé que «le ministère des Anciens Combattants est d’abord et avant tout, un ministère de cœur». Il ne pouvait pas mieux dire car en effet, c’est un ministère dont le mandat est de «prendre soin» de ceux qui ont servi notre pays, ceux qui ont exercé un métier pour un employeur fédéral. Au-delà de la relation employeur-employé, l’environnement, la culture organisationnelle et de la nature du travail lui confèrent une spécificité qui lui est propre et dont les impacts sont largement incompris du monde civil.Par conséquent, le ministère doit être géré et administré avec amour politique et humain, de la cohérence et du cash afin assumer la responsabilité sociale et politique qui en découle inévitablement.

Mais est-ce assez? La réponse est non. Parce qu’au-delà du retour à la pension, les incohérences persistent chez ACC: les difficultés à l’accès aux programmes, la désinformation, le système tout-croche du Tribunal des anciens combattants (révision et appel) (VRAB) composés de juges incompétents qui œuvrent à l’intérieur d’un système qui pénalisent davantage les vétérans qu’il fait preuve de justice réelle : on connaît tous des vétérans qui ont été appelés à témoigner qui se sont fait poser des questions remplies de jugement et qui en sont ressortis…ébranlés. Et c’est sans compter les raisons des refus qui ne tiennent plus la route et les délais qui s’étirent sur des années. « Delay, Deny and Die» d’ACC est une réalité d’un bout à l’autre du Canada, même si on n’ose pas trop le dire tout haut au Québec.

Et si ACC doit vivre avec ses propres frasques, il doit aussi composer avec tout ce que les FAC pellètent directement dans leur cour, car en réalité, elles représentent le « groud zero » d’une bonne partie de la merde qu’aura à vivre bien des vétérans. Si, effectivement, les données corroborent avec les données civiles de suicide (quelle mauvaise comparaison!!!), n’en demeure pas moins que tout le monde connaît aussi les frasques qu’elles imposent –ou imposeront dans un avenir plus ou moins lointain) chez un militaire blessé (ou dont les blessures n’ont pas encore fait surface) qui deviendra obligatoirement un vétéran. Et ce vétéran devra puiser dans ses dossiers militaires pour avoir de meilleures chances d’obtenir les services et les bénéfices dont il a besoin (et auxquels il a droit) pour avoir une certaine qualité de vie.

À l’interne, les rapports peu flatteurs sur l’UISP/JPSU font la manchette depuis des années. Ce manquement profond se répercute sur la vie des gens –ceux qui se trouvent derrière leur uniforme militaire- de bien des façons: que ce soit par le manque de ressources et de services dans leur langue officielle dès le départ, des délais d’attente avant d’accéder à de l’aide significative, la façon de surmédicamenter les blessés, les diagnostics tout-croches que l’on donne afin de minimiser les blessures avec le service («Ah? Tu as fait 3 tours en Afghanistan mais ta mère était alcoolique? Tes troubles anxieux, c’est le caca que ta maman a généré qui refait surface»), des rapports où on force les militaire à modifier certaines informations, des abus de pouvoir qui pénalisent les militaires (je pense à Suck it up, Buttercup), des dossiers qui disparaissent, les…les FAC sont beaucoup plus responsables qu’elles veulent bien le reconnaître!

…puis, Manuvie. Une compagnie d’assurance qui a un pouvoir assez important sur les orientations que souhaitent prendre les nouveaux vétérans. (Ah? Tu veux retourner aux études en étant blessé et tu me dis qu’il y a un programme qui t’intéresse mais tu voudrais y aller à temps partiel pour être capable de fonctionner? Non: si tu n’y vas pas à plein temps, oublie le projet»).

Finalement, ils deviennent aussi victimes du déni social dans des dossiers comme la méfloquine qui a des effets réels, tangibles…mais avant qu’ils soient diagnostiqués et traités efficacement, les militaires et les vétérans devront attendre des gains politiques, comme en Australie, en Grande-Bretagne, en Irlande…

Ce sont toutes les barrières qui font en sorte qu’elles érigent un mur autour d’un vétéran. Entre les difficultés reliées à ses démons (rée…), ses difficultés relationnelles, son isolement.. sa colère, son besoin d’adrénaline, son sentiment d’être complètement perdu face à l’avenir et à ses choix, l’impact des pilules qu’on lui prescrit et qu’il consomme à coup de 10-20-30 par jour tout en combattant les effets secondaires qui leur sont imputables : difficultés sexuelles, «zombiisme», mort émotionnelle…

No shit que les vétérans se suicident, car rien n’est facile pour eux. C’est l’incompréhension de ce qui en résulte qui fait mal à voir. On dirait que plus les gens se rapproche du pouvoir politique ou militaire d’Ottawa, plus ils sont exposé à un «switch professionnel» qui fait en sorte qu’ils finissent par prioriser la protection de l’Institution qu’ils représentent au détriment des gens qu’ils défendaient à une époque: c’est ce que j’appelle la «disconnecte».

Pour les vétérans, l’argent ne fait pas le bonheur… mais il permet l’atteinte d’une certaine qualité de vie. Pour certains, leurs blessures font en sorte qu’ils ne pourront plus contribuer à la société selon les paramètres civils. Mais ils ont donné, dans l’ombre des décisions politiques de nos gouvernements, plus que ce qu’on pourrait l’imaginer. Bien traiter nos vétérans, ce n’est pas avoir de la pitié pour eux: c’est leur donner ce qui leur revient de plein droit avec tout le respect qu’on leur doit. Et puis, ce sont souvent eux qui deviennent une lumière d’espoir, parce qu’ils survivent et ont grandi de leurs blessures, aux yeux de leurs frères et sœurs d’armes qui broient du noir et contemplent la mort.

À vous et à votre famille,
Merci de votre service.