Interview de fin d’année avec le commandant du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada

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Le colonel Stéphane Boivin se voit remettre le commandement du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada, le 22 juin 2017 sur la Base militaire Valcartier. (Archives/5 GBMC)

Pour conclure l’année en beauté, 45eNord.ca s’est entretenu longuement avec le commandant du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada pour faire le point sur ses six premiers mois de commandement et ce qui s’en vient pour les hommes et les femmes de Valcartier.

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LES THÈMES ABORDÉS
Le physique, le mental, la résilience et la diversité >>
Les 50 ans de la Brigade et les liens avec la communauté >>
L’arrivée du VBTP >>
Les déploiements >>
La Meute et l’affiliation à des groupes >>
Conclusion >>

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45eNord.ca: Déjà colonel, si on fait un petit retour en arrière. Vous étiez à peine arrivé et vous êtes entré directement dans le bain avec le tout début de la montée en puissance, donc, vous n’allez pas chômer. En regardant votre arrivée à Valcartier en tant que commandant, comment maintenant, six mois plus tard, vous voyez votre entrée en fonction ?

Colonel Stéphane Boivin: Écoutez, l’entrée en fonction dans les derniers six mois, je pense que vous l’aviez très bien résumé, une entrée directement dans le bain avec la montée en puissance. Évidemment, les semaines se sont suivies, ça a été un été, un automne excessivement chargé sur le plan de l’entraînement avec la montée en puissance. Évidemment, dans les premiers jours avec l’exercice LARGE SCALE, en Californie, ça a été le premier point, le premier jalon de la montée en puissance. Ça a été une expérience superbe, et par la suite quand on est revenu, ça été le départ, la ligne de départ pour l’entraînement des troupes en tant que tel pour l’année qui s’en vient.

On a commencé au mois de septembre avec une série d’exercices au niveau d’unité, avec l’architecture au-dessus de ça qui est l’exercice LION INTRÉPIDE qui était essentiellement l’exercice majeur de montée en puissance de la brigade pour les troupes dans un cadre de guerre conventionnelle. Donc on a commencé à la base au niveau des sections, puis pelotons, compagnies, escadrons puis jusqu’au niveau de l’équipe interarmes à la fin novembre, et on a complété cet exercice là après deux mois le 30 novembre essentiellement.

Donc, immensément chargé en termes d’entraînements, en exercices dans les secteurs d’entraînement pour les unités et, aussitôt qu’on a terminé le trente novembre, on a transité vers un deuxième exercice du QG de la 5e brigade dans le cadre du processus de certification qui a duré environ une dizaine de jours et qui a été un autre jalon pour le QG pour déterminer l’évolution de celui-ci, en préparation de janvier-février où l’exercice de confirmation va avoir lieu.

Donc, excessivement beaucoup de travail cet automne. Les troupes ont été mises à contribution à partir de septembre jusqu’à la fin novembre sans arrêt, ce qui nous a permis d’arriver à ce stade-ci, et en très bonne position pour ce qui s’en vient pour le printemps et ultimement pour l’exercice de certification à Wainwright au printemps prochain.

Le physique, le mental, la résilience et la diversité

45eNord.ca: Là, on parlait évidemment uniquement entraînement, mais l’entraînement ça se fait avec des soldats, avec des troupes. Une des vos priorités, qui était en même temps liée avec la nouvelle politique de défense, était le personnel d’abord, que les gens soient bien encadrés. Où on en est? Six mois, c’est encore récent pour vous, mais où on en est dans l’encadrement des gens, le soutien apporté au gens dans votre vision de ce qu’on peut faire pour les soldats et, par extension, pour leurs familles aussi ?

Stéphane Boivin: Oui, alors le personnel d’abord, on a pris dans les six derniers mois plusieurs initiatives. La première je vous dirais qui est probablement transparente, mais qui est directement lié à cette approche là, c’est le fait que tout entraînement qui aurait pu être exporté ailleurs, à un autre secteur d’entraînement, comme Gagetown, dans l’Ouest ou peu importe, on a concentré l’entraînement essentiellement à Valcartier pendant cette période-là, qui est quand même une période qui est pas négligeable, qui s’étire sur deux à trois mois en terme d’entraînement.

Donc, on a tout concentré à Valcartier pour s’assurer que nos membres étaient en mesure de garder cet équilibre là, familiale et professionnel, en restant près de la maison au moins toutes les fins de semaine, être capable d’être à la maison, même si la semaine, ils étaient en exercice.

C’est une mesure qui est peut-être, qui peut paraître banale, mais qui est excessivement importante quand on sait que l’entraînement est excessivement long et qui va éventuellement porter à une rotation à l’extérieur du pays de longue durée. Ça, ça a été la première mesure.

Dans un cadre d’entraînement physique, une de mes préoccupations, et on en avait discuté cet été, c’était la résilience. Un des piliers de la résilience, c’est l’entraînement physique lui-même.

Une des choses dont on s’est aperçu, et la majorité d’entre nous, quand vous allez dans les Forces armées canadiennes, l’entraînement physique a toujours fait partie du quotidien, mais, ceci dit, n’a pas toujours été encadré d’un point de vue professionnel. C’est souvent nous, en fait, ça a toujours été nous qui le dirigeait, sans nécessairement avoir les qualifications professionnelles qui supportent. On avait les bases, on avait une certaine éducation, une certaine compétence, mais rien de professionnel.

Ce qu’on s’est aperçu c’est que, à moyen terme, les entraînements qu’on faisait étaient plus dommageables d’un point de vue physique, qu’ils causaient des blessures.

Donc, on a eu une opportunité en or cet automne, avec,… ils ont revampé le gymnase de la base pour les prochains six mois, on est allé de l’avant avec un plan de sport, le plan de la garnison où j’étais en mesure d’avoir des moniteurs professionnels dans chacune des mes unités à tous les matins.

Donc, tous les matins, les unités, leur conditionnement physique, était dirigé de façon professionnelle, et ça a commencé au début novembre, et ça va s’étirer jusqu’au 31 mars pour une première phase.

L’idée avec ça étant de nous assurer que nos gens sont encadrés au quotidien avec de l’entraînement spécialisé et, de plus, tous ceux qui sont sous une blessure quelconque, dans leur cas à eux-autres, ils ont un programme de conditionnement physique adapté.

L’idée ici étant de s’assurer qu’on encadre de façon efficace nos gens et qu’à moyen terme, du moins on l’espère avec la collecte de données qu’on fait, qu’on va être en mesure de prouver que cet approche là, non seulement encadre nos gens dans l’immédiat, mais va leur donner une structure pour les prochaines années et va les maintenir en forme et en santé pour les années à venir.

Si tout va bien avec le projet pilote qu’on a en place, le 31 mars prochain, on va être en mesure de poursuivre avec une phase 2 qui va nous permettre d’institutionnaliser ça au sein du 5e Groupe brigade mécanisé du Canada et d’aller chercher des fonds supplémentaires pour engager des moniteurs encore de plus qui vont nous permettre de continuer avec cette approche-là.

Alors, deux mesures très concrètes en terme du personnel d’abord.

Pour ce qui est des autres choses, en terme de focus sur le personnel d’abord, vous êtes pas sans savoir la stratégie de prévention du suicide qui est sortie au début octobre, qui se veut une stratégie qui donne des outils au monde pour palier aux détresses psychologiques.

On a fait un peu de travail de fond avec ça. Évidemment par le biais de communications, mais au delà de tout ça à travers des programmes mandatés annuels qui se passent à cette période-ci de l’année où on donne des outils supplémentaires à nos gens pour s’assurer qu’on prend soin d’eux de ce côté là.

Alors, trois mesures concrètes je vous dirais qu’on essaie d’appliquer.

Au delà de tout ça, on a l’aspect de « Mission Prêt », qui est un programme, vous êtes peut-être familier avec, un programme, qui vient du Commandement de la doctrine et de l’instruction de l’Armée canadienne, qui tire ses origines de mars 2015. Essentiellement, on applique selon la « triade » de conditionnement physique, on essaie de donner les outils supplémentaires. Tout ça de façon concomitante avec notre plan de sport qu’on a intégré, ça leur donne des bases solides en terme familiale, en terme spiritualité, finances, éducation, et ainsi de suite. Donc, il y a plusieurs piliers qui leur permettent de travailler sur eux-mêmes et nous autres de leur donner les outils.

45eNord.ca: Un autre aspect au niveau des troupes, là on a parlé résilience, force, etc. La diversité, les minorités, les femmes, les autochtones, etc., où on en est à Valcartier en termes, peut-être pas seulement de recrutement, mais d’intégration et en ce qui a trait à la diversité au sens large du terme ?

Stéphane Boivin: En terme de recrutement, je peux pas nécessairement vous répondre pour la simple et bonne raison que je n’ai pas la responsabilité de recrutement. Je vais devoir dans le cadre de cette question là, vous référez au groupe de recrutement, mais en terme de diversité ou en terme d’intégration au sein du 5 GBMC, je peux parfaitement vous répondre là-dessus. Il y a énormément d’efforts qui sont faits au quotidien.

On a en place plusieurs comités, dont un comité qui est essentiellement chapeauté par la Division qui s’appelle le Comité Diversité Plus. Essentiellement, vous avez à l’intérieur des comités qui sont voués à l’intégration des femmes, ceux qui souffrent d’un handicap physique, ceux qui sont d’une minorité visible, certains qui sont autochtones. C’est l' »ombrelle » au-dessus de ça.

Plus particulièrement, en ce qui concerne le 5 GBMC, je suis ce qui s’appelle le champion pour les handicapés physiques de la 2e Division. Donc, de mon côté, j’ai la responsabilité de m’assurer que tous ceux qui souffrent d’un handicap physique, on leur donne les possibilités d’intégration au sein du 5 GBMC, en fait au niveau de la Division, puisque mon mandat est plus large que le 5 GBMC.

Je vais vous donner exemple des Jeux Invictus, au mois de septembre, où on a pris le temps de reconnaître les gens qui ont subi des blessures liées au service qui nous ont représenté au sein des Jeux Invictus à Toronto au mois de septembre. Ça, c’est un exemple.

En terme d’intégration autre, je vais vous parler d’un projet qui me tient à cœur, essentiellement qu’on travaille déjà depuis plusieurs mois, c’est l’intégration avec Wendake, les Hurons qui ont domicile à Wendake, juste à côté en communauté périphérique. On travaille déjà depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois avec le Grand-chef Konrad Sioui pour s’assurer que d’un point de vue autochtone on reconnaît l’intégration.

On a été le 11 novembre aux cérémonies avec eux et, au niveau de la Division on met énormément d’effort pour l’été prochain être en mesure de mettre un cours du type « Black Bear », peut-être que vous connaissez qui se fait dans les Maritimes. On veut mettre en place la même expérience ici à Valcartier au sein du Centre d’instruction pour accueillir les jeunes autochtones pour essayer de leur donner un intérêt à joindre les Forces armées canadiennes.

Donc, c’est le genre d’intégration qui se fait au quotidien. Ce sont plusieurs initiatives qui, au fil du temps, représentent de l’ampleur, puis se bâtissent tranquillement pas vite.




Les 50 ans de la Brigade et les liens avec la communauté

45eNord.ca: L’année prochaine, si je dis pas de bêtises, il me semble que j’ai vu passer une affiche, 50 ans du 5e Groupe brigade mécanisé du Canada ? Alors, qu’est-ce qui s’en vient ?

Stéphane Boivin: Exactement! Écoutez, c’est peu banal. Cinquante ans pour toute organisation, c’est très peu, mais ce qui n’est pas banal dans le cinquantième anniversaire, création 15 août 1968 de la 5e brigade mécanisée du Canada et la raison à l’époque était d’avoir une brigade francophone, donc le fait de souligner que c’est la seule brigade francophone au sein des Forces armées canadiennes qui fête son 5oe anniversaire, c’est le résultat d’une vision du général Allard de l’époque qui a mis les conditions en place pour ça.

En termes de festivités, avec toute l’année qu’on a, le but actuellement, la vision que j’ai pour le 50e anniversaire, c’est une semaine au mois d’août qui va coïncider naturellement avec le 15 d’août où on aura certains événements, dont une porte ouverte majeure qui va focuser sur le 50e anniversaire. Un peu une réplique de ce qu’on a vu cet été, mais ce qu’on s’est rendu compte c’est qu’avec 13 000 visiteurs cet été, un des commentaires qui revenait souvent c’était que les gens nous disaient on ne connaît pas la 5e brigade, on ne sait pas ce que vous faites.

Alors l’idée de cette semaine de festivités avec certaines activités qui vont avoir une orientation très spécifique dans le cadre du 50e et pour plusieurs autres activités en périphérie, ça va être de faire la promotion de la 5e brigade dans la communauté ici, puis à Valcartier.

Essentiellement, on va essayer de le concentrer dans l’espace d’une semaine pour que les gens aient une opportunité de célébrer avec nous.

45eNord.ca: Et donc alors, poursuivant encore l’idée d’anniversaire et de communauté, les liens de la 5e brigade mécanisée du canada de la base de Valcartier avec la communauté au sens large du terme, les gens d’affaires, la population, Québec, Shannon, et alentour, comment on travaille à la brigade, je ne veux pas employer le mot améliorer, mais je vais quand même le dire, à améliorer les relations et à approfondir ces relations avec la communauté au sens large du terme.

Stéphane Boivin: Je suis pas en mesure de vous parler de toutes les initiatives pour la bonne et simple raison que je ne suis pas celui qui est responsable des relations, je vais dire avec les maires ou les gens d’affaires. Le commandant du groupe de soutien à la responsabilité de relations avec la communauté au sens large.

Ma relation à moi est véritablement une relation de, je m’en allais dire occupant, mais je voulais dire l’employeur principal avec les 4 500 membres de la brigade qui tous, vivent dans ces communautés-là, soit Shannon, Sainte Catherine de la Jacques Cartier, que ce soit Québec, Sainte-Foy.

Donc, c’est réellement un exercice de relations. On l’a fait à la journée porte ouverte cet été où on a invité tous ces gens là, certains gens d’affaires, certains politiciens qui ont évidemment tous des intérêts avec la communauté militaire à Valcartier avec les retombées économiques que celle-ci engagent.

L’arrivée du VBTP

45eNord.ca: Il y a là, au cours des derniers mois, quasiment depuis que vous êtes arrivé, j’imagine en tant qu’ancien commandant du 12e, vous avez été très longtemps dans le 12e, ça vous a tenu éveillé, les fameux VBTP qui sont enfin arrivés. Comment est-ce que vous, vous voyez cette arrivée et comment de fait l’intégration au sein de l’unité, de la Division et de la brigade. Comment on prévoit l’utilisation de ces véhicules, notamment dans le cadre de la montée en puissance ?

Stéphane Boivin: Excellente question je vous dirais. Le VBTP, comme vous l’avez mentionné, ça faisait plusieurs années qu’on l’attendait, est parfaitement intégré au sein de la brigade depuis le printemps dernier, On a passé par un cycle d’instruction individuelle évidemment pour qualifier nos gens sur le véhicule, en terme de chauffeur, en terme de tireur sur le véhicule.

Donc, l’ensemble de la flotte a été livrée au 5e GBMC, et pas nécessairement distribuée uniquement au 12e Régiment blindé du Canada. Il (le VBTP, NDLR) a été distribué au sein de quelques unités de la brigade pour diverses fonctions.

Donc, on l’a intégré tout le long de l’automne à l’intérieur de l’entraînement. Les résultats, les leçons apprises sont excellentes à ce stade-ci.

C’est un véhicule qui offre plusieurs opportunités et, comme vous avez pu le voir durant Op Lentus, ce printemps, le véhicule avait été déployé pour la première fois, il a offert une capacité de transport ou de projection qui n’est pas nécessairement propre à d’autres véhicules, par exemple qui pourraient être à chenille.

L’intégration va excessivement bien. On est au stade de développer certaine pratiques avec le véhicules et d’apprendre à le connaître, parce que, évidemment, lorsqu’un nouveau véhicule arrive dans l’inventaire, même si ça passe à travers une série de tests, une série de certifications, il n’en demeure pas moins que, lorsqu’il est utilisé dans son entièreté, on apprend énormément avec le véhicule.

Donc, je vous dirais que la première fois qu’on l’utilise en hiver par exemple, on apprend beaucoup à utiliser ce véhicule là qu’on ne savait pas l’été dernier.

45eNord.ca: Quelle est la leçon apprise majeure qu’on a appris de l’utilisation de ce véhicule ?

Stéphane Boivin: La leçon majeure…je vous dirais qu’on n’est probablement pas au stade des leçons majeures parce que ça ne fait pas assez longtemps qu’on l’utilise actuellement. Le fait qu’on l’a utilisé, je vous disais, les derniers véhicules sont rentrés dans l’été, donc ça fait actuellement trois mois qu’on l’utilise réellement. Utiliser un véhicule à l’entraînement et utiliser un véhicule en déploiement, il y plusieurs leçons différentes apprises au fur et à mesure. Ça fait que là, on est plus à l’étape de la consolidation qu’à l’étape des leçons apprises seulement avec le véhicule.

Les déploiements

45eNord.ca: Au niveau des troupes, la brigade fait sa montée en puissance, il y a eu les déploiements en Pologne, en Ukraine, certains qui ont été envoyés au Koweït, en Irak. Il y a eu également l’Opération NABERIUS, donc on a envoyé les «22» faire de l’instruction au Niger, à quoi on peut s’attendre au cours des prochains mois, de la prochaine année. Je ne parle pas là d’un vrai gros déploiement après la montée en puissance, mais les déploiements actuels, les déploiements qui ne sont pas liés à la montée en puissance ? Opération NABERIUS par exemple où on envoie une trentaine de gars sur une opération ou des exercices au sens large du terme.

Stéphane Boivin: Première des choses, permettez moi de faire une correction sur ce que vous avez dit. Op NABERIUS, parce que vous avez dit on envoie essentiellement des 22. Mon approche est un peu différente et ce qui est rapporté n’est pas nécessairement vrai en ce sens que ce n’est pas une tâche exclusivement au Royal 22e Régiment. Mon approche est une approche de brigade. Donc, tout ce que je fais, j’y vais avec les tâches qui me sont assignées à l’intérieur d’une mission X, dans ce cas-ci par exemple NABERIUS.

Donc, c’est un effort de brigade, c’est à dire que mon approche est une approche interarmes que je fais en terme de mission.

Donc, à l’intérieur de n’importe quelle opération, j’y vais avec les capacités qu’offrent certaines des unités pour être en mesure d’accomplir au meilleur de nos capacités cette mission là.

NABERIUS par exemple, je vous dirais, bien que c’est à très forte concentration de fantassins, il ya beaucoup d’autres armes qui sont représentées à l’intérieur de cette mission là qui est essentiellement une mission d’instruction. OK ? C’est une mission d’instruction qui se fait avec l’armée nigérienne, comme vous le savez, qui est basée annuellement sur quelques séries et que, pour le bien de cet appel, c’est tout ce que je peux vous dire.

45eNord.ca: Je sais qu’il y a eu le premier déploiement au printemps, il y a le 2e, je ne sais plus, qui est soit en cours, soit sur le point de se terminer, mais voilà, je comprends ce que vous voulez dire…

Stéphane Boivin: Oui, puis le 2e déploiement est sur le point de se terminer et ils vont être de retour pour les fêtes avec leurs familles.

45eNord.ca: OK, super, Donc la question que j’ai par rapport aux déploiements au sens large du terme non liés à la montée en puissance, là on a vu Opération NABERIUS, sur les exercices où on envoie des gars un peu partout en exercice, là, qu’est-ce qui s’en vient au cours de la prochaine année ?

Stéphane Boivin: Je vais vous parler de deux exercices majeurs qui s’en viennent, et cet automne on en a fait quelques-uns, dont un essentiellement, on a fait l’exercice BOLD ALLIGATOR qui est un exercice avec les marines, qui est un exercice amphibie, ça, c’est un des exercices qu’on a participé cet automne.

À venir, un des exercices majeurs en termes d’exercices multinational est l’exercice RIMPAC 2018 où je vais avoir l’équivalent d’une compagnie qui va se déployer dans le cadre de cet exercice là. Je vous dirais qu’à ce stade ci, les détails sont excessivement limités. Je voudrais vous donner des détails, mais j’en ai pas plus à ce stade ci, outre le fait qu’on va avoir l’équivalent d’une compagnie qui va être déployée dans le cadre de RIMPAC. Location et temps dans l’année à être confirmée, mais ça devrait être dans la période estivale.

À l’automne, un exercice majeur à l’international qui s’appelle TRIDENT JUNCTURE, exercice cette année avec des troupes réelles et des troupes synthétiques.

Dans ce cas ci, le QG de brigade va être déployé en Norvège au mois d’octobre prochain dans le cadre de cet exercice là, où moi, comme commandant de brigade je vais assumer non seulement le commandement de la brigade, mais dans le cadre d’une brigade multinationale, impliquant des Britanniques, des Français et probablement certaines autres nationalités qui demeurent à être confirmées à ce stade ci.

Mais en parallèle de ça, on va avoir une unité de brigade qui va être déployée dans le cadre de TRIDENT JUNCTURE, la portion réelle de l’exercice si vous voulez.

Ça, c’est réellement les gros morceaux et à chaque année on a des exercices supplémentaires dans le cadre avec les Américains qui se rajoutent et vont faire partie de la photo pour l’année prochaine.

45eNord.ca: Maintenant la question à côté de laquelle vous ne pouvez pas passer, la montée en puissance dans le but d’être éventuellement déployé, est-ce que vous avez des indices sur quel(s) déploiement(s) ? On s’entend que c’est toujours en rotation avec les autres brigades, évidemment, que ce soit pour l’Ukraine, pour la Lettonie, maintenant c’est la Lettonie, ou ailleurs si jamais il y a une autre mission qui s’ouvre. Mais dans les missions qui sont déjà ouvertes, on va le formuler comme ça, est-ce que vous avez des indices sur les déploiements?

Stéphane Boivin: J’ai un indice oui. Il va y avoir dans la prochaine année, date à être confirmée, mais je vous dirais 18-19, l’année 2018-2019, surtout à la fin de 18, on va commencer certains déploiements à l’extérieur du pays sur les trois missions principales, celles que vous connaissez et que vous avez déjà mentionné. En fait, on va commencer dès cet été avec les renforts individuels au niveau de Op. IMPACT en Irak, en fait plus précisément au Koweït comme vous le savez, où on va déployer certains membres de la brigade dans des rôles d’officiers d’état-major.

Ensuite, vers la fin 18, on va avoir une rotation, une première rotation en Ukraine sous l’égide de l’opération Op. UNIFIER qui est une opération comme vous le savez d’instruction où on aide à développer les capacités et spécialement de corps des officiers supérieurs de l’armée ukrainienne, puis un peu de travail au niveau des explosifs de circonstances, qui sont les lignes d’efforts principales qu’on a avec Unifier.

Ensuite, pour 19, essentiellement, on va déployer le premier contingent sur Op. REASSURANCE en Europe centrale avec la Lettonie dans le cadre du groupement tactique canadien qui, vous le savez fort probablement, est un groupement tactique multinational à ce stade ci. Alors on a la présence de plusieurs autres armées, dont l’Albanie, les Italiens, les Polonais, les Espagnols, qui font partie du groupement tactique avec diverses capacités et avec leurs rôles propres.

Ce sont réellement les trois missions pour lesquelles on a déjà les indicateurs qu’on va déployer, certains en juillet 2018, enfin la période estivale 2018 puisque ce n’est pas nécessairement séquencé comme des missions normales, et vers la fin 18. Et ça va durer pendant une période de un an et demi comme vous l’avez très bien expliqué dans le cadre des rotations entre les brigades.

45eNord.ca: Et quels sont les indices à propos des missions non-ouvertes ?

Stéphane Boivin: Bien, les missions non-ouvertes actuellement, j’ai aucun indice qui me permet de croire quoi que ce soit, j’assume que vous faites allusion aux missions de soutien de la paix ici.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’au sommet de Vancouver, les annonces qui ont été faites, ce sont des annonces qui place le gouvernement dans une position de négociations actuellement et, selon ce qu’on a comme indications, c’est que ça va suivre son cours avec les Nations unies en terme de négociations, puis éventuellement, on va voir ce qui va sortir de ça.

Notre rôle étant de répondre à la demande, donc en temps et lieu, lorsqu’on nous donnera l’ordre d’avertissement pour une mission, s’il y a mission, les membres de la 5e brigade seront prêts à répondre.

45eNord.ca: Est-ce que, justement, vous sentez que les membres, je ne veux pas dire sont prêts à se porter volontaires, on n’a pas nécessairement à se porter volontaires pour ça, mais disons, sont prêts à lever la main, dire « On est prêts à y aller » sur ces potentielles mission de soutien de missions de paix ?

Stéphane Boivin: Peu importe la mission, que ce soit une mission de soutien de la paix, que ce soit une mission avec l’OTAN, comme on a, ou que ce soit en support à la coalition en Irak, ou même en Ukraine, Je vous dirais que les membres de la 5e brigade sont tous très enclins à se déployer. On joint les Forces avec un certain idéal, avec l’idée qu’on va se déployer éventuellement, donc, peu importe la mission actuellement, tous mes membres sont tous très motivés à se déployer.

La Meute et l’appartenance à des groupes

45eNord.ca: Je pense qu’il y a quelque chose dont vous souhaitez nous parler et qui vous tient à cœur…

Stéphane Boivin: Écoutez. Je peux peut-être vous parler d’affiliation à des groupes. Je peux vous faire un petit résumé parce que vous savez que ça fait partie des recherches de certains groupes où on vise certains militaires pour faire partie des groupes. Je vais utiliser « La Meute » parce que c’est le nom de groupe qui est utilisé le plus souvent.

Mais juste pour vous donner le topo pour ce qui est de ces groupes là. Les Forces armées canadiennes ont ce qu’on appelle un code de conduite, d’éthique, qui a été publié à la fin juin 2012, sous lequel les valeurs des Forces armées canadiennes sont réitérées, soit l’honnêteté, l’intégrité, l’intendance des ressources, le courage et l’excellence.

Chaque membre des Forces armées canadiennes, et je vais parler spécialement pour la 5e Brigade, les attentes sont d’agir avec un professionnalisme hors pair évidemment et un standard élevé.

L’affiliation à certains groupes qui pourraient porter préjudice aux Forces armées canadiennes est quelque chose qu’on regarde de très près.

Tout membre a l’obligation morale et professionnelle de demander la permission pour adhérer à des groupes tel que « La Meute », dans le cadre d’un formulaire confidentielle sous la directive sur les conflit d’intérêt, Ça c’est pour « La Meute », c’est pour un groupe politique, c’est pour un second emploi, c’est très vaste.

L’idée derrière ça est de s’assurer que l’adhésion à un groupe X ne porte pas préjudice.

Comme citoyen canadien, de suivre une page ou de suivre un groupe, ce n’est pas quelque chose qui est interdit. Ceci dit, s’afficher comme membre des Forces canadiennes, de faire des commentaires qui sont déplacés, qui pourraient porter discrédit, ça, c’est évidemment inacceptable et, pour de notre côté, nécessite une enquête qui peut mener à des mesures administratives ou disciplinaires, dépendamment du cas.

Ce que ça veut dire, c’est que, dans le cadre où les membres des Forces armées canadiennes, spécialement encore une fois en ce qui me concerne les membres de la 5e Brigade, sont tenus par le code d’honneur de servir le Canada avant soi-même, de respecter la dignité des gens, et de s’assurer que leurs propos ne sont pas encadrés et ne portent pas préjudice à l’armée canadienne.

Pourquoi je fais cette parenthèse là avec vous, c’est qu’on entend beaucoup dans les médias plusieurs gens dirent qu’ils sont membres des Forces armées canadiennes. Ceci dit, le devoir et l’obligation est de dénoncer en ce qui nous concerne ces gens-là, surtout s’ils portent préjudice, et s’assurer que les propos, leurs propos sont en lien avec le code des valeurs de l’armée canadienne, le code et les valeurs éthiques de l’armée canadienne.

La liberté d’expression lorsqu’on porte un uniforme ne va pas nécessairement de pair si on ne respecte pas le code des valeurs et d’éthique des Forces armées canadiennes.

Donc en ce sens, tous gens qu’on est capable d’identifier, mais je ne fais pas de chasse aux sorcières là, ce n’est pas là qu’est la question ici. Et là, on a tous, on a beaucoup de choses à faire, mais évidemment, si les gens nous sont rapportés et qu’ils s’affichent clairement comme membres des Forces armées canadiennes, vous pouvez être assurés qu’il va y avoir enquête et des mesures administratives ou disciplinaires vont être prises contre ces gens là.

On ne peut pas se permettre dans le cadre actuel, dans le cadre de la diversité, mais pas seulement pour la diversité, mais par les prémisses de base qui font le respect et servir le Canada avant soi-même, on ne peut pas se permettre ce genre de comportement là dans les médias sociaux.

45eNord.ca: Je vous dirais même pour renforcer mon propos, ça va même au delà des médias sociaux.

Stéphane Boivin: Oui, vous avez entièrement raison, les médias sociaux sont une plateforme, mais que ce soit les journaux, que ce soit la radio, peu importe, la télévision, les gens (les militaires, NDLR) n’ont pas le droit de jeter le discrédit, n’ont pas la possibilité de jeter le discrédit sur les Forces armées canadiennes.

On fait énormément de travail de notre côté. On a encore nos gens sur ceux qui démontrent un intérêt pour faire ce genre de commentaires là, ou s’impliquer dans diverses causes.

Au delà de tout ça, on fait de l’encadrement, mais on fait aussi de l’éducation. Tous nos programmes mandatés, il y a une portion spécifique sur le code d’éthique. Non seulement ça, mais l’utilisation des médias sociaux et toutes les plateformes de communication.

45eNord.ca: Donc, pour conclure sur cette portion là justement, qu’est-ce que vous aimeriez dire, d’une part, à la population canadienne, à propos de ces loups solitaires, ou plutôt de ces loups rebelles, et qu’est-ce que vous diriez à ces loups rebelles. Qu’est-ce qu’on peut s’attendre d’eux.

Stéphane Boivin: S’ils ne suivent pas les directives de la chaîne de commandement qui est de demander la permission à la chaîne de commandement, déjà là, c’est une infraction. S’ils ont des commentaires déplacés, c’est une autre infraction. S’ils sont en conflit d’intérêt, portent préjudice, c’est évidemment d’autres infractions.

Donc, on les encourage fortement à demander à la chaîne de commandement ce qu’ils peuvent faire et non pas ce qu’ils pensent qu’ils ont le droit de faire.

Conclusion

45eNord.ca: Pour conclure, colonel, on a fait le bilan de ces six premiers mois d’une certaine façon, puis on a regardé ce qui s’en venait de façon générale à la brigade, pour vous personnellement, comment se passe, comment se sont passés ces six premiers mois et comment vous voyez les mois à venir ?

Stéphane Boivin: D’emblée je vous dirais le privilège et l’honneur qu’on m’a donné au mois de juin de prendre le commandement de la brigade est sans contredit toujours présent. Je suis réellement humble avec l’opportunité qu’on m’a donnée.

C’est un travail excessivement chargé, mais pour lequel je suis passionné. Donc, je veux dire, tous les efforts, ils sont mis au quotidien et, évidemment, les dernières semaines, les derniers mois ont été très occupés, mais les six prochains, ils ne le seront pas moins.

Donc, ça va être un hiver et un printemps excessivement occupés dans le cadre du processus de certification où moi-même je dois m’assurer que tout est en place. Ce pourquoi on me demande, je suis prêt non seulement avec l’équipe, mais avec la 5e Brigade.

Les membres le savent, les prochains mois vont être très occupés encore une fois et je suis convaincu que la réputation d’excellence des membres de la 5e Brigade, et de la Division, parce que j’ai d’autres membres qui sont attachés évidemment qui sont en renforts, vont être au rendez-vous pour les prochains exercices et pour les déploiements à venir.

45eNord.ca: Super! Eh bien colonel, je pense que ça fait pas mal le tour. Donc, merci beaucoup d’avoir pris ce temps.

Stéphane Boivin: C’est moi qui vous remercie encore une fois de votre temps.

45eNord.ca: Merci beaucoup et passez de bonnes fêtes de fin d’année !

Stéphane Boivin: Bonne fête à vous et au plaisir de vous revoir.

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