Israël-Palestine: Abbas prévient qu’il n’acceptera «aucun plan» de paix américain

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (Archives/AFP)
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Le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah le 19 juin 2014. (Archives/Abbas Momani/AFP)

Les Palestiniens n’accepteront « aucun plan » de paix proposé par les États-Unis au Proche-Orient après leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, a déclaré vendredi à Paris le président palestinien Mahmoud Abbas.

« Nous n’accepterons aucun plan de la part des États-Unis », a-t-il déclaré à l’issue d’un entretien avec le chef de l’État français Emmanuel Macron et au lendemain d’une condamnation assez large par l’Assemblée générale de l’ONU de la décision du président américain Donald Trump du 6 décembre reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Les États-Unis se sont disqualifiés eux-mêmes », a ajouté le président palestinien, qui a refusé de rencontrer le vice-président américain Mike Pence lors de son prochain voyage au Proche-Orient, et alors que les États-Unis préparent un plan de paix pour la région devant être dévoilé aux alentours du printemps 2018.

Sur les 193 pays membres de l’ONU, 128 ont voté en faveur de cette résolution non contraignante, dont de nombreux alliés de Washington comme la France et le Royaume-Uni. Plus de pays que prévu n’ont pas voté la résolution, permettant aux États-Unis – qui avaient agité la menace de rétorsions financières contre l’ONU – de limiter la casse.

Revenant sur la menace américaine de « noter les noms » des pays qui voteraient la condamnation et de revoir la contribution financière de Washington aux Nations unies, M. Abbas a jugé qu' »on ne peut pas imposer au monde des positions en utilisant l’argent ».

« On ne peut pas payer des États en exigeant qu’ils adoptent une position politique donnée », a-t-il estimé.

La décision de Washington sur Jérusalem et le vote onusien sont de sérieux vents contraires pour la diplomatie américaine qui va désormais devoir laisser passer l’orage avant de tenter de reprendre la main, notamment avec le plan de paix préparé en grand secret par le gendre et proche conseiller de M. Trump, Jared Kushner.

Initialement attendue vers janvier, la présentation de ce plan a dû être repoussée vers la fin du premier trimestre 2018, le temps de laisser retomber la poussière, même si la décision américaine n’a pas dans les faits provoquée de manifestations massives dans la région.

Vendredi, deux Palestiniens – dont un âgé de 24 ans – ont été tués, tous deux atteints à la poitrine par les balles israéliennes dans la bande de Gaza. Ils sont les neuvième et dixième Palestiniens tués dans les violences provoquées par la décision américaine annoncée le 6 décembre.

Ils ont trouvé la mort lors de heurts distincts auxquels ont pris part des centaines de personnes, a indiqué le ministère de la Santé gazaouï.

Le Hamas, qui gouverne le territoire de Gaza, a appelé à une nouvelle journée de protestation après la grande prière du vendredi. « La volonté du peuple palestinien est plus forte que la volonté des Etats-Unis et Trump va regretter cette décision », a déclaré un leader du Hamas, Musheer al-Masri, en marge d’une manifestation vendredi.

Pour Emmanuel Macron, les États-Unis sont désormais « marginalisés » dans ce dossier, mais il n’a pas pour autant dit que la France allait se précipiter pour endosser un rôle moteur dans cette crise qui empoisonne les relations internationales depuis des décennies.

Et ce, alors que M. Abbas appelle de ses voeux une implication française. « M. Le président, nous vous faisons confiance, nous vous respectons, nous apprécions vos paroles, nous attendons beaucoup, beaucoup de vous, nous espérons continuer à bien travailler ensemble », a déclaré M. Abbas.

Affirmant que la diplomatie française faisait preuve d’un « esprit de méthode », le président Macron a écarté toute reconnaissance unilatérale par la France d’un État palestinien.

« Décider unilatéralement de reconnaître la Palestine est-il efficace ? Je ne crois pas. Car ce serait une réaction » à la décision américaine « qui a provoqué des troubles dans la région », a-t-il développé. « Je répliquerais une erreur d’un type pareil », a-t-il estimé, ajoutant qu’il n’allait « pas construire le choix de la France en réaction » à la politique américaine.

Emmanuel Macron, qui se rendra en Israël et dans les territoires palestiniens en 2018, a rappelé la position française estimant qu’il « n’y a pas d’alternative à la solution des deux États et pas de solution sans accord entre les parties sur Jérusalem ».

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Attendre que l’orage passe. Les Etats-Unis pensent rester un médiateur incontournable entre Israéliens et Palestiniens, mais ils se sont compliqué la tâche avec la décision de Donald Trump sur Jérusalem avant la présentation, d’ici le printemps, de leur plan de paix.

« C’est clairement un moment difficile », estime David Makovsky, du Washington Institute for Near East Policy. Mais, relativise l’ex-diplomate jadis impliqué dans le processus de paix, « il y a déjà eu des hauts et des bas avant cela »: « si j’avais gagné un dollar à chaque fois que quelqu’un a dit +c’est fini, les Américains ont perdu leur rôle de médiateur+… ».

Le président américain a rompu, le 6 décembre, avec la position de ses prédécesseurs et avec le consensus international en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le tollé contre cette décision unilatérale est venu notamment de la plupart des alliés de Washington, de l’Arabie saoudite à la Turquie en passant par la France et le Royaume-Uni.

Selon les observateurs, Donald Trump s’est tiré une balle dans le pied. Car l’homme d’affaires se dit par ailleurs déterminé à relancer le processus de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens.

Or les Palestiniens ont fait savoir que Washington ne peut plus aspirer au rôle de médiateur. « Nous n’accepterons aucun plan de paix de la part des Etats-Unis », a martelé vendredi leur président Mahmoud Abbas. Il a aussi refusé de rencontrer le vice-président américain Mike Pence lors de son voyage au Proche-Orient, prévu cette semaine mais opportunément repoussé à mi-janvier.

La condamnation de la décision américaine a culminé jeudi à l’Assemblée générale de l’ONU avec l’adoption d’une résolution contre la décision américaine. Un « revers cinglant », a dit à l’AFP l’ambassadeur palestinien à l’ONU Riyad Mansour.

Selon des sources diplomatiques, les Palestiniens espèrent que ce vote leur permettra de peser lors de la prochaine phase.

– ‘Stratégie américaine’ –

Car une fois la tempête passée, Washington compte bien reprendre l’initiative.

« Il faut maintenant se concentrer à nouveau sur notre intérêt stratégique », explique Dan Shapiro, ambassadeur en Israël sous l’administration de Barack Obama. « Quelle est la stratégie américaine pour mettre fin à ce conflit, parvenir à deux Etats? », demande-t-il sur Twitter.

Au sein de l’administration américaine, on se veut confiant. La décision sur Jérusalem n’aura in fine qu’un impact limité, assurent des responsables, persuadés que les dirigeants du monde arabo-musulmans condamnent Washington pour satisfaire leur opinion publique, mais sont prêts à tourner la page.

Donald Trump compte sur son gendre et proche conseiller Jared Kushner pour réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué. Sa petite équipe, chargée de relancer les négociations de paix, a beaucoup voyagé au Moyen-Orient ces derniers mois, et beaucoup écouté tous les acteurs, gagnant souvent leur respect, rapportent des sources diplomatiques.

Sans rien laisser filtrer de ses idées, si ce n’est l’intention de parier sur une vaste évolution des dynamiques régionales et sur un rapprochement entre les pays sunnites, menés par l’Arabie saoudite, et Israël, censés s’allier face à l’Iran chiite, l’ennemi commun.

Initialement attendue vers janvier, la présentation du plan de paix de Jared Kushner a dû être repoussée vers la fin du premier trimestre 2018, le temps de laisser retomber la poussière.

Les Etats-Unis pourront-ils à ce moment-là retrouver leur rôle naturel de médiateurs?

Malgré leur hostilité à la décision sur Jérusalem, plusieurs de leurs alliés le pensent.

Même si les Etats-Unis sont pour l’instant « marginalisés » dans ce dossier aux yeux du président français Emmanuel Macron, son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est montré rassuré en début de semaine à Washington d’apprendre que Jared Kushner entendait bien présenter prochainement son « initiative ».

Après le vote de jeudi, « il est plus important que jamais de rassembler la communauté internationale autour des paramètres agréés du processus de paix, ce qui inclut bien sûr les Etats-Unis dont chacun sait le rôle et le poids particuliers sur ce dossier », a déclaré à l’AFP l’ambassadeur de France à l’ONU François Delattre.

Et la Première ministre britannique Theresa May a souligné, lors d’une conversation avec Donald Trump, « l’importance que les Etats-Unis présentent de nouvelles propositions pour la paix qui soient soutenues par la communauté internationale ».

Quand Jared Kushner et l’émissaire américain Jason Greenblatt présenteront leur plan, « les Palestiniens vont devoir le prendre au sérieux », estime David Makovsky. D’autant, explique-t-il à l’AFP, que Donald Trump a aussi dit des choses censées les satisfaire, mais rendues inaudibles par la polémique sur Jérusalem: à savoir que le statut final de la ville, les frontières et les accords de souveraineté dépendront de la négociation finale entre les deux camps.[/toggle]