Le processus de transition à la vie civile sous la loupe lors d’une enquête du coroner en Nouvelle-Écosse

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Lionel Desmond (à l’extrême droite) faisait partie du 2e bataillon, du Royal Canadian Regiment, basé à la BFC Gagetown. (Facebook)

L’enquête publique qui aura lieu en Nouvelle-Écosse sur le suicide du vétéran de l’Afghanistan Lionel Desmond qui a abattu en janvier dernier trois membres de sa famille pourrait avoir d’importantes répercussions sur la manière d’encadrer les ex-soldats malades, a déclaré un défenseur des droits des anciens combattants, l’ex-député néo-démocrate fédéral Peter Stoffer.

Lionel Desmond (33 ans), diagnostiqué avec un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) après deux missions éprouvantes en Afghanistan en 2007, a tué par balles sa femme Shauna (31 ans), sa fille Aaliyah (10 ans) et sa mère Brenda Desmond (52 ans) avant de s’enlever la vie dans leur résidence d’Upper Big Tracadie le 3 janvier 2017.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a annoncé, jeudi 28 décembre, qu’une enquête médico-légale publique aura lieu.

Contrairement au Québec où toute mort survenue dans des circonstances violentes (accident, suicide, homicide) ou obscures fait l’objet d’une enquête publique du coroner, dans les autres provinces, de pareilles enquêtes ne sont généralement pas publiques.

L’enquête, qui visera à mieux comprendre les circonstances et les causes de la tragédie, ne pourra pas éviter d’examiner le processus par lequel les militaires réintègrent la vie civile un peu partout au pays. Ottawa a promis de collaborer pleinement à cette enquête, le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan, déclarant vendredi que le gouvernement fédéral voulait éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise.

Pour le défenseur de la cause des anciens combattants, l’ex-député fédéral Peter Stoffer, citée par La Presse Canadienne, même si cette enquête se concentre sur l’affaire Desmond, les conclusions et les recommandations auront un impact sur les droits des vétérans partout au Canada.

L’homme était un militaire jusqu’à tout récemment, en 2015, et a été déployé en Afghanistan en 2007, durant l’Opération ATHENA. Il aurait cherché à se faire aider pour un apparent syndrome de stress post-traumatique, mais n’aurait pas reçu l’aide demandée.

La famille de Lionel Desmond a révélé que son comportement avait changé de façon radicale lorsqu’il a été libéré des forces armées pour des raisons médicales et qu’il est rentré chez lui à Upper Big Tracadie en Nouvelle-Écosse en 2015, rapporte l’agence de presse. Son sens de l’humour s’était éteint et il semblait constamment sur ses gardes comme s’il se trouvait toujours en «mode combat».

Dans les heures qui ont suivi le drame, ses proches ont dénoncé le manque d’aide offerte à l’ex-caporal pour retrouver une vie normale.

La militante engagée et blogueuse sur 45eNord.ca Jenny Migneault déclarait à ce sujet le lendemain de la tragédie «on continue de sous-estimer la souffrance du syndrome de stress post-traumatique et de l’impact de l’absence des services». Elle va plus loin en estimant que s’il est avéré que «la mort de ces gens-là est relié au SSPT… eh ben c’est pas relié au SSPT ! C’est relié à toute la dégradation d’un état qui est pas traité dès le départ! Le syndrome de stress post-traumatique ne tue pas personne… sauf que l’abandon, sauf que la colère, sauf que la solitude, sauf que l’isolement, font en sorte que ça dégénère».

«Cette enquête aura des répercussions nationales pour la façon dont procède le gouvernement et pour les provinces et territoires aussi», estime aujourd’hui l’ex-député néo-écossais Peter Stoffer, ajoutant qu’il faut espérer que «que le processus de sortie des militaires et des policiers de la GRC pourra être grandement amélioré».

Pour sa part, l’adjudant-maître à la retraite Barry Westholm, cité par l’agence de presse, a qualifié ce qui est arrivé à la famille Desmond de «tragédie nationale». «Si Lionel avait eu un endroit où appeler, un être humain pour lui dire «OK Lionel, revient à la base et on va s’occuper de toi», peut-être que cette tragédie aurait pu être évitée. Ça prend un drame comme ça pour les faire agir», a-t-il dénoncé cette semaine.

Selon Barry Westholm, qui a servi au sein d’une unité de soutien qui offrait de l’aide et des programmes pour les militaires blessés ou malades, l’enquête devrait s’intéresser à la manière dont les militaires blessés sont préparés à leur retour à la vie civile et comment ils sont suivis une fois libérés.

Pour Barry Westholm, ce qui reste à faire est déjà très clair. «C’est ce qui me rend fou. Ils ont tout ce qu’il faut, sauf le leadership. Toutes les réponses sont là, les rapports sont rédigés, les gens sont là», dénonce-t-il.

Selon le Dr Matthew Bowes, médecin légiste en chef de la Nouvelle-Écosse qui a recommandé l’ouverture de l’enquête, citée lui aussi par La Presse Canadienne, l’apparent manque de coopération entre les agences gouvernementales risque également d’être un aspect clé qui devrait ressortir lors de l’enquête.

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