Rapport public 2017 sur la menace terroriste: le niveau demeure le même, mais les formes évoluent

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Le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le rapport annuel 2017 de Sécurité publique Canada publié aujourd’hui indique que le niveau de la menace terroriste n’a pas changé, la principale menace terroriste provenant des extrémistes violents inspirés par des groupes terroristes tels que Daech et Al-Qaïda, mais aussi de l’extrémisme de droite, presque inconnu au Canada il y a quelques années à peine.

Alors que le pays est confronté à de nouvelles formes de terrorisme comme les attaques « rudimentaires » et les cyberattaques, « Le contexte de menaces en évolution est diffus et complexe. », écrit le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, dans le message qui chapeaute le rapport.

Le Rapport public de 2017 sur la menace terroriste pour le Canada fournit ainsi une analyse à jour de l’environnement relatif au terrorisme qui affecte le Canada, en fonction de renseignements qui proviennent de tous les organismes et ministères du gouvernement qui travaillent sur la sécurité nationale.

Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile a la responsabilité de prendre la direction pour tout ce qui touche la sécurité publique et la protection civile, y compris le terrorisme.

La Gendarmerie royale du Canada dirige les enquêtes criminelles en cas d’attentat terroriste en sol canadien dans le cadre de son mandat de responsable principal de l’application de la loi et de la sécurité au Canada.

Le Service canadien du renseignement de sécurité est chargé de mener les enquêtes sur les activités soupçonnées de constituer des menaces envers le Canada.

Le Centre de la sécurité des télécommunications est responsable de la requête du renseignement électromagnétique étranger et fournit de l’assistance aux organismes fédéraux chargés de l’application de la loi et de la sécurité dans l’exercice des fonctions que la loi leur confère.

L’Agence des services frontaliers du Canada est responsable d’assurer l’intégrité des frontières du Canada et d’appuyer la GRC et les autres organismes qui participent à la gestion des menaces et aux interventions en cas d’événements.

Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes sont chargés de soutenir les forces de l’ordre dans le cadre du processus de Demande d’aide. Si un incident est considéré comme une attaque envers le Canada, il peut être possible de faire appel à des accords en matière de défense et les FAC en seraient les responsables.

Transports Canada est responsable d’appuyer la GRC ou le MDN/FAC en réagissant aux incidents terroristes affectant le système de transports (tous les modes) et de travailler avec l’industrie pour mettre en œuvre les mesures de sécurité appropriées en matière de transport.

Santé Canada a la responsabilité d’appuyer les forces de l’ordre qui répondent à des incidents terroristes chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires ou à des incidents ayant une incidence sur la santé publique.

L’Agence de la santé publique du Canada est chargée de soutenir les forces de l’ordre dans leur réponse aux incidents terroristes impliquant du matériel biologique.

Le rapport dresse le profil d’événements survenus récemment au Canada et partout dans le monde et aide à les situer dans le contexte global de menace. Le niveau de la menace terroriste du Canada est actuellement modéré et demeure le même depuis octobre 2014, dit le rapport.

Cette année, le rapport met en garde contre une hausse des attaques terroristes rudimentaires, mais mortelles, incluant des agressions à l’arme blanche et des voitures bélier. Il est particulièrement difficiles de voir venir les gestes posés avec des armes blanches faciles à obtenir.

« Dans leur propagande, Daech et Al-Qaïda ont conseillé à leurs sympathisants d’utiliser de petites armes, des véhicules et des armes blanches pour maximiser les dommages. Un tel encouragement à utiliser des armes simples donne des moyens d’agir à ceux qui seraient incapables autrement de mener des attaques terroristes plus complexes. », note le rapport. On peut interdire les armes automatiques, par exemple, mais pas les voitures ou tous les couteaux.

Le rapport indique également que les terroristes auraient l’intention de développer des compétences en cyberattaques, mais, toujours selon le rapport, même si des « cyberacteurs affiliés à Daech ont revendiqué la responsabilité du vandalisme de sites du gouvernement et du secteur privé » ils n’auraient pas encore pas encore selon Sécurité publique Canada démontré ici leur capacité à causer de réels dommages.

Affirmation étonnante pour qui se rappelle les cyberattaques récentes comme « Wannacry » qui avait touché des dizaines de pays à travers le monde, paralysant les services de santé britanniques et affecté plusieurs entreprises d’importance. Attaque derrière laquelle se trouverait la Corée du Nord si on en croit Washington, ce qui démontrerait bien en outre, si besoin était, que le cyberterrorisme n’est pas l’apanage des groupes djihadistes.

Toujours est-il que le portrait que dresse de l’avenir à ce chapitre le rapport est plutôt inquiétant, admettant qu' »Avec des capacités suffisamment avancées, les entités terroristes seraient en mesure de perturber des services essentiels et des infrastructures essentielles (comme les réseaux électriques, l’approvisionnement en eau et en nourriture et le transport). »

Le rapport de la Sécurité publique canadienne rappelle également aussi que «tout type d’idéologie radicale peut alimenter le terrorisme, y compris l’extrémisme de droite».

«Au Canada, les individus ayant des idées d’extrême droite sont principalement actifs en ligne et se servent des forums de clavardage et des réseaux en ligne. Plutôt que de promouvoir ouvertement la violence, ces personnes tentent souvent de créer une culture de peur, de haine et de méfiance en ligne en exploitant des préoccupations réelles ou imaginées lorsqu’elles s’adressent à un auditoire virtuel», précise le rapport.

Culture de haine dont plusieurs seraient tentés de voir à la manifestation dans des attaques comme celles contre la Mosquée de Québec en janvier 2017 où un jeune nationaliste d’extrême droite québécois, Alexandre Bissonnette, avait ouvert le feu, abattant six fidèles lors de la prière du soir.

Et il ya fort à craindre que ce geste ne soit pas isolé: « On a remarqué », dit le rapport, »une augmentation des rapports d’incidents haineux aux services policiers au Canada, ce qui signifie qu’il y a toujours une possibilité que l’extrême droite se manifeste de façon violente à l’avenir.

De l’autre côté du spectre, le rapport mentionne les 190 extrémistes ayant un lien avec le Canada qui se trouvent à l’étranger et sont soupçonnés de prendre part à des activités terroristes, indiquant aussi que 60 autres seraient maintenant de retour au Canada, alors que le choix d’accepter leur retour et de tenter de les réhabiliter a semé la controverse dans une partie de la population canadienne, surtout que plusieurs pays comme la France ou le Royaume-Uni ne se sont pas gênés pour laisser savoir qu’eux les préféraient plutôt morts que vivants.

Les statistiques relatives aux Canadiens partis combattre à l’étranger, souligne par ailleurs le rapport, sont demeurées relativement stables au cours des deux dernières années, puisque qu’il devenait de plus en plus difficile pour les extrémistes de traverser la frontière canadienne dans un sens comme dans l’autre.

La perte par le groupe armée État islamique et l’attrait moindre qu’il exerce sur ceux qui voudraient partir faire le djihad explique probablement aussi que le nombre de Canadiens qui partent à l’étranger joindre des groupes terroristes et en reviennent n’augmente pas notablement ou, devrait on plutôt dire, n’augmente plus.

Finalement, le rapport énumère également les mesures variées et multidimensionnelles prises par le gouvernement « afin d’assurer la sécurité des Canadiens, tout en protégeant leurs droits et leurs valeurs. », comme la mise en œuvre du Plan fédéral d’intervention en cas d’acte terroriste, le dépôt du projet de loi C-59 intitulé la Loi concernant des questions de sécurité nationale et la création du Centre canadien d’engagement communautaire et de prévention de la violence, ne manquant pas l’occasion de rappeler aussi la « création du Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement (CPSNR) pour améliorer la responsabilité et la transparence en matière de sécurité nationale. »

«Nos organismes évaluent et réévaluent constamment toutes les données qui nous permettent d’être efficaces pour assurer la sécurité des Canadiens. Le Canada dispose d’une gamme complète de moyens pour lutter contre le terrorisme, et nous les utilisons tous, y compris la Coalition mondiale contre Daech, les enquêtes de sécurité, le contrôle, la surveillance, la collecte de renseignements, l’échange légal, la collecte de preuves, les accusations criminelles, les poursuites, les engagements de ne pas troubler l’ordre public, et les listes publiques, la liste d’interdiction de vol, la révocation de passeports, des mesures appropriées de réduction des menaces, et des initiatives de prévention afin de parer les tragédies. Nous avons besoin de tous les moyens à notre disposition, et nous les utilisons tous pour garder notre pays en sécurité.», de conclure le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale.

171221-Rapport Public Sur La Menace Terroriste. PDF by Anonymous opV0GNQtw on Scribd

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