Le Canada ne compte toujours pas participer au bouclier antimissile américain, malgré les menaces nouvelles

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À bord de l’USS VINCENNES (CG-49) des membres d’équipage surveillent les radars (Archives/Tim Masterson/US Navy)

Alors que le Canada et les États-Unis s’apprête à travailler à l’amélioration du système de défense de l’Amérique du Nord, aucune discussion n’est prévue concernant une participation du Canada au bouclier antimissile américain selon le chef d’état-major canadien, le général Jonathan Vance, rapporte La Presse Canadienne.

Plusieurs, à commencer par le lieutenant-général à la retraite et ex-sénateur libéral Roméo Dallaire, étaient pourtant persuadés que la question du bouclier antimissile reviendrait à l’ordre du jour lors des discussions entre le Canada et les États-Unis sur la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) et que , suite au lancement d’un nouveau missile nord-coréen plus tôt cette semaine, la question d’une éventuelle participation du Canada à la défense antimissile semblait se poser avec encore plus d’acuité.

Mais, si les responsables militaires canadiens se préparent à des discussions approfondies avec les États-Unis concernant la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) face aux nouvelles menaces auxquelles est confronté le système canado-américain, qui est actuellement utilisé pour détecter les avions, missiles et navires ennemis, pas question pour autant de focaliser sur une éventuelle participation canadienne au bouclier antimissile américain, a déclaré assez catégoriquement jeudi le chef d’état-major canadien.

« La défense continentale n’est pas un simple système binaire ‘oui’ ou ‘non ‘ en ce qui concerne les missiles balistiques, et ce ne serait pas correct de la réduire à ce seul aspect. », a nuancé le chef d’état-major canadien. « La défense continentale a plusieurs facettes. »

« Je suis heureux de constater que nous adoptons une approche globale de la défense militaire pour les 20 ou 50 prochaines années, a dit le général Vance, « Qu’est-ce qui se passe qui pourrait représenter une menace militaire pour les Canadiens, et dans le contexte de Norad, les Américains ? « .

La menace des missiles balistiques sera étudiée, a-t-il reconnu, mais on s’intéressera aussi à des problèmes comme les cyberattaques. Mais, à la question de savoir si le Canada et les États-Unis ont discuté d’une éventuelle participation canadienne au bouclier américain, il est catégorique: « Aucunement. Absolument pas », assure-t-il, rappelant qu’Ottawa a récemment indiqué que le Canada ne participerait pas au projet. Il serait donc très inapproprié en ce moment de discuter du bouclier antimissile balistique. »

Le gouvernement canadien avait décidé en 2005 de ne pas se joindre au controversé projet de bouclier antimissile des États-Unis. Il n’y a donc pas d’accord-cadre juridique entre le Ottawa et Washington en ce qui concerne la défense antimissiles et, si le Canada devait subir une attaque avec des missiles balistiques, le pays serait vulnérable!

Alors que rien dans l’arsenal canadien ne permettrait actuellement d’empêcher une attaque de ce genre, nous ne faisons pas partie du bouclier antimissiles américain. Si une bombe est largué depuis un avion, c’est le NORAD [États-Unis et Canada] qui intervient, mais, dans le cas de missiles balistiques, c’est le NORTHCOM [États-Unis seulement].

Selon les experts, même si les États-unis pourraient intercepter un missile en direction du Canada, même sans accord les y contraignant, ils n’ont aucune obligation d’intervenir sur le champ, malgré l’article 5 de l’OTAN stipulant qu’une attaque contre un pays membre de l’OTAN est une attaque contre tous.

Le général à la retraite Roméo Dallaire et ex-sénateur libéral avait émis l’opinion que le Canada devrait adhérer au système continental de défense contre les missiles balistiques conçu par l’armée américaine. La participation canadienne obligerait les États-Unis à abattre tout missile qui se dirigerait vers le Canada – ce qui n’est pas le cas actuellement, et le ministre de la Défense Harjit Sajjan avait semblé ouvrir la porte à une possible participation canadienne au projet controversé en octobre.

Mais le gouvernement canadien a vite refermé cette porte, le premier ministre Justin Trudeau écartant l’idée que le gouvernement libéral pourrait adhérer à la défense antimissile continentale, et annonçant le maintien de la décision d’Ottawa de ne pas s’y joindre.

Interrogé aujourd’hui par 45eNord.ca lors de son passage à Saint-Jean-sur-Richelieu pour y réitérer l’intention d’Ottawa de ramener l’enseignement universitaire au CMR Saint-Jean, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a déclaré pour sa part que « Nous allons nous assurer d’être, avec nos partenaires américains, prêt pour le futur et pour toutes éventualités », mais que le Canada avait bien l’intention de réexaminer « la question de la défense du continent sous tous ses angles, terre, air et mer », privilégiant ainsi une approche globale et indiquant que, pour le moment, la position de son gouvernement sur la participation canadienne au bouclier antimissile américain n’avait pas changé.

Les Conservateurs, eux, sont d’avis que le Canada devrait s’impliquer dès maintenant dans le programme américain, tandis que le NPD a l’opinion contraire et s’oppose farouchement à toute participation canadienne.

Beaucoup d’opposants à la participation canadienne au bouclier anti-missile croient que cela ne ferait qu’envenimer la situation et qu’Ottawa devrait concentrer plutôt ses énergies sur le front diplomatique.

«Ce genre de système de défense ne fait qu’encourager des pays comme la Corée du Nord — mais aussi la Chine ou la Russie — à améliorer leur système, et cela ne fait que mener à une escalade», avait déclaré à ce sujet la députée néo-démocrate et porte-parole de son parti en matière d’Affaires étrangères Hélène Laverdière.

« Je ne crois pas que la participation ou la non-participation du Canada au bouclier antimissile ait une influence réelle sur l’augmentation de la menace nord-coréenne, avait commenté Mme Laverdière. Ce sur quoi nous devons travailler collectivement est le désarmement nucléaire. »

Bref, si on a bien compris, les conservateurs parlent de s’armer, les néo-démocrates de désarmer et les libéraux d’étudier… Pourvu que pendant ce temps, le ciel ne nous tombe pas sur la tête.

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