Nouvelle mobilisation des Palestiniens et nouveaux heurts pour Jérusalem

De nouveaux heurts ont opposé Palestiniens et forces israéliennes vendredi lors de manifestations contre la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël, faisant un mort et des dizaines de blessés. (AFP/Thomas COEX)
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De nouveaux heurts ont opposé Palestiniens et forces israéliennes vendredi lors de manifestations contre la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël, faisant un mort et des dizaines de blessés. (AFP/Thomas COEX)

De nouveaux heurts ont opposé Palestiniens et forces israéliennes vendredi lors de manifestations contre la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël, faisant quatre morts et des dizaines de blessés parmi les Palestiniens.

Même si la décision américaine reste loin, dix jours après, de déclencher la spirale de violence redoutée, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans la bande de Gaza dirigée par le mouvement Hamas, et des milliers à Jérusalem et en Cisjordanie occupée à la sortie de la prière musulmane hebdomadaire, selon des journalistes de l’AFP sur place.

Une partie d’entre eux sont ensuite allés au contact des soldats et policiers israéliens, qui ont riposté aux jets de pierre de jeunes gens souvent masqués par des tirs à balles réelles ou en caoutchouc et des lacrymogènes, à Ramallah, Bethléem, Hébron, Qalandiya et près de Naplouse, en Cisjordanie.

Dans la bande de Gaza, des centaines de Palestiniens ont défié les forces israéliennes au pied de la barrière de béton et de métal qui ferme hermétiquement la frontière. Un Palestinien a été tué par balles lors des heurts et des dizaines ont été blessés, dont certains grièvement, selon les secours.

Depuis le début des manifestations le 7 décembre, cinq Palestiniens ont été tués au total et des centaines blessés par les forces israéliennes. Des dizaines ont par ailleurs été arrêtées.

Le Hamas, qui avait exhorté à une « nouvelle intifada » aussitôt après l’allocution du président américain Donald Trump sur Jérusalem le 6 décembre, a appelé à faire de chaque vendredi une « journée de rage ».

– ‘Intifada de Jérusalem’ –

À Jérusalem même, où 30.000 fidèles ont prié sur l’esplanade des Mosquées selon la fondation qui administre le site, les policiers se sont vigoureusement empoignés dans la Vieille ville avec des dizaines de personnes sorties de la prière en agitant de grands drapeaux palestiniens.

Le choix du président Donald Trump de tourner le dos à des décennies de diplomatie américaine et internationale continue ainsi de provoquer des mouvements quotidiens de protestation, plus ou moins violente.

Des dizaines de milliers de musulmans à travers le monde ont brûlé des drapeaux américain et israélien et piétiné des portraits de M. Trump depuis la semaine passée.

En, Jordanie, des milliers de personnes ont manifesté à l’appel des Frères musulmans (dont est issu le Hamas) dans plusieurs villes du royaume, par solidarité avec « l’Intifada de Jérusalem ». Devant l’ambassade des Etats-Unis à Amman, des centaines de personnes ont réclamé la fermeture de la représentation diplomatique et l’expulsion de l’ambassadeur, scandant « Pas d’ambassade sioniste en terre jordanienne ».

Cependant, la protestation n’a pas pris pour l’instant les proportions appréhendées dans les Territoires palestiniens et le monde musulman, alors que la communauté internationale s’alarmait du risque d’une incontrôlable réaction en chaîne et que le Hamas prédisait « l’enfer » pour les intérêts américains.

Pour les Palestiniens, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ne préjuge pas seulement du résultat de négociations dont le statut de la ville devrait faire l’objet. Elle nie l’identité arabe de Jérusalem-Est, annexée et occupée par Israël, et mine leur aspiration à établir un jour la capitale de leur futur Etat à Jérusalem-Est.

Israël proclame tout Jérusalem sa capitale « indivisible ».

Un récent sondage du respecté Centre palestinien de recherche politique indique que 45% des Palestiniens sont favorables à un soulèvement populaire pour résoudre le vieux conflit avec Israël. Il y a trois mois, 35% préconisaient la résistance armée et, pour le directeur de l’institut, Khalil Shikaki, la « seule explication possible » de cette augmentation est la décision de M. Trump.

– Volatile Gaza –

Si cela ne se traduit pas par une mobilisation massive, c’est à cause de l’efficacité des forces israéliennes et de la coopération des services de sécurité relevant de l’Autorité palestinienne, embryon d’État internationalement reconnu et interlocuteur d’Israël, dit M. Shikaki à l’AFP.

C’est aussi parce que « le Hamas est trop faible en Cisjordanie et que le Fatah (parti rival qui domine l’Autorité) ne veut pas prendre la voie de la violence », ajoute-t-il. « Cela n’est pas près de changer ».

Sauf si entre en jeu « quelque chose qui ne touche pas seulement au statut politique de Jérusalem. Cette composante religieuse, émotionnelle est actuellement absente », note M. Shikaki.

Pour les Palestiniens, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ne « représente pas un changement fondamental de la réalité »: celle de Jérusalem-Est totalement sous le contrôle d’Israël, dit-il.

Les experts mettent cependant en garde contre les conclusions hâtives.

En moins de 10 jours, 12 roquettes et obus ont été tirés de Gaza vers Israël. En réponse, l’armée a frappé 10 cibles dans le territoire.

Pour ces experts, dans une situation aussi volatile, le danger d’une escalade n’est jamais loin, même si Israël et le Hamas ne semblent pas y trouver leur intérêt pour le moment.