Ottawa lance enfin l’appel d’offres pour 88 nouveaux chasseurs et achète 18 F-18 australiens «en attendant»

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Le gouvernement fédéral a officiellement annoncé ce mardi son intention d’acheter rapidement 18 F-18 australiens usagés en attendant l’acquisition de 88 avions de chasse afin de remplacer la flotte actuelle de CF-18, dont l’appel d’offre a été lancée aujourd’hui, Ottawa ajoutant toutefois une exigence clair « d’impact économique » inédite qui ne peut qu’handicaper Boeing.

«Comme nous l’avons promis, notre gouvernement lance un processus concurrentiel ouvert et transparent en vue de remplacer notre flotte de chasseurs par 88 appareils sophistiqués. Nous renforçons par ailleurs notre flotte de CF-18 en faisant l’acquisition de chasseurs auprès de l’Australie, pendant que nous menons à bien ce processus d’approvisionnement complexe et important», a annoncé Carla Qualtrough, Ministre des Services publics et de l’Approvisionnement.

Mettant sa menace a exécution envers Boeing qui dans l’affaire de la C-Série a attaqué Bombardier, le fleuron de l’industrie aéronautique canadienne, le gouvernement de Justin Trudeau laisse comme prévu tomber définitivement son plan initial de lui acheter 18 chasseurs et se tourne donc vers l’Australie et sa flotte de F-18 usagés pour sa flotte intérimaire, plutôt que vers Boeing et ses Super-Hornet.

Se sachant déjà écarté, Boeing avait déjà réagi avec une certaine condescendance la semaine dernière, déclarant eu’elle ne développera pas «sa base d’approvisionnement, ses partenariats industriels et ses emplois au Canada » comme elle «l’aurait fait si le Canada achetait de nouveaux Super Hornets».

Entendre Boeing, dont le premier ministre canadien disait en octobre «Si Boeing continue d’insister à vouloir éliminer des dizaines de milliers d’emplois au Canada en s’attaquant à Bombardier, il ne devrait pas s’attendre de notre part, comme gouvernement, à ce que nous lui achetions des avions », parler des emplois qu’il aurait créé advenant l’achat par Ottawa de ses Super-Hornet ne manquait d’ailleurs pas d’ironie.

L’intégration des chasseurs australiens

L’Australie pour sa part a fait une offre formelle au Canada qui sera ouverte à la négociation, mais lors d’une séance d’information pour les médias, les fonctionnaires du gouvernement ont indiqué qu’une enveloppe d’environ 500 millions $ avait d’ores et déjà été prévue. Les premiers appareils australiens devraient donc commencer à arriver au Canada dès janvier 2019.

La transaction doit cependant obtenir l’aval des États-Unis, puisque le manufacturier original est américain.

Les appareils australiens seront employés à la 4e Escadre Cold Lake et à la 3e Escadre Bagotville, précise la Défense nationale qui examine actuellement quels sont les besoins en matière d’infrastructures pour accueillir les nouveaux appareils. On s’attend à ce que les modifications requises soient minimales, étant donné que les chasseurs supplémentaires sont d’âge et de configuration similaires aux CF-18.

En outre, la formation requise pour piloter un F-18 australien est la même que pour la flotte actuelle de CF-18.

L’entretien de ces appareils, lui, se fera chez L-3 Communication à Mirabel.

Le raisonnement derrière l’achat de chasseurs intérimaires est que l’Aviation royale canadienne doit pouvoir générer un nombre suffisant d’avions prêts à être déployés pour pleinement respecter les engagements pris par le Canada envers le NORAD et l’OTAN. À l’heure actuelle, fait-on valoir, le Canada ne dispose pas de suffisamment d’avions, ni de personnel pour respecter ces engagements simultanément. L’ajout d’avions supplémentaires doit permettre au Canada d’obtenir la capacité requise pour respecter ses engagements avec sa flotte actuelle d’ici son renouvellement.

Le renouvellement de la flotte et l’exigence d’impact économique

Quant à l’appel d’offres annoncé aujourd’hui, il vise à remplacer la flotte de CF-18 vieillissants. Selon le calendrier dévoilé, les fournisseurs seront invités à soumissionner au printemps 2019 après une série de consultations avec l’industrie en 2018 et 2019. Ottawa prévoit attribuer le contrat en 2022 et le premier des 88 nouveaux chasseurs devrait ensuite être livré en 2025.

«Nos militaires assument l’énorme responsabilité de veiller à la sécurité des Canadiens tous les jours. L’annonce d’aujourd’hui constitue un jalon important d’un processus qui permettra de doter nos militaires de l’équipement dont ils ont besoin pour s’acquitter de cette responsabilité, ainsi que de remplir les engagements que nous avons pris envers nos partenaires et nos alliés partout dans le monde», a déclaré pour sa part le Ministre de la Défense nationale, Harjit S. Sajjan.

Ottawa insiste aussi sur son exigence d’impact économique à laquelle il semble accorder beaucoup d’importance: « S’il est établi à l’évaluation des propositions qu’un soumissionnaire nuit aux intérêts économiques du Canada, ce soumissionnaire sera nettement désavantagé. Ce nouveau volet de l’évaluation ainsi que les lignes directrices sur son application comme outil d’approvisionnement courant seront définis par la tenue des consultations appropriées. »

Cette exigence qui, au delà de la proposition elle-même, vise clairement le soumissionnaire, semble bien s’adresser tout particulièrement à Boeing, qui a obtenu de l’administration du président Donald Trump l’imposition de taxes de 300% pour tout avion civil C-Series de Bombardier vendu aux États-Unis.

Le moins que l’on puisse dire est que dans la course pour le renouvellement de la flotte canadienne, l’avionneur américain, qui aurait pu être donné favori avant l’affaire de la C-Série, ne part décidément pas gagnant.

Par ailleurs, un plus grand nombre d’aéronefs requérant un plus grand nombre de pilotes et plus de techniciens pour les entretenir, la Défense nationale a fait savoir pour sa part qu’elle compte bien continuer à faire des efforts soutenus en matière de recrutement et de maintien en service pour répondre aux besoins en personnel.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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