Quand le Canada se retrouve entre la Corée du Nord et les États-Unis…

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Photo diffusée par l’agence officielle nord-coréenne KCNA montant le leader nord-coréen Kim Jong-Un inspectant le missile Hwasong-14, testé mardi par Pyongyang. (KCNA VIA KNS/AFP/STR)

Il y a deux semaines, Pyongyang a réalisé un test de missile balistique intercontinental particulièrement marquant, puisque l’État nord-coréen serait désormais en mesure de frapper l’ensemble du monde habité. Si la Corée du Nord ne possède toujours pas de missile équipé d’une tête nucléaire (malgré ses prétentions), il n’en demeure pas moins que cette avancée représente une menace sérieuse pour les États-Unis. 

Face à cette situation, le Canada a décidé de prendre un rôle plus proactif et d’organiser avec les États-Unis une rencontre internationale à Ottawa pour discuter de la situation.

Ce dernier test nord-coréen était prévisible. Comme on le sait déjà, le régime nord-coréen alimente sa propagande pro-nucléaire en récupérant les menaces et discours incendiaires du président Trump. Bref, plus le président américain dénonce avec virulence le régime et le menace d’une guerre, plus le régime peut justifier, auprès de sa population, ses programmes de missiles et nucléaire. En parallèle, l’approche d’une nouvelle série d’importants exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud laissait présager que le régime de Kim Jong-un allait faire un coup d’éclat, comme à son habitude.

Bref, jusque-là, une histoire prévisible. Ce qui l’était moins, c’était les réactions internationales qui en découleraient. Si on s’attendait à une réaction forte de Washington, celle-ci fut quand même inhabituelle, puisque la menace d’une guerre avec la Corée du Nord n’aura pas été proférée uniquement par un tweet du président Trump, mais aussi par Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU, et Rex Tillerson, le secrétaire d’État. On apprenait aussi qu’Ottawa a décidé de rouvrir deux bunkers datant de la Guerre froide, en raison de la menace accrue que représente la Corée du Nord. Même s’il est très peu probable que Pyongyang lance une attaque et qu’il est encore moins probable qu’il vise directement le Canada, il faut quand même garder à l’esprit que l’armée nord-coréenne a pour l’instant peu de moyens de réellement contrôler ses missiles et de corriger en vol leur trajectoire. Face à cette situation, la question du bouclier antimissile nord-américain s’est brièvement invitée dans le débat, mais rapidement, le Canada a fermé la porte à une participation.

Ce qui aura finalement retenu l’attention, c’est la nouvelle à l’effet qu’Ottawa sera l’hôte, quelque part en janvier 2018, d’une rencontre entre une vingtaine de pays, pour traiter de la menace nord-coréenne. Cette rencontre, organisée conjointement avec les États-Unis, était en préparation depuis quelques semaines déjà, mais le dernier test de Pyongyang en aura précipité l’annonce. Si, en soi, un tel sommet semble une bonne idée, on peut se questionner à savoir quel rôle réel le Canada peut jouer dans cette histoire.

En politique internationale, tout comme en politique nationale, les perceptions sont importantes. À cet égard, le fait que cette rencontre se tienne en sol canadien plutôt qu’américain va permettre d’inclure certains pays qui auraient pu être plus réticents, notamment la Chine. De plus, le Canada étant un co-organisateur, cela lui assurera une plus grande tribune lors de l’évènement. Combiné au poids médiatique que possède déjà Justin Trudeau à l’international, on peut espérer que le discours canadien aura une plus grande portée, ce qui permettra de diluer de potentielles déclarations explosives du président Trump.

Finalement, il faut savoir que le Canada, étant un pays qu’on peut qualifier de « puissance moyenne » et ne possédant pas l’arme nucléaire, projette une image plus neutre dans ce conflit. Il peut se permettre de jouer plus facilement un rôle d’entremetteur entre les États-Unis et la Corée du Nord. Si des pourparlers directs avec la Corée du Nord ne sont clairement pas à l’horizon, il ne faut jamais sous-estimer la diplomatie informelle, ni l’impact à long terme que l’image de cette rencontre pourra avoir.

Bref, dans un contexte de surenchère de part et d’autre, le rôle que le Canada cherche à se donner dépasse la simple posture politique et risque d’avoir un impact concret. Il ne faut pas se leurrer, cet impact ne sera pas nécessairement déterminant et on est loin d’arriver à un désarmement du programme nucléaire nord-coréen, mais si les discussions peuvent avancer plus rapidement grâce à cette initiative canadienne, on risque d’arriver plus rapidement à, au moins, un gel du programme, ce qui aura au moins le mérite de ralentir les ambitions de Pyongyang.

Et peut-être même de calmer (un tout petit peu) les tweets du président Trump.

Christian Picard est à la maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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