«Stolen Valour» dénonce un imposteur faussement décoré qui n’a même pas servi un jour dans les Forces

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Michel-Éric Castonguay (FACEBOOK/STOLEN VALOUR CANADA)

Stolen Valour Canada, une organisation de vétérans vouée à exposer les imposteurs se faisant passer pour des militaires ou des vétérans, a dénoncé cette semaine Michel-Éric Castonguay de Lévis, dans la région de Québec, qui a pris part à des événements militaires vêtu d’un uniforme de major bardé de médailles alors qu’il n’avait jamais servi au sein des Forces armées canadiennes.
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Mise à jour 16/12/2017 à 8h44

Le quotidien La Presse rapporte ce matin sous la plume d’Isabelle Hachey qu’outre avoir été attaché politique du député libéral provincial de Montmorency, Raymond Bernier, Michel-Éric Castonguay avait aussi, auparavant, obtenu une autorisation de sécurité de niveau 2 (secret) nécessaire pour devenir attaché politique de deux ministres conservateurs à Ottawa.

En 2010-2011, écrit la journaliste, Castonguay a travaillé successivement pour Christian Paradis et Denis Lebel, alors ministres conservateurs dans le cabinet de Stephen Harper. Comme tous les futurs employés du gouvernement fédéral, M. Castonguay a fait l’objet d’une enquête préalablement à son embauche.

Malgré cette enquête, souligne-t-elle, personne, à l’époque, n’a relevé que son curriculum vitae était truffé de mensonges. Castonguay prétendait non seulement un ancien ancien militaire décoré blessé en Afghanistan, mais aussi un vétérinaire titulaire d’doctorat de l’Université de Glasgow, ce qui s’est avéré tout aussi faux.

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« Michel-Eric Castonguay admet être un imposteur absolu », dénonce l’organisation sur sa page Facebook, « il prétend aussi avoir [finalement]remis ses médailles et insignes bidons à un commandant militaire de la région du Québec durant l’été 2014 ».

« Il y a un prix à payer pour porter la médaille du sacrifice et l’étoile de campagne générale sans un seul jour de service militaire! » lance, outrée, l’organisation de vétérans.

L’imposteur s’était glissé dans le monde politique

Bien sûr, Castonguay n’est pas le premier à se faire passer pour un ex-militaire qu’il n’est pas. Avant lui, une multitude d’imposteurs l’ont fait. En novembre 2014, l’un d’eux, Franck Gervais, se glissait dans la cérémonie du 11 novembre à Ottawa, se faisant passer pour un militaire décoré… le jour du Souvenir… lors de la cérémonie au Monument de guerre, là même où le caporal Nathan Cirillo était mort en service quelques semaines plus tôt.

La différence entre la plupart des imposteurs et Castonguay réside dans le fait que, si beaucoup de ces faux militaires et vétérans ont sans nul doute un problème comportemental (Gervais portait même l’uniforme le jour de son mariage), Castonguay, lui, n’est pas tout à fait n’importe qui: ancien attaché politique et ex-candidat aux élections fédérales, les conséquences d’une pareille imposture auraient pu être beaucoup plus graves.

Castonguay était jusqu’à tout récemment attaché politique de Raymond Bernier, député libéral provincial de Montmorency. Il a aussi été candidat conservateur aux élections fédérales de 2011 et avait poussé l’audace jusqu’à se présenter comme un vétéran de la guerre d’Afghanistan pendant la campagne électorale.

Pendant la campagne électorale, plusieurs médias l’ont présenté comme un vétéran de guerre et La Presse l’a décrit comme un «jeune militaire blessé en Afghanistan», rapporte d’ailleurs aujourd’hui le quotidien montréalais.

Pire encore, sur la photo qui illustre cet article, prise en juillet 2013 à Valcartier à l’occasion de la commémoration de la tragédie du 30 juillet 1974 lorsqu’une grenade avait explosé accidentellement dans une baraque, tuant six cadets, on peut voir Castonguay jouer de la cornemuse en posant comme un vétéran, n’hésitant pas à duper, non seulement la hiérarchie militaire, mais de jeunes cadets en des moments aussi solennels.

Ils sont d’ailleurs nombreux chez les militaires de la région de Québec, à avoir été dupé par l’homme et à ne pas comprendre cet acte.

Un acte criminel qui n’est jamais sans conséquences

« Les imposteurs (poseurs) sont ces individus qui se présentent faussement et se présentent soit comme un membre actif, soit comme un vétéran des Forces armées canadiennes », précise l’organisation sur son site.

Ces impostures ne sont pas sans conséquences et constituent bel et bien des actes criminels en vertu de l’article 419 du Code criminel du Canada, punissable dans ce cas sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

La personne qui est ainsi trouvée coupable d’avoir commis une infraction sommaire est passible d’une amende maximale de 5000$ et d’un emprisonnement maximal de six mois.

Emploi illégitime d’uniformes ou certificats militaires 419 Quiconque, sans autorisation légitime, dont la preuve lui incombe, selon le cas :

a) porte un uniforme des Forces canadiennes ou d’autres forces navales, forces de l’armée ou forces aériennes ou un uniforme qui ressemble à celui de l’une de ces forces au point d’être pris vraisemblablement pour ce dernier;

b) porte une marque distinctive concernant des blessures reçues ou du service accompli dans une guerre, ou une médaille, un ruban, un insigne ou un chevron militaire, ou toute décoration ou ordre accordé pour services de guerre, ou une imitation de ce qui précède, ou toute marque, tout emblème ou toute chose susceptible d’être prise pour l’une de ces distinctions honorifiques;

c) a en sa possession un certificat de libération, un certificat de licenciement, un état de services ou une carte d’identité des Forces canadiennes ou d’autres forces navales, forces de l’armée ou forces aériennes qui ne lui a pas été délivré et ne lui appartient pas;

d) a en sa possession une commission, un brevet ou un certificat de libération, un certificat de licenciement, un état de services ou une carte d’identité émise à un officier ou à une personne qui est ou a été dans les Forces canadiennes ou d’autres forces navales, forces de l’armée ou forces aériennes et portant une altération non attestée par les initiales de l’officier qui l’a émise, ou par les initiales d’un officier légalement autorisé à cet égard,

est coupable d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

S.R., ch. C-34, art. 377.

Certains de ces imposteurs peuvent paraître inoffensifs, mais leurs actes, non seulement sont préjudiciables à ceux qui ont servi, mais peuvent être le prélude « à des fraudes, fausses déclarations, détournement de fonds et vols des anciens combattants, des vétérans et des civils qui tentent d’aider les vétérans légitimes », dénonce l’organisation qui vise par son action à réduire le nombre d’imposteurs et à faire en sorte qu’un individu pense à deux fois avant de s’inventer un faux passé militaire.

Stolen Valour Canada milite également pour les peines plus sévères infligés à ceux qui enfreignent ainsi l’article 419 du Code criminel du Canada.

Quant à Castonguay, rapporte aujourd’hui le quotidien La Presse sous la plus d’Isabelle Hachey, il refuse de faire des commentaires et semble être devenue la première victime de sa duperie: «Ces gens-là ont décidé de se faire justice eux-mêmes, ils ne se sont pas identifiés», se disant depuis la publication page Facebook Stolen Valour Canada victime d’intimidation de la part de nombreux internautes en colère et avoir été obligé de fermer son compte Facebook.

Toutefois, côté judiciaire, Michel-Éric Castonguay ne sera pas inquiété tant et aussi longtemps qu’une plainte n’aura été déposé soit au Service de police de la ville de Québec, soit à la Sûreté du Québec.

Même chez les vrais, il y a parfois des faux

« Suite à une recherche préliminaire de nos dossiers avec les informations que nous avons, nous ne sommes pas en mesure de confirmer que cet individu a servi comme membre des Forces armées canadiennes », a confirmé aujourd’hui à 45eNord.ca Dan Le Bouthillier, porte-parole de la Défense nationale à Ottawa.

Bien sûr, tout usage non autorisé de l’uniforme militaire peut faire l’objet d’une enquête, mais elle menée habituellement par les autorités civiles, nous précise le porte-parole de la Défense.

Et attention, même chez les vrais, il y a aussi parfois du faux.

On en a d’ailleurs eu un exemple éloquent quand la lieutenant-colonel Bebbie Miller, une haute gradée des Forces canadiennes accusée d’avoir porté des médailles sans en avoir le droit, a plaidé coupable en octobre 2014 à trois accusations de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline en vertu de la Loi sur la défense nationale, et, outre une sévère réprimande,a dû payé 5.000$ d’amende pour avoir arboré des médailles qu’elle n’était pas autorisée à porter.

Il semble finalement que, où que vous soyez, qui que vous soyez, si vous vous inventez un passé glorieux ou arborez des médailles auxquels vous n’avez pas droit, un jour ou l’autre, vous serez interpellé.

Quand des membres des Forces armées canadiennes, parfois au plus haut niveau, et des vétérans faut-il oser le dire, exagèrent leurs mérites, difficile d’être démesurément sévère avec les civils qui jouent aux militaires. C’est pourquoi il serait sans doute préférable, après la dénonciation, de laisser la justice agir et d’éviter tout comportement inacceptable.

Avant de lyncher Castonguay sur la place publique, il faut aussi se rappeler que la soif de médailles est une maladie assez répandue.

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