Syrie: Washington maintiendra sa présence militaire «aussi longtemps que nécessaire»

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Des combattants des Forces syriennes démocratiques (FDS) et un homme armé vêtu d’un uniforme différent, identifié par par les FDS comme un membre des forces spéciales américaines (dans la boîte de la seconde camionnette) dans le village de Fatisah, dans la province de Raqqa, le 25 mai 2016. (Archives/Delil Souleiman/AFP)

Les Etats-Unis ont annoncé mardi qu’ils maintiendraient une présence militaire en Syrie « aussi longtemps que nécessaire » pour prévenir tout retour du groupe Etat islamique (EI), une annonce qui risque de provoquer la colère de la Russie et l’Iran, alliés du président syrien Bachar al-Assad.

« Nous allons maintenir notre engagement sur le terrain aussi longtemps que nécessaire, pour soutenir nos partenaires et empêcher le retour de groupes terroristes » dans ce pays, a déclaré à l’AFP un porte-parole du Pentagone, Eric Pahon.

Les Etats-Unis ont actuellement quelque 2.000 soldats, notamment des forces spéciales, déployés en Syrie en soutien à leurs alliés des Forces démocratiques syriennes, une coalition de combattants kurdes et arabes.

« Nous allons rester en Syrie pendant un bon moment », a-t-il ajouté. « Je ne veux pas dire que ce sera 10 ans, mais en même temps je ne veux pas dire que ce ne sera pas le cas ».

Un retrait militaire des Etats-Unis « dépendra de la situation » sur le terrain, a-t-il ajouté.

En liant l’ampleur du déploiement militaire à la situation sur le terrain, le Pentagone apparaît vouloir prendre le contre-pied de la stratégie pour l’Afghanistan du président précédent Barack Obama, qui avait insisté sur un retrait graduel, dont le calendrier avait été annoncé à l’avance.

Ces annonces avaient provoqué la colère des militaires qui y avaient vu un signal donné aux talibans pour la reprise de leurs opérations.

« Pour que la défaite de l’EI soit durable, la coalition doit s’assurer qu’il ne peut pas se régénérer, reprendre du terrain perdu ou préparer des attentats à l’étranger », a poursuivi le porte-parole du ministère américain de la Défense.

Au moment où la coalition antijihadiste conduite par les Etats-Unis estime qu’il reste moins de 3.000 membres du groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, Washington ne veut pas laisser le terrain libre à la Russie et l’Iran.

Les Etats-Unis sont intervenus en Syrie non à la demande du président syrien Bachar al-Assad mais officiellement en vertu de l’article 51 de la charte des Nations unies qui autorise la défense d’un pays ou d’un groupe d’alliés, en réponse aux attentats de l’EI dans les pays européens alliés de Washington au sein de l’Otan.

Pour déloger l’EI de Raqa, dont le mouvement jihadiste avait fait la capitale de facto de son « califat » autoproclamé, la coalition s’est alliée aux FDS, dominées par les Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Or les FDS ont annoncé dimanche la fin de leurs opérations anti-EI dans l’Est du pays, assurant avoir chassé le groupe de leur zone d’opérations. Dans leur communiqué, les FDS ont remercié pour leur aide la coalition internationale mais aussi la Russie.

Signe apparent que Washington ne veut pas perdre cet allié dans le pays, Eric Pahon a insisté sur le travail de stabilisation politique restant à effectuer et a critiqué l’action de Moscou en Syrie.

« Il ne faut pas croire que dès le dernier combattant de l’EI tué, nous allons abandonner nos alliés des FDS », a-t-il noté. Les Etats-Unis « poursuivront les efforts nécessaires en termes de lutte anti-terroriste et de stabilisation » sur le terrain.

Par stabilisation, Washington entend « la restauration de services publics essentiels, les opérations de déminage et la distribution de l’aide humanitaire », a-t-il expliqué. Les Etats-Unis veulent aussi aider les FDS à devenir des « forces de sécurité locales durables, auto-suffisantes et ethniquement diverses ».

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De son côté, Moscou « n’a mené qu’une fraction des opérations anti-terroristes » en Syrie, a ajouté Eric Pahon, notant que la lutte contre l’Etat islamique n’avait « pas été la priorité » de la Russie en Syrie.

La Russie « n’a apparemment aucun plan » pour mettre un terme à la guerre civile en Syrie, ni pour « régler les problèmes fondamentaux qui ont mené à l’émergence de l’EI », a-t-il noté. La Russie « ne cherche pas sérieusement non plus à obtenir le retrait des combattants pro-iraniens » de Syrie, notamment le Hezbollah libanais considéré comme une organisation terroriste par Washington.

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