Attentats du 13 novembre 2015 en France: début du procès d’un «logeur» de djihadistes

Opération policière antiterroriste à Saint-Denis en lien avec les attentats de Paris, le 18 novembre 2015. (AFP / LIONEL BONAVENTURE)
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Fusillade à Paris le 18 novembre 2015 lors d’une opération policière en rapport avec les attentats du 13 novembre.(Archives/Twitter/@Breaking3zero)

C’est la première personne liée aux attentats du 13 novembre 2015 en France à comparaître: le procès de Jawad Bendaoud, le « logeur » de deux djihadistes, a débuté mercredi à Paris.

Jawad Bendaoud, 31 ans, qui avait lors de précédentes audiences laissé éclaté sa colère, est resté calme mercredi dans le box des prévenus, essuyant discrètement quelques larmes alors que la présidente du tribunal lisait le dossier du procès.

Il encourt six ans de prison pour « recel de malfaiteurs terroristes ».

Cet homme qui a été la risée d’une France sous le choc après les attentats du 13 novembre 2015 (130 morts) a fourni l’appartement où Abdelhamid Abaaoud, l’un des cerveaux des attaques, et son complice Chakib Akrouh s’étaient repliés, à Saint-Denis, près de Paris. Il est jugé au côté de deux autres prévenus.

Dans la salle d’audience ont pris place environ 80 avocats, la plupart pour les parties civiles.

Jawad Bendaoud, délinquant multirécidiviste déjà condamné en 2008 pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », a accédé à la célébrité brutalement, le 18 novembre 2015. Les policiers d’élite avaient lancé l’assaut contre cette planque très tôt le matin, tuant les deux jihadistes et la cousine d’Abaaoud, Hasna Aïtboulahcen, qui s’y trouvait avec eux.

Dans une interview à l’AFP, Jawad Bendaoud avait déclaré près de l’immeuble que ces hôtes voulaient « juste de l’eau et faire la prière » et « qu’ils venaient de Belgique ». « Je n’étais pas au courant que c’était des terroristes », affirmait ensuite sur la chaîne d’information continue BFMTV le jeune homme, l’air agité.

« On m’a dit d’héberger deux personnes pendant trois jours. J’ai rendu service », expliquait-il encore. La vidéo allait devenir virale et faire l’objet de multiples parodies.

Depuis son arrestation, il clame son innocence.


(Courtoisie de L’Obs)

Jawad Bendaoud savait-il ou non qu’il hébergeait des djihadistes? Cette question centrale a été posée dès l’ouverture du procès: plusieurs dizaines d’avocats de la partie civile ont demandé une requalification pour Jawad Bendaoud et un autre prévenu, Mohamed Soumah.

Jawad Bendaoud a été inculpé pour « association de malfaiteurs terroriste », mais a finalement été renvoyé en correctionnelle pour « recel de malfaiteurs terroristes ».

Selon ces avocats de la partie civile, Jawad Bendaoud savait qu’il hébergeait des terroristes, ce qui représente « un délit aggravé ». Si le tribunal retient la requalification, les deux prévenus encourent une peine de douze ans de prison.

Le tribunal a commencé mercredi à interroger Youssef Aïtboulahcen, jugé pour « non dénonciation de crime terroriste ». Il est le frère d’Hasna Aïtboulahcen, tuée dans l’assaut du Raid avec Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. C’est elle qui a trouvé la planque pour les deux djihadistes.

Youssef Aïtboulahcen comparaît libre contrairement à Mohamed Soumah, jugé pour « recel de malfaiteurs terroristes ».

Les trois prévenus seront interrogés par le tribunal jusqu’à vendredi soir.

Ce procès médiatique, prévu pour durer jusqu’au 14 février, réunit plus de 80 avocats et au moins 500 parties civiles, dont des victimes des attaques du 13 novembre 2015, venues en nombre au palais de justice.

« Ca fait deux ans qu’on souffre et on a envie de voir quelque chose, on a envie de voir qu’ils assument », a expliqué avant l’audience Aurore Bonnet, dont le mari Emmanuel est mort dans la salle de concert du Bataclan.

« Je veux qu’il me regarde dans les yeux, qu’il assume. Ce n’est peut-être pas un terroriste mais un imbécile qui les a hébergés. (…) On veut qu’il sache dans quelle difficulté il nous a mis », a dit Bilal Mokono, victime de l’attaque du Stade de France et qui se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant: « Je suis détruit de l’intérieur. J’espère des excuses, c’est la moindre des choses ».