Castonguay l’imposteur se disait représentant du recours des vétérans contre Revenu Québec

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Michel-Éric Castonguay (page Facebook de Stolen Valour Canada)

Michel-Éric Castonguay, de Lévis dans la région de Québec, l’imposteur dénoncé par une organisation de vétérans en décembre 2017, avait poussé l’audace jusqu’à déclarer représenter «administrativement» un recours collectif visant à déterminer si Revenu Québec devait rembourser de l’impôt provincial payé par les membres des Forces canadiennes au Québec, alors qu’ils étaient en mission à l’étranger.

On ne parle plus de plastronner dans une cérémonie, mais d’obtenir la confiance de centaines de vétérans qui cherchaient à faire redresser ce qu’ils considéraient comme un tort.

Castonguay n’hésitait jamais à en mettre plein la vue. Ici, un extrait de son CV publié par Stolen Valour Canada.

Ce recours, Pellan c Agence du Revenu du Québec, a finalement été rejetée avec dépens en Cour d’appel le 11 février 2016 et cette décision maintenue en Cour suprême en décembre de la même année. Mais, ce qui importe ici est que Castonguay, à notre connaissance, n’en a jamais été le représentant, malgré sa déclaration en date du 19 février 2014 au journal hebdomadaire «coopératif» de Montmagny, L’oie blanche, un titre qui peut, ironie du sort, tout aussi bien désigner le volatile qu’une personne naïve et crédule.

Mieux encore, cette affaire que les experts avaient estimé à l’époque comme pouvant représenter plusieurs millions, devenait dans la bouche de Castonguay une affaire d’un quart de milliard $, selon ce qu’il affirmait à l’hebdo régional.

Comment une personne comme Michel-Éric Castonguay peut-elle pousser l’audace jusqu’à faire des déclarations pareilles, non pas à une personne ou un petit groupe de personnes dans le but de les tromper, mais à un journal qui va ensuite répercuter le mensonge dans toute une région et même au delà ?

Le rappel de l’imposture militaire

Mais heureusement peu avant les fêtes de fin d’année, Stolen Valour Canada, une organisation de vétérans vouée à exposer les imposteurs se faisant passer pour des militaires ou des vétérans, dénonçait Michel-Éric Castonguay qui avait également pris part à des événements militaires vêtu d’un uniforme de major bardé de médailles alors qu’il n’avait jamais servi au sein des Forces armées canadiennes, pas même un jour.

Le plus grave est que l’imposteur ou mythomane s’était aussi glissé dans le monde politique.

Bien sûr, Castonguay n’était pas le premier à se faire passer pour un ex-militaire qu’il n’est pas. Avant lui, une multitude d’imposteurs l’ont fait. En novembre 2014, l’un d’eux, Franck Gervais, se glissait dans la cérémonie du 11 novembre à Ottawa, se faisant passer pour un militaire décoré… le jour du Souvenir… lors de la cérémonie au Monument de guerre, là même où le caporal Nathan Cirillo était mort en service quelques semaines plus tôt.

Mais la différence entre la plupart des imposteurs et Castonguay réside peut-être dans le fait que, si beaucoup de ces faux militaires et vétérans ont sans nul doute un problème comportemental (Gervais portait même l’uniforme le jour de son mariage), Castonguay, lui, n’est pas tout à fait n’importe qui: ancien attaché politique et ex-candidat aux élections fédérales, les conséquences d’une pareille imposture auraient pu être beaucoup plus graves.

Michel-Éric Castonguay était jusqu’à tout récemment attaché politique de Raymond Bernier, député libéral provincial de Montmorency. Il a aussi été candidat conservateur aux élections fédérales de 2011 et avait poussé l’audace jusqu’à se présenter comme un vétéran de la guerre d’Afghanistan pendant la campagne électorale.

Le faux passé militaire de Michel Éric Castonguay, qui n’a jamais servi un seul jour dans les Forces.

Pendant la campagne électorale de cette année là, plusieurs médias l’ont présenté comme un vétéran de guerre et La Presse l’avait décrit comme un «jeune militaire blessé en Afghanistan».

Les actes de personnes comme Castonguay, non seulement sont préjudiciables à ceux qui ont servi, mais peuvent être le prélude «à des fraudes, fausses déclarations, détournement de fonds et vols des anciens combattants, des vétérans et des civils qui tentent d’aider les vétérans légitimes», expliquait l’organisation qui l’a dénoncé en décembre, et qui «vise par son action à réduire le nombre d’imposteurs et à faire en sorte qu’un individu pense à deux fois avant de s’inventer un faux passé militaire.».

Mais qu’avait-il besoin, ce Castonguay d’aller aussi loin, faisant état d’un faux passé militaire en campagne électorale et clamant représenter ceux qu’il appelait faussement ses «frères» dans un recours collectif contre Revenu Québec ?

C’est peut-être là où celui qui se fait passer pour l’homme qu’il n’est pas dans le but de tromper ceux qui ont la naïveté de l’écouter semble rejoindre le mythomane dont la tendance compulsive à raconter des mensonges le pousse à aller toujours plus loin.

Et l’imposteur et mythomane ne manque pas de complices: de celui qui aiment se faire bercer de belles histoires à ceux qui croient ne pas avoir le devoir de vérifier et revérifier une information avant de la partager, en passant par ceux qui s’abstiennent de dénoncer, par indifférence ou lâcheté, ces menteurs ne manquent pas d’alliés.

Imaginez que les mensonges de cet homme n’aient jamais été découverts et qu’il serait aujourd’hui votre député, peut-être même ministre. Impensable ?

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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