La police allemande stoppe une manifestation de milliers de Kurdes

Manifestation de Kurdes anti-Erdogan le 26 janvier 2018 à Berlin (John MacDougall/AFP)
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Manifestation de Kurdes anti-Erdogan le 26 janvier 2018 à Berlin (John MacDougall/AFP)

La police allemande a ordonné samedi la dispersion d’une manifestation tendue d’environ 15.000 Kurdes à Cologne dénonçant l’offensive turque en Syrie, en raison de la présence dans le cortège de nombreux symboles du PKK, interdits dans le pays.

« De nombreux manifestants ont déployé des drapeaux interdits à l’effigie d’Abdullah Öcalan », le chef historique du PKK, tandis que d’autres défilant le visage dissimulé ont refusé de se découvrir la tête, s’est justifié un porte-parole de la police locale, interrogé par l’AFP.

Deux personnes ont été interpellées et les identités de nombreuses autres relevées, selon la police.

L’organisation PKK est classée terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux et il est interdit de montrer en public ses symboles en Allemagne.

Dans le passé, Ankara a régulièrement reproché à Berlin d’être trop laxiste sur ce point lors des rassemblements de Kurdes en Allemagne.

– ‘Très tendu’ –

La manifestation de Cologne s’est ébranlée en milieu de matinée dans une atmosphère tendue, avec quelques 2.000 policiers mobilisés pour éviter d’éventuels incidents.

Elle a été stoppée à mi-parcours environ du fait de la présence des symboles du PKK. La police a entrepris ensuite de raccompagner le cortège vers son point de départ, sans échauffourées signalées immédiatement.

« La situation reste très tendue », a toutefois commenté une porte-parole de la police locale, qui craint des incidents entre les manifestants les plus radicaux et les forces de l’ordre, ou avec des nationalistes turcs, à la tombée de la nuit.

En France aussi, des manifestations pro-kurdes, d’ampleur plus limitée, ont eu lieu samedi: plusieurs centaines de personnes à Paris et environ 500 à Marseille.

A Cologne, certains participants à la manifestation brandissaient des pancartes réclamant la « Liberté pour le Kurdistan » ou proclamant « Honte à toi, l’Europe ! », selon un journaliste de l’AFP.

Le rassemblement a été organisé à l’appel d’une organisation kurde considérée par le Renseignement intérieur allemand comme proche du PKK, Nav-Dem.

Certains manifestants en colère ont utilisé des hampes de drapeaux pour s’en prendre à la police, selon les médias allemands. Mais ces incidents ont vite pris fin.

Ankara a lancé ses troupes dans l’enclave d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, contre les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde jugée terroriste par Ankara mais soutenue par Washington dans le cadre de la coalition contre le groupe Etat islamique (EI).

« A Afrine, les YPG défendent notre liberté », « Liberté pour Afrine » ou encore « Erdogan dictateur », pouvait-on lire sur les banderoles au milieu de la foule.

Un des orateurs a appelé à « mettre fin à l’agression brutale des militaires turcs ».

– Importation du conflit –

« La Turquie a commencé une guerre d’agression contraire au droit international », a martelé samedi pour sa part le coprésident de la Communauté kurde d’Allemagne, Mehmet Tanriverdi, dans le journal régional Heilbronner Stimme.

L’inquiétude monte en Allemagne face au risque d’une importation du conflit turco-kurde sur son territoire, où vivent environ un million de Kurdes et quelque trois millions de citoyens turcs ou d’origine turque, ce qui en fait la plus grande diaspora turque dans le monde.

Le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a exhorté Ankara cette semaine à stopper son offensive militaire et annoncé le gel d’une fourniture d’armements à la Turquie pour moderniser ses chars de fabrication allemande Leopard.

Ces blindés sont utilisés au cours de l’offensive dans le Nord de la Syrie, où la Turquie redoute la création d’un Etat kurde, ce qui mis le gouvernement allemand dans l’embarras.

L’Allemagne a en outre demandé à l’Otan, dont elle fait partie au même titre que la Turquie, de se saisir du dossier.

La maire de Cologne, où vivent d’importantes communautés turque et kurde, Henriette Reker, a appelé les manifestants à défiler « de manière exclusivement pacifique ».

Avant cette manifestation, quelques échauffourées entre membres des deux communautés et des actes de vandalisme contre des mosquées turques ont d’ores et déjà eu lieu ces derniers jours en Allemagne.